Le stress n’est pas un levier de performance au travail

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Souvent associé à la performance, le stress est utilisé par certains employeurs pour motiver leurs employés. Ce serait une erreur. Photo: iStock.com/Jacob Wackerhausen
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Publié 21/01/2026 par Isabelle Burgun

Souvent associé à la performance, le stress est utilisé par certains employeurs, pour cette raison, pour motiver leurs employés. Or, l’effet bénéfique attribué au stress relèverait plutôt de la croyance populaire, selon une récente étude québécoise.

De nombreux employeurs pensent en effet qu’un stress minimal augmenterait la performance et le rendement de ceux qu’ils encadrent, alors que cela s’avère plutôt un frein à la performance au travail, déclare le professeur en psychologie du travail de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Éric Gosselin.

La performance devient inversement proportionnelle au stress

«On confond stress et motivation. Le stress, c’est un mécanisme d’urgence, qui a un effet négatif sur la bonne réalisation de notre tâche intellectuelle.»

Pour la plupart, nous pensons que la relation entre le niveau de stress vécu et la performance au travail — connue comme le principe de Yerkes-Dobson — tendrait à un équilibre au milieu d’une courbe en «U inversé», allant d’un niveau zéro de stress, associé à un manque de motivation, à un niveau élevé de stress, source de désorganisation et d’anxiété.

Enseigné dans les écoles de management, ce principe signifie qu’il y aurait une progression de la performance en fonction du stress, avec un niveau d’intensité modéré comme seuil optimal.

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Or, les données montrent plutôt que la relation entre le stress et la performance au travail suit une dynamique inversement proportionnelle. Dès que la tâche génère un stress, il y aurait une baisse de la performance.

Surtout le stress chronique et répété

Même ce que certains nomment le stress «sain» ou «positif», s’il devient chronique et répété au quotidien, ne produirait pas une meilleure performance pour la grande majorité d’entre nous, conclut cette revue de littérature.

«Le stress nous permet de nous adapter à une situation, un peu comme les freins de la voiture», explique le chercheur. Mais le problème est que «plus on freine, plus on use les freins. Et cela peut nous nuire à long terme.»

Force et état d’alerte

Décrite par Hans Selye il y a près de 100 ans, la réponse adaptative au stress aide l’individu à faire face aux changements.

Dans le corps, une cascade biochimique se produit: l’hypothalamus libère des hormones, du cortisol et de l’adrénaline. Avec pour résultats une augmentation de l’état d’alerte et de la force musculaire et une élévation du rythme cardiaque.

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«Tout cela avait du sens lorsque nous devions fuir devant un ours ou un lion. En cas de grand danger — quand c’est une question de survie — nous avons peu de temps pour raisonner. Nous sommes prêts à nous défendre. Mais le stress est rarement un allié lorsque nous devons juger et réfléchir. C’est pourquoi nous devenons moins performants», précise-t-il.

La passion, c’est beaucoup mieux

La performance au travail proviendrait plutôt d’une motivation intrinsèque: la passion que suscite notre emploi, nos conditions de travail, notre sentiment de réalisation, etc.

Il n’y aurait donc pas de bon côté à la relation entre stress et performance. Plus les employés vivent du stress, moins ils sont engagés et moins ils connaissent du bienêtre au travail, soutient M. Gosselin.

«Ça nous rassure de croire que le stress est positif et justifié par notre style de vie. Un peu comme ce qu’on pense de l’alcool», ajoute-t-il. «Un peu, ce ne serait pas dommageable, alors que la littérature scientifique n’appuie pas cette idée.».

Il n’y a pas de bon stress. «On le constate en laboratoire et sur le terrain lorsqu’on demande à nos sujets de réaliser une batterie de tests de performance: plus on vit de stress, moins on performe», répète le chercheur, qui dirige aussi le Laboratoire d’analyse psychoneuro- endoctrinologique du stress et de la santé de l’UQO.

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Les tâches cognitives perturbées

Son équipe a récolté des mesures biologiques de patients soumis à des situations stressantes, dont le taux de cortisol dans leur salive, alors qu’ils devaient réaliser une présentation orale devant un comité impassible et désintéressé, ou compter à rebours par sauts de 13 à partir de 3000. Le stress vécu ne fait pas bon ménage avec les tâches cognitives.

«Le problème vient ici souvent du fait que nous vivons du stress par anticipation, pour des choses qui ne sont pas encore arrivées, ce que l’on nomme l’anxiété», résume-t-il.

Mais il ne fait pas, non plus, bon ménage avec les facteurs d’anxiété continus. La peur de perdre son emploi, les évaluations régulières au travail, l’anticipation de la retraite et de la crainte de perdre sa sécurité financière sont autant d’ours symboliques créés par notre cerveau.

Et le contexte économique et technologique — l’arrivée de l’IA, les vagues de licenciement — contribue à alimenter ce stress de performance. C’est pourquoi identifier et bannir les sources de stress au travail pourrait aider à l’épanouissement des employés.

Une loi du travail pour tenir compte du stress

En octobre dernier, l’adoption de la Loi 27, par l’Assemblée nationale du Québec, a forcé les employeurs à prendre en compte les risques psychosociaux dans leur plan de prévention et de sécurité au travail.

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Cette règlementation met à jour des facteurs de risque susceptibles d’influencer la bonne santé psychologique des employés, comme la surcharge, la reconnaissance au travail ou encore la justice organisationnelle — c’est-à-dire le traitement équitable des employés.

Ayant déjà, dans le passé, pris en compte la santé et la sécurité physique des employés, les entreprises de 20 employés ou plus doivent à présent veiller sur leur santé psychologique.

Auteurs

  • Isabelle Burgun

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

  • Agence Science-Presse

    Média à but non lucratif basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada.

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