Le référendum québécois de 1995: moment historique ou événement ponctuel?

"Point de rupture" de Mario Cardinal


20 février 2006 à 17h02

Dix ans après la campagne référendaire de 1995 au Québec, des gens des médias et du milieu de l’édition affirment que ce fut un des moments les plus dramatiques et les plus palpitants de l’histoire du pays. Pour justifier ce point de vue, la Société Radio-Canada a produit une série d’émissions de télévision qu’elle rediffuse à qui mieux mieux et les Éditions Bayard Canada ont publié une brique de 488 pages: Point de rupture, Québec-Canada: le référendum de 1995.

C’est le journaliste Mario Cardinal qui signe cet essai-reportage en se basant, entre autres, sur les témoignages de Jacques Parizeau, Jean Chrétien, Daniel Johnson, Jean Charest, Mario Dumont, Raymond Chrétien, Brian Tobin, Allen Rock et j’en passe. Son seul regret réside dans le fait que Lucien Bouchard, Bernard Landry et Paul Martin n’aient pas accepté de témoigner.

L’ouvrage est très détaillé et fourmille de citations dont la référence n’est pas toujours exacte (à la page 12, la note 5 ne renvoie pas à la bonne traduction et à la page13 il y a une citation de 13 lignes sans note de référence).

Une des citations les plus révélatrices, à mon avis, ne provient pas d’un politicien bien en vue mais plutôt de la journaliste franco-ontarienne Chantal Hébert. Elle affirme qu’«un journaliste (à Ottawa) apprend rapidement qu’on peut savoir plus vite comment un cabinet va être remanié, en ayant de bonnes sources à l’ambassade des États-Unis plus qu’en ayant de bonnes sources au bureau du premier ministre».

Une autre citation assez croustillante nous vient de Roy Romanow; selon ce premier ministre de la Saskatechwan, «dans les années 1970, on se demandait si Parizeau était devenu indépendantiste parce qu’il n’avait pas pu obtenir un poste de gouverneur à la Banque du Canada ou s’il avait des motivations plus valables. J’ai toujours cru qu’il avait d’autres motivations.»

Point de rupture nous plonge dans les coulisses d’un événement qui a non seulement mobilisé souverainistes et fédéralistes mais qui a attiré les médias du monde entier. L’auteur signale que le référendum a été couvert par des chaînes de télévision de la France, de la Grande-Bretagne, du Japon, du Portugal, de la Suède, de la Turquie et de l’Allemagne. Plus de 450 journalistes étrangers étaient présents, dont certains représentant le Los Angeles Times, El Mundo, Libération et le Financial Times.

Le rassemblement monstre à Montréal, le 27 octobre 1995, fait l’objet de tout un chapitre du livre. Certains estiment que 150 000 Canadiens sont venus clamer «Québécois, nous vous aimons!» D’autres parlent de 200 000 personnes. Le sénateur Pierre-Claude Nolin affirme avoir rencontré dans la rue «des étudiants de Cornwall et des jeunes Franco-Ontariens qui étaient venus en auto pour la journée».

Les souverainistes ont accusé le camp du NON d’avoir enfreint la loi référendaire en dépensant outre mesure. La loi autorisait les camps du OUI et du NON à dépenser chacun jusqu’à un maximum de 5 millions $. Mais le fédéral a versé, à lui seul, 4,8 millions au programme Option Canada du Conseil pour l’unité canadienne. Sheila Copps a déclaré: «Si on m’accuse d’avoir dépensé de l’argent pour sauver mon pays, alors je plaide coupable.»

L’ouvrage de Mario Cardinal couvre tout ce qui s’est passé durant les trente jours d’octobre 1995. Il fait écho aux revirements spectaculaires et aux moments d’émotion extrême que les camps du OUI et du NON ont respectivement vécus. Aux yeux de l’auteur, la campagne référendaire de 1995 demeure un des moments les plus dramatiques et les plus palpitants de notre histoire. On peut se permettre d’en douter lorsqu’on examine les résultats d’un récent sondage dans la ville la plus populeuse du Canada: des Torontois et Torontoises avouent ne pas savoir ce qu’est le Québec. Ils n’ont aucune idée que cette province existe et qu’elle renferme une société distincte.

Voilà une donnée qui illustre à quel point le tissu social de notre cher Canada est en constante évolution. Les hauts faits de notre histoire ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Faut-il alors se demander si le référendum québécois de 1995 est un moment historique ou un événement ponctuel?

Mario Cardinal, Point de rupture, Québec-Canada: le référendum de 1995, essai-reportage, Éditions Bayard Canada et Société Radio-Canada, Montréal, 2005, 488 pages, 34,95$.

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