Le train-train de la réconciliation

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La paralysie de nos gouvernements, face aux barricades dressées depuis plus de deux semaines sur des voies ferrées du pays, serait symptomatique de divisions qu’on ne croyait pas aussi profondes au sein de la société canadienne… et en chacun de nous.

À moins que, conditionnés par les médias sociaux qui nous déconnectent de la réalité, on s’indigne trop facilement à la moindre provocation virtuelle et on perd le sens des proportions.

Crampe au cerveau

La première barricade aurait dû être démantelée par la police dès la première journée, que Justin Trudeau soit à Ottawa ou à Addis-Abeba.

Aucun grief local ou national actuel – certainement pas le gazoduc Coastal en Colombie-Britannique – ne justifie une telle action et ne mérite une telle abdication, qui viendra hanter les Libéraux aux prochaines élections.

Il était prévisible que d’autres illuminés et casseurs profitent de cette crampe au cerveau, chez nos élus, pour bloquer d’autres routes et infrastructures essentielles, rendant chaque jour plus difficile toute intervention pour rétablir la loi et l’ordre.

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Bonne volonté

Cela dit, nous souhaitons tous, ou très majoritairement, l’épanouissement des Premières Nations, la protection de l’environnement, la prospérité économique. Pas un ou l’autre, ou un contre l’autre: les trois.

Mais la réconciliation symbolique entre les Premières Nations et le reste de la société canadienne, ça fait 20e siècle. Au 21e, on est rendu à la réconciliation réelle, dans la pratique, des Premières Nations, de l’environnement et de l’économie.

C’est justement ce que représentait le gazoduc en question: agréé par les chefs autochtones élus, les évaluateurs d’impacts environnementaux, la province, le fédéral. Le gaz canadien destiné au port de Kitimat pourrait même aider la Chine à réduire sa dépendance au charbon polluant.

Progrès

Quelqu’un devrait le dire aux jeunes: depuis les années 1960, nous avons fait de grands progrès sur le front autochtone, comme sur ceux de la promotion de l’égalité des sexes, des races, des langues officielles, etc. Et ça aussi, ça commence à faire 20e siècle.

Hommes et femmes, blancs et noirs, anglophones et francophones sont majoritairement «réconciliés» au Canada. Le patriarcat est mort et le plafond de verre est éclaté. La mixité et le métissage sont à l’ordre du jour. Dans la francophonie, le séparatisme est remplacé par la volonté de se démarquer partout au pays et sur la scène internationale.

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Noirs et femmes

Barack Obama a été élu en 2008, mais ça faisait déjà un bon moment que les États-Unis étaient prêts pour un président noir. Hillary Clinton a été battu en 2016 par Trump (et en 2008 par Obama), mais pas parce qu’elle est une femme. Le Canada n’est pas moins progressiste.

Alors, est-ce qu’on peut arrêter de remarquer la première femme ceci et le premier noir cela? Aux Oscars ou aux Olympiques ou en sciences ou en affaires, il y aura des secteurs encore dominés par un groupe traditionnel: ce n’est pas grave. Tout à coup un nouveau groupe s’imposera: bravo. Mais revenons-en.

Acquis et défis

Ça ne veut pas dire que des communautés autochtones n’ont plus de problèmes – sociaux, sanitaires ou de gouvernance – ou que le sexisme et le racisme ont été complètement éradiqués. La pauvreté n’est plus généralisée mais n’a pas disparu elle non plus.

On doit toujours composer avec de nouveaux défis dans nos vies personnelles et notre vie en société.

Par exemple, les acquis du dernier demi-siècle n’empêchent pas les francos de demander une nouvelle Loi sur les langues officielles qui a du «mordant», et d’exiger sur la scène nationale – et souvent même provinciale et locale – des chefs politiques non seulement bilingues, mais aussi familiers avec les principales cultures du pays.

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Il faut parfois rappeler aux anglos que ce n’est pas incompatible avec des dirigeants honnêtes, compétents, éloquents… Mais  on n’échangerait pas ces problèmes pour ceux de la plupart des autres peuples.

Environnement et climat

Les manifestants sur les voies ferrées prétendant aussi défendre l’environnement, avec lequel les Autochtones entretiendraient une relation mythique.

C’est le temps de mentionner que nous avons aussi fait de grands progrès en matière de protection de la nature et de santé publique. Le territoire est mieux géré que dans le passé. Les scandales de déversements industriels toxiques, d’aqueducs contaminés ou d’aliments empoisonnés sont devenus rarissimes.

Au point où plusieurs se permettent maintenant de s’inquiéter de notre impact collectif sur le climat ou la météo, pourtant beaucoup plus faible que sur l’environnement. Alors qu’on n’a toujours pas réglé le recyclage de nos déchets urbains, sécurisé les habitats naturels pour conserver la biodiversité, cessé de polluer les océans, et d’autres «urgences» plus urgentes.

On n’a d’ailleurs pas non plus réussi à stopper complètement les conflits armés dans plusieurs régions du monde: de tous temps l’activité la plus destructrice de l’environnement et des peuples.

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