L’ébénisterie sort du bois

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L’ébénisterie relève des métiers d’arts, comme la sculpture ou la tapisserie, avec des grands maîtres ébénistes qui ont laissé leur nom ou leur style dans l’histoire.

Deux métiers travaillent bien le bois, la menuiserie et l’ébénisterie d’art. L’artisan qui œuvre en menuiserie fabrique, dans le domaine de l’ameublement, des articles qui, assemblés convenablement, deviendront des tables, des chaises, des commodes, des étagères et autres pièces en bois brut ou amalgamé, d’un style classique ou original, sans relever de l’art décoratif.

L’ébéniste tire son nom d’un bois précieux, le bois d’ébène de couleur noire, qu’il utilisait avec d’autres bois rares pour la construction de pièces de mobilier. Mais, à la différence du menuisier, il décore l’article en bois par une marqueterie ou un placage de feuilles de bois précieux ou d’éléments en bronze ou autre métal comme l’or ou l’argent, ou en écaille, pour recouvrir le bois d’origine, entièrement ou partiellement, sans oublier les sculptures de celui-ci.

Terminés, ces articles sont des objets d’art, particulièrement lorsqu’ils sont l’œuvre de grands maîtres. On a même pu dire de ce travail qu’il produisait des ouvrages «à caractère plus décoratif qu’utilitaire».

Un art bien discret

En dehors des expositions de fin d’année des écoles d’ébénisterie d’art, celle de Montréal par exemple, comme pour la tapisserie ou même la sculpture, on n’a pas souvent l’occasion d’admirer les productions de maîtres ébénistes dans des expositions qui leur seraient consacrées ou qui présenteraient le style particulier d’une époque.

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Le musée des Arts décoratifs de Francfort, en Allemagne, a organisé la première exposition consacrée au grand maître André-Charles Boulle fin 2009. Lors de l’Exposition universelle de Paris, en 1855, une section était consacrée à l’ébénisterie d’art. De rares occasions!

La raison tient sans doute à ce qu’il n’est pas facile de regrouper de telles productions, du fait de leur volume, de leur dispersion, de leur fragilité éventuelle qui tient à leur nature très particulière.

On les découvre plutôt lors de visites dans des édifices célèbres, des châteaux, des palais, des édifices ouverts occasionnellement au public, ou dans certains musées, comme Le Louvre à Paris. Mais pour qui n’est pas un expert en la matière, il n’est pas toujours facile de reconnaître des styles ou les œuvres d’une célébrité en ébénisterie.

La Manufacture des Gobelins

Mais les Éditions Faton comblent en partie cette lacune avec un dossier consacré à André-Charles Boulle, ébéniste de Louis XIV, et on peut dire de suite que ce numéro est une magnifique présentation de ce grand ébéniste et de son œuvre.

André-Charles Boulle est né à Paris le 10 novembre 1642. Son père s’était installé à Paris comme compagnon menuisier en ébène dès 1637. Il apprend de son père plusieurs techniques artistiques comme le dessin, la sculpture, la reparure, la ciselure, la dorure, la peinture. Mais son père l’oriente vers la menuiserie pour laquelle il montre de bonnes dispositions.

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En 1666, on mentionne qu’André Boulle est devenu «maître en menuisier en ébène», un titre que son père n’a jamais obtenu. Son talent s’exprime particulièrement dans la marqueterie du bois et il réalise de véritables tableaux floraux.

Il intègre la Manufacture des Gobelins en 1667, dirigée par Charles le Brun, premier peintre du Roi, qui, nommé officiellement à ce poste en 1663, a sous ses ordres des équipes entières d’artistes, «bons peintres, maîtres tapissiers en haute lisse, orfèvres, fondeurs, graveurs lapidaires et ébénistes…» Il assure donc aussi la direction de la Manufacture des Meubles de la Couronne.

Boulle est engagé en qualité de décorateur et sculpteur sur bois. Charles Le Brun allait avoir une grande influence sur lui. Boulle obtient le 21 mai 1672, sur la recommandation de Colbert qui déclare à Louis XIV que Boulle était «le plus habile [marqueteur] de Paris», un logement et un atelier au Louvre, en tant qu’«ébéniste ordinaire du roi», jusqu’à sa mort le 29 février 1732.

Un dossier d’art

C’est sous ce titre, André-Charles Boulle, illustre ébéniste de Louis XIV, que s’ouvre le Dossier de l’Art. Et en six chapitres, toujours courts et bien subdivisés, ce dossier présente l’essentiel de ce qu’il faut connaître de Boulle et de ses réalisations, des origines à nos jours.

Car le mobilier Boulle n’en finit pas de susciter des passions, comme le décrit un de ces chapitres. Et cela se comprend lorsque l’on voit les illustrations présentées. C’est en effet une caractéristique majeure du dossier des éditions Faton que d’illustrer, quasiment à chaque page, les textes avec des reproductions des meubles ou des dessins de Boulle.

On ne peut que s’extasier devant ces objets, tables, commodes, bureaux (cabinets), coffres, magnifiquement représentés souvent en pleine page, avec des détails en gros plans. C’est une occasion rare de découvrir de près le style Boulle à un coût très modeste et de voir au grand jour ce qu’est réellement l’ébénisterie d’art.

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