Les demandeurs d’asile de plus en plus victimes de fraude au Canada

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Des fraudeurs ciblent les demandeurs d’asile qui connaissent mal le système canadien. Photo: iStock.com/alexskopje
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Publié 16/03/2026 par Inès Lombardo

Au Canada, des fraudeurs de tous horizons ciblent de plus en plus les immigrants, notamment les demandeurs d’asile, en leur promettant visas ou emplois contre de l’argent.

Gouled Hassan, directeur général du Contact interculturel francophone de Sudbury (CIFS), en Ontario, est installé au Canada depuis une vingtaine d’années. À travers son travail, il accompagne des immigrants et des immigrantes qui souhaitent s’installer dans la région, dont des demandeurs d’asile.

Gouled Hassan observe depuis «5, 6 ans» une recrudescence de la fraude qui cible environ «un immigrant sur quatre», estime-t-il. Les victimes sont les immigrants temporaires au Canada, mais surtout les personnes qui demandent l’asile.Ces dernières sont régulièrement la cible de fraude en tous genres, en raison de leur situation souvent très précaire.

«Ils viennent avec les réserves [financières] de leur pays d’origine», avance-t-il. Le responsable rapporte que, rien que pour convertir de l’argent provenant de nombreux pays d’Afrique en dollars canadiens, «tu perds déjà beaucoup».

«À ça, tu ajoutes des gens qui te prennent 5000 ou 6000 dollars, ça détruit toutes les ressources que tu avais planifiées. Il n’y a vraiment pas de barrière pour les protéger, il n’y a pas de ressources pour les appuyer et ils se font vraiment avoir à plusieurs reprises», déplore-t-il.

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Gouled Hassan, directeur de Contact interculturel francophone à Sudbury. Photo: courtoisie

Promesse de résidence permanente

Au Manitoba, la directrice de l’Accueil francophone, Bintou Sacko, a reçu au moins trois plaintes de personnes immigrantes signalant qu’une personne en Alberta se faisait passer pour un consultant en immigration.

«Apparemment, il chargeait 500 $ aux gens pour commencer les démarches et faisait ensuite d’autres propositions», relate-t-elle.

Son organisme a jugé nécessaire de rappeler sur les réseaux sociaux que son équipe n’a pas pour fonction d’aider les personnes immigrantes à obtenir la résidence permanente.

Au Canada, avoir recours à un consultant en immigration n’est pas obligatoire pour demander la résidence permanente ou tout autre type de visa, et le faire ne garantit pas son obtention.

«La fraude crée des attentes qui n’aboutissent pas, commente Bintou Sacko. Les gens s’attendent à avoir la résidence permanente en fin de compte et ne voient rien. C’est aussi très dur financièrement. Ça peut affecter mentalement les personnes.»

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La responsable affirme aussi que les fraudeurs disparaissent une fois l’argent empoché. «Ça crée une sorte de détresse.»

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Bintou Sacko est directrice de l’Accueil francophone du Manitoba, Photo: courtoisie SFM

Fraude à l’embauche

Une vaste majorité des personnes viennent au Canada dans l’espoir de se faire employer rapidement. C’est là où Gouled Hassan observe le plus de fraudes, notamment lorsque les immigrants postulent à distance.

De faux employeurs envoient des courriels, assurant que l’embauche est en cours, et demandent de l’argent pour garantir un emploi ou un permis de travail lié à cet emploi.

Même chose pour les logements. Le directeur du CIFS voit des familles se faire demander le premier et le dernier loyer pour un logement «pour se rendre compte qu’ils avaient envoyé de l’argent à quelqu’un qui n’était pas responsable de la maison».

«D’habitude, les fraudeurs ne s’arrêtent pas seulement au montant initial, ça continue sur d’autres frais à payer, administratifs, etc. Jusqu’à ce que la personne arrive au Canada», détaille-t-il.

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Il a observé que lorsque les immigrants osent porter plainte – «ce qui est rarement le cas» –, les services de police qui les reçoivent ne sont pas «sensibilisés» et peuvent parfois aller jusqu’à les «blâmer».

Un meilleur système pour retracer les transactions financières permettrait, selon lui, de lutter contre les fraudes qui ciblent les nouveaux arrivants.

Rôle du fédéral

Gouled Hassan estime aussi que le gouvernement fédéral devrait mieux informer et soutenir les nouveaux arrivants en leur donnant, avant même leur arrivée, des informations sur les services gratuits, les consultants en immigration fiables et les ressources communautaires, afin de réduire les risques d’arnaque.

Il existe un Centre antifraude au Canada, à qui des cas de fraude peuvent être signalés. Mais les fraudeurs se sont également fait passer pour des agents de ce Centre, en 2024.

De son côté, début mars, le gouvernement fédéral a observé une baisse de 56% des demandes d’asiles présentées par des personnes avec un visa de visiteurs en «améliorant la vérification» de ce type de visas.

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Il aurait aussi refusé plus de 95 000 demandes pour fausses déclarations et en interdisant l’entrée au pays à des milliers de visiteurs «non authentiques», parfois pour une période pouvant aller jusqu’à 5 ans.

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Des statistiques du Centre antifraude du Canada. Les fraudes à l’immigration sont incluses dans la catégorie «Service».

L’autre barrière pour les demandeurs d’asile: le projet de loi C-12

Le projet de loi C-12, qui vise à «renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada», a été adopté en troisième lecture par le Sénat le 12 mars. Il doit maintenant être étudié par la Chambre des communes, qui se penchera sur les amendements apportés par les sénateurs.

Selon l’organisation Amnistie internationale, le projet de loi affaiblira la protection des demandeurs d’asile et empêchera certaines personnes de voir leur demande examinée par un tribunal spécialisé, notamment celles qui demandent l’asile plus d’un an après leur arrivée ou plus de 14 jours après être entrées au Canada entre les points d’entrée.

Ces personnes seront désormais dirigées vers un processus moins protecteur, qui ne garantit pas une audience orale, n’est pas décidé par un organisme indépendant et offre peu de possibilités de recours.

Cela pourrait mener à des expulsions rapides, même lorsque la personne risque la persécution, la violence ou d’autres violations graves des droits de la personne dans son pays d’origine.

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Par ailleurs, C-12 donnera au gouvernement le pouvoir d’annuler certains statuts ou permis d’immigration sans évaluation individuelle complète, même en cours.

Selon les critiques, ces mesures pourraient mettre en danger la vie et la sécurité de certaines personnes et aller à l’encontre du principe international de non-refoulement, qui interdit de renvoyer quelqu’un vers un risque de graves violations des droits de la personne.

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