Le trou noir qui avalera la Terre : un risque très théorique

Représentation d’artiste d’un trou noir. (Image: XMM-Newton, ESA, NASA / CC)


1 novembre 2018 à 7h00

L’information qui circule sur les réseaux sociaux a de quoi créer un certain émoi: le Large Hadron Collider (LHC), cet énorme accélérateur de particules situé à la frontière franco-suisse, serait à risque, «selon un cosmologiste respecté», de créer un trou noir qui va engloutir notre planète.

Empressons-nous de publier quelques mots là-dessus avant la fin du monde.

Une extrapolation de tabloïd

Le cosmologiste en question est le Britannique Martin Rees. C’est effectivement une célébrité dans son domaine, auteur de travaux théoriques réputés sur la distribution de la matière dans le cosmos, et auteur de livres de vulgarisation dont le dernier, publié en octobre, s’intitule On the Future. Prospects for Humanity.

Il y spécule sur les opportunités et les risques qui attendent l’humanité dans les prochains siècles. Le risque du trou noir n’y est toutefois abordé que de façon théorique, en quelques paragraphes. Il est devenu la vedette dans un article du quotidien Daily Telegraph, et les très populaires tabloïds britanniques en ont ensuite fait des gros titres.

Le boson de Higgs

Le Large Hadron Collider est un anneau de 27 km de diamètre à l’intérieur duquel des protons sont lancés à des vitesses proches de celle de la lumière. Lorsque deux de ces protons entrent en collision (d’où le nom Collider), les très hautes énergies dégagées sont censées permettre d’observer des pans de la matière qui nous étaient inaccessibles jusqu’alors.

C’est ainsi, par exemple, qu’on a pu confirmer, en 2012, l’existence du boson de Higgs, une particule indispensable pour expliquer la constitution du cosmos, et dont l’existence était théorisée depuis plus de 40 ans.

Or, ces hautes énergies sont telles, allègue Rees, qu’elles pourraient créer un trou noir qui avalerait la Terre ou, pire, compresserait notre planète en «une sphère hyper-dense d’environ 100 mètres de diamètre», qui avalerait une partie du cosmos autour d’elle.

La Terre bombardée

Le problème est que ces hautes énergies ne sont pas si exotiques qu’elles en ont l’air.

Les rayons cosmiques qui bombardent régulièrement la Terre peuvent être des millions, voire des milliards de fois plus puissants que ce que peut produire le LHC, et nous n’avons pourtant pas vu (pour l’instant) de trou noir se former sur Terre, sur la Lune ou sur une planète proche.

Des observatoires spéciaux installés au fond de mines abandonnées ou en Antarctique ont pour mission de détecter ces rayons cosmiques, dans l’espoir de percer de nouveaux mystères.

Circulez, il n’y a rien à voir…

Ce n’est pas la première fois que le CERN (Centre européen de recherche nucléaire), qui opère le LHC, entend l’histoire du trou noir, au point où il en avait été question dans un rapport de 2003 sur la sécurité du LHC, et que son service des communications avait senti le besoin à cette époque de répondre à cette inquiétude du public sur son site.

Il y reprenait à son compte les conclusions du rapport: «les collisions produites au LHC ne présentent aucun danger».

Trous noirs quantiques

Par ailleurs, il est possible que la confusion provienne du fait que Rees et certains physiciens jonglent aussi avec une théorie — qui n’a jamais été prouvée — de trous noirs microscopiques, ou trous noirs quantiques, qui pourraient naître de collisions à hautes énergies.

À supposer qu’ils existent, de tels «objets» auraient toutefois une espérance de vie se mesurant en milliardièmes de seconde. Et là encore, à cause des rayons cosmiques, ils constitueraient un phénomène assez répandu dans l’Univers.

Or, à en juger par ce qu’on voit chaque nuit, les étoiles ne semblent pas en être affectées…

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