Le Richelieu International : un archipel de la Francophonie

Serge Dupuis, Le Canada français devant la Francophonie mondiale - L’expérience du mouvement Richelieu pendant la deuxième moitié du XXe siècle, essai, Québec, Éditions du Septentrion, 2018, 290 pages, 29,95 $.


1 juillet 2018 à 9h00

C’est pour endiguer la propagation des service clubs américains – Lions, Rotary et Kiwanis – que le mouvement Richelieu a vu le jour en 1944, d’abord à Ottawa, puis ailleurs au Canada, ensuite en Europe et en Afrique.

On voulait offrir «un contrepoids bien franco-catholique» de culture masculine, selon Serge Dupuis, auteur de l’essai intitulé Le Canada français devant la Francophonie mondiale – L’expérience du mouvement Richelieu pendant la deuxième moitié du XXe siècle.

Contrairement à l’Ordre de Jacques-Cartier et à la Fédération nationale des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, le Richelieu évite dès le départ de créer des structures provinciales.

Comme le siège social est à Ottawa, l’élite locale a souvent une courte majorité au comité exécutif, et ce même lorsque les cercles québécois seront plus nombreux. En optant pour une approche axée sur «la consolidation de la Francophonie», le Richelieu a évité de s’enliser dans des débats sur le nationalisme, le souverainisme et le fédéralisme.

Créés respectivement en 1905, 1915 et 1917, les mouvements Rotary, Kiwanis et Lions étaient responsables de neuf service clubs sur dix aux États-Unis.

À partir des années 1920, ces clubs fondent des cellules dans les principales villes canadiennes-anglaises. Durant l’entre-deux-guerres, des localités bilingues de l’Outaouais, des Laurentides et des Cantons-de-l’Est sont aussi visées.

L’Ordre de Jacques-Cartier invite alors ses membres à joindre les rangs du nouveau mouvement Richelieu, tant et si bien que, à North Bay, 15 des 20 fondateurs appartiennent à la commanderie locale de l’Ordre. «Le déploiement rapide du mouvement Richelieu ne relevait pas de la coïncidence…», note l’auteur Serge Dupuis.

Comme les service clubs, le Richelieu est là pour faire œuvre caritative, pour offrir un soutien humanitaire aux moins bien nantis de langue française. Voici quelques exemples de dons des cercles locaux: 1 200 $ pour des lunettes (Ottawa-Hull, 1946), 12 000 $ pour la construction d’une colonie scoute (Montréal, 1947), 5 100 $ pour la construction d’un terrain de jeu (Sudbury, 1955), 2 400 $ pour un concert (Manchester, 1958), 35 000 pour le financement d’une colonie de vacances (Québec, 1958-1960), 14 000 $ pour le tirage d’une automobile (Sudbury, 1959).

Au départ (1944) et pendant longtemps, les cercles du mouvement Richelieu sont une affaire d’hommes issus du milieu des affaires et des professions libérales; leurs épouses et les femmes engagées doivent rester dans l’ombre. Ironie du sort, la secrétaire Madeleine Carpentier remplace à pied levé le directeur du siège social de 1957 à 1965 !

Le premier cercle Richelieu voit le jour à Ottawa-Hull en 1945. Voici d’autres premières :
– Québec : Montréal, 1946
– N.-B. : Campbellton, 1949
– États-Unis : Manchester, 1955
– France : Cannes, 1969
– Congo : Kinshasa, 1970
– Sénégal : Dakar, 1973
– Belgique : Liège, 1974
– cercle féminin : Pointe-à-Pitre, 1980
– Côte d’Ivoire : Abidjan, 1983
– Suisse : Genève, 1988
– Roumanie : Sofia, 1995
– Colombie : Bogota, 1995

L’autonomisation du Québec et la montée du séparatisme font partie des mutations culturelles auxquelles le Richelieu a dû s’ajuster. En 1968-1969, après «l’échec» des États généraux du Canada français, le président Gontran Rouleau «était arrivé à croire que la mondialisation francophone pourrait sauver le projet canadien-français et, par ricochet, le Richelieu».

La direction n’a pas hésité à «écarter certains cercles qui voulaient le québéciser» et à jouer la carte de «l’archipel de la Francophonie».

Dans le contexte de la contreculture, l’ouverture aux femmes (cercles mixtes, cercles féminins) et aux jeunes est devenue nécessaire, mais aussi en raison du déclin des effectifs. Cela a forcé le Richelieu à assouplir ses critères d’admission, mais il y a néanmoins eu une perte de 2 100 membres entre 1994 et 2011, soit un recul de 33% des effectifs. Le phénomène est encore plus aigu chez le Rotary.

« Entre 1995 et 2011, le Richelieu a constitué 45 nouveaux cercles, dont la moitié en France, en Belgique, trois en ancien territoire communiste et trois en Afrique francophone. » Il était devenu international dès 1955 (Manchester), mais plus résolument à partir de 1969-1970 (France et Congo). Tous les efforts en Haïti sont demeurés vains.

L’étude de Serge Dupuis s’arrête à 1995, année de la dernière crise constitutionnelle. La conclusion note cependant que le Richelieu a lancé, en 2009, une réflexion cherchant à déterminer s’il faut «cibler son engagement plus strictement sur le militantisme francophone ou l’action charitable».

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