Le ridicule ne tue pas, il est précieux

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«Jean-Baptiste Pouquelin. Non, Jean-Baptiste Poquelin.» Enfin bref, Molière quoi. Vendredi soir, le Théâtre français de Toronto (TFT) a revisité avec brio l’un des classiques du génie de théâtre français.

À peine passé les portes du Théâtre Berkeley, que vous voilà en plein cœur d’un salon parisien digne du 17e.

Enfin, plus ou moins. Car côtoyer les beaux esprits n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Cathos et Magdelon, deux cousines fraîchement débarquées à Paris, pourraient bien vous en témoigner.

Du spectacle avant le spectacle

Mais avant que le spectacle commence, il a déjà commencé. Guy Mignault, metteur en scène, nous offre ici une version musicale, moderne, décalée et hilarante d’un Molière qui n’a pas pris une ride, à l’heure de Facebook et de Twitter.

Et à 20h, en attendant l’histoire, les comédiens nous offrent un spectacle, avant le spectacle. «La pièce est commencée, mais, pas les précieuses. Vous trouvez ça ridicule?», lance Sébastien Bertrand, qui enfile à merveille son rôle de Mascarille.

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Alors que le doyen, joué par un Robert Godin au top de sa forme, propose une partie de scrabble, les comédiennes Lina Blais et Nathalie Nadon, qui se prennent de temps à autre à jouer une version plus âgée des cousines, nous régalent de leurs commentaires et bavardages : plus bobo, tu meurs!

«J’aime tellement me mêler au peuple! Non vraiment, c’est reposant», raconte-t-elle à l’auditoire hilare, après son «fou» passage à l’épicerie du 16e, pour faire ses courses elle-même.

Le spectacle s’approche de son commencement, mais avant, on pousse un peu la chansonnette. «Les chaussettes de l’archiduchesse, sont-elles sèches, archisèches?» le public est échauffé, la partie peut commencer. Et s’en vient justement la présentation des acteurs.

Sébastien Bertrand et Alexandre Côté s’improvisent commentateurs sportifs et résument le match : à droite deux filles, à gauche deux garçons, au centre, une demande en mariage. Ça promet d’être serré.

Enfin, Les Précieuses

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Énervés, c’est avec colère et rancœur que Monseigneur Lagrange, finement interprété par Nico Racicot, qui fait ses débuts au TfT cette année, et son compère Du Croisy, alias Christopher Webb, poussent les portes du salon.

Les raisons de leur colère sont cousines, prénommées respectivement Magdelon et Cathos, fille et nièce de Gorgibus, un bourgeois de province récemment débarqué à Paris.

Ces dernières les auraient traités avec mépris, «regardant l’heure et bâillant» à tout bout de chant, alors qu’ils étaient venus demander leur main. Mais ces derniers ne comptent pas en rester là. Ils décident d’envoyer deux de leurs valets se faire passer pour des «hommes de condition» et les prendre à leur propre jeu.

Magdelon et Cathos, jouées par Chanda Legroulx et Andréanne Bouladier, elles, se plaisent à jouer les précieuses et rêvent d’investir les salons parisiens et leurs beaux esprits, au grand dam de Gorgibus, qui lui ne souhaite simplement que de les marier à ces hommes d’importance.

Ces dernières, pleines d’idéaux issus de romans, ne connaissent rien du beau monde de Paris et se laisseront séduire par les galanteries les plus insensées du prétendu Marquis de Mascarille, figure de prestance et de bon goût, et de son ami le Visconte de Jodelet, joué par Alexandre Côté, dont la prétendue maladie lui aura rendu le visage blanc, tous deux promettant de leur ouvrir grand les portes de Paris.

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Leurs aventures sont rythmées par les interventions hilarantes et soudaines de Lina Blais et Nathalie Nadon, qui jouent à merveille les servantes Marotte et Almanzora, avec qui le dialogue est souvent compliqué, pour le plus grand plaisir du public.

On aura remarqué les talents vocaux de cette dernière, qui ne manque pas de chanter à chaque fois qu’elle entend le mot musique. Et qu’on se plaît aussi à voir les deux actrices commenter la situation, spectatrices des déboires d’une jeunesse qui n’a pas tant changé, toujours aussi ridicule, de Molière à Facebook.

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