Le réchauffement du climat électoral frappe l’Ouest canadien

Enjeux francophones au Canada en 2019

Alberta

La chef néodémocrate albertaine Rachel Notley n’est plus comme avant une alliée du premier ministre Trudeau. Les deux font face à une formidable opposition conservatrice.


2 février 2019 à 12h00

De Winnipeg à Victoria, l’Ouest est le terrain d’âpres combats sur les enjeux d’énergie et de climat entre libéraux et conservateurs en précampagne fédérale. Le destin réserve-t-il au libéral Justin Trudeau le même sort en octobre qu’à la néodémocrate Rachel Notley en mai?

Les sondages donnent une avance convaincante aux conservateurs en Alberta, constate l’analyste politique Michel Lagacé, de Saint-Boniface. «Jason Kenny [chef du United Conservative Party] va probablement devenir premier ministre. Il faudrait que les choses changent vite pour renverser la vapeur. Kenny sera en poste durant la campagne fédérale.»

Front des premiers ministres conservateurs

La situation se complique pour le chef libéral à Ottawa: Justin Trudeau est dans la mire du front commun lancé par les premiers ministres des provinces des Prairies, qu’ont joint Doug Ford en Ontario et Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick.

«Justin Trudeau a beaucoup moins d’alliés dans les provinces qu’en 2015», poursuit l’éditorialiste de La Liberté, l’hebdomadaire des Franco-Manitobains.

«Même [la première ministre en Alberta] Rachel Notley n’est plus une alliée pour lui comme avant. Dans l’Ouest, il reste seulement la Colombie-Britannique [avec la coalition NPD/Parti vert] à défendre les politiques fédérales. »

Pétrole et taxe carbone

L’expansion des oléoducs et la taxe sur le carbone seront au cœur de la campagne nationale, estime Michel Lagacé. En Alberta, la frustration monte en raison de la difficulté d’exporter le pétrole et la population blâme Ottawa pour la crise économique. De plus, la taxe fédérale ne fait pas consensus.

«On peut parler des avantages à réduire les gaz à effets de serre, mais le public n’est pas encore convaincu que la taxe carbone soit bénéfique. Les gens voient leurs dépenses augmenter, mais ne voient pas aussi facilement la promesse du gouvernement de remettre l’argent à la population.»

En arrière-plan des campagnes albertaines et fédérales se préparent des élections au Manitoba et en Saskatchewan en 2020. Selon le philosophe et politicologue Jérôme Melançon, de l’Université de Regina, le climat politique a changé dans la région avec l’arrivée d’un nouveau mouvement populiste.

Jérôme Melançon

Manifs de Yellow Vests

Les Yellows Vests apparus récemment en Saskatchewan seraient bien différents des Gilets jaunes français. «Ils ont repris le même symbole pour être vus dans la rue. Ils ont manifesté quand Justin Trudeau est venu à Regina récemment pour une assemblée publique. Ce mouvement est plus proche du Parti populaire de Maxime Bernier.»

Selon le professeur de la Cité universitaire francophone, les mêmes personnes qui manifestent contre la taxe sur le carbone s’opposent aussi à la signature, par le Canada, du Pacte mondial pour les migrations de l’ONU. «Je n’ai pas encore vu de position sur le bilinguisme, mais ils étaient à la marche des femmes en Alberta.»

Selon Jérôme Melançon, les Yellow Vests profiteront au Saskatchewan Party, en quête de réélection en se positionnant sur tout ce qui porte atteinte à l’industrie pétrolière.

«La francophonie n’a pas confiance aux conservateurs»

 

Le politicologue constate une faible adhésion des francophones aux partis de droite. Un nombre de francophones voterait néanmoins pour les conservateurs dans les régions où les économies sont fondées sur le pétrole. Le NPD semble attirer les francophones.

«Le leader du parti en Saskatchewan [Ryan Meili] envoie ses enfants à l’école française et plusieurs de ses candidats parlent français. C’est un peu différent de ce qu’on voit chez les conservateurs de Scott Moe. C’est la même situation en Alberta: il est difficile de trouver un parti qui peut mieux comprendre les francophones que le NPD.»

Le vote francophone

Le vote des francophones de l’Ouest est-il acquis à Justin Trudeau? Le Plan d’action pour les langues officielles 2018-2023, dévoilé en mars dernier, a laissé Michel Lagacé sur son appétit. «On a augmenté les octrois aux organismes, mais il reste à voir si c’est une bonne ou une mauvaise chose.»

«On n’a encore rien fait pour renouveler la Loi sur les langues officielles», déplore-t-il. C’est promis, mais on traîne la patte. Il y aura des élections en octobre sans que la loi soit modifiée.»

L’éditorialiste s’inquiète de l’érosion du statut de la francophonie dans les provinces, moussée par les récentes attaques des gouvernements de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

«Même au Manitoba, on risque de reculer. La francophonie n’a pas le vent dans les voiles en ce moment. Ça se traduit par ce phénomène: quel parti va nous appuyer? Pas celui de Doug Ford, Brian Pallister [Manitoba] et Blaine Higgs [Nouveau-Brunswick]. On n’a pas confiance aux conservateurs. On va encore se sentir plus à l’aise de voter libéral.»

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