Les derniers romantiques de Tara Conklin: un roman illogique… nécessaire

L’humain détruit souvent ce qu’il chérit le plus

Tara Conklin, Les derniers romantiques, livre
Tara Conklin, Les derniers romantiques, roman traduit de l’anglais par Danièle Momont, Montréal, Éditions de l’Homme, 2021, 384 pages, 29,95 $.
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Pourquoi les gens ne se rendent-ils pas compte de la responsabilité qui leur incombe dès lors qu’ils deviennent l’objet de l’amour de quelqu’un? Voilà la question à laquelle Tara Conklin tente de répondre dans le roman Les derniers romantiques.

Nous sommes en 2079 et la narratrice est Fiona Skinner, poétesse de renom. À 102 ans, elle vient de donner sa première lecture publique depuis 25 ans quand une jeune femme se lève dans l’auditorium.

Elle lui dit s’appeler Luna, comme un personnage clef dans la poésie de Fiona Skinner.

Souvenirs et introspection

Ce prénom déclenche une avalanche de rétrospectives et d’analyses introspectives. Au cours de l’été 1981, Reine, Caroline, Joe et Fiona Skinner perdent leur père, puis assistent, impuissants, à la dérive de leur mère.

Âgés de 12 à 4 ans et livrés à eux-mêmes, ils ne sortiront pas indemnes, mais soudés à jamais, de cet été-là

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Les derniers romantiques devient dès lors une histoire qui parle des négociations que nous menons avec nous-mêmes au nom de l’amour.

«Rien de romantique dans l’amour»

La romancière écrit qu’«il n’y a rien de romantique dans l’amour. Seuls les plus naïfs d’entre nous s’imaginent que l’amour va les sauver. Seuls les plus robustes d’entre nous y survivront.»

Seul garçon de la famille, Joe tient ses sœurs sur le qui-vive. Il promène au fond de lui un vide immense. À force de silence, ce vide devient le cœur même de son être.

Fiona est celle qui tient le plus à maintenir des liens avec Joe et son univers. Elle en vient à se demander pourquoi les gens ne se rendent-ils pas compte de la responsabilité qui leur incombe dès lors qu’ils deviennent l’objet de l’amour de quelqu’un?

Dans Les derniers romantiques, le lecteur a parfois droit à des passages ironiques. Fiona tient un blogue, fruit de sa libido généreuse. Elle évalue les hommes qui passent à tour de rôle dans son lit. Comme sa libido, sa critique est généreuse. Fiona expose leurs déficiences et leurs défauts, expose la liste de tout ce qu’ils ont raté.

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Tara Conklin examine le rôle des poètes

Plus sérieusement, le roman Les derniers romantiques explore, en filigranes, le rôle des poètes, ces gens qui «peuvent s’exprimer par-delà les cultures, les genres et le temps». Tara Conklin explique comment les poèmes ne sont, au fond, que des récits dans lesquels nous nous livrons.

Ces récits naissent de notre expérience familiale, de nos amis, de l’amour, de la haine, de nos lectures, de ce que nous avons vu, ce dont nous avons été témoins. Nous les racontons «jusqu’à y croire pour de bon, jusqu’à croire en nous-mêmes. Rien ne saurait égaler leur puissance.»

Les relations entre Reine, Caroline, Joe et Fiona Skinner donnent lieu à une analyse quasi cruelle de la réalité humaine. On y apprend que «certaines personnes choisiront, tout au long de leur vie, de détruire ce qu’elles chérissent le plus». Ce n’est pas une question de destin, c’est parce que l’humain est ainsi fait.

Publié aux Éditions de l’Homme, Les derniers romantiques est un roman irrationnel, illogique, obsessionnel, malsain… et absolument nécessaire.

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