Le Québec des années 1930 rouge et noir

Marc Ménard, Un automne rouge et noir
Marc Ménard, Un automne rouge et noir, roman, Montréal, Éditions Tête première, collection Tête ailleurs, 2022, 224 pages, 24,95 $.
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«Un chômeur, ça ne vaut pas cher. Une famille dans la misère non plus.» Voilà la réalité québécoise des années 1930, que Marc Ménard peint avec brio dans le roman Un automne rouge et noir.

L’histoire se déroule entre le début octobre et la mi-novembre 1936, donc quelques années avant la Seconde Guerre mondiale. Le personnage principal est Stanislas (Stan), 18 ans, chômeur à Montréal. Il vit avec sa mère et sa sœur, prenant tous les moyens afin de se substituer à la figure de son père décédé.

Démocrates et fascistes

Au fil des chapitres, Stan essaie de comprendre le sens de démocratie libérale, de communisme, de corporatisme et d’autres régimes politiques. Nous sommes dans le Québec de Maurice Duplessis et ce dernier est décrit comme «un fasciste déguisé en avocat conservateur [qui] baise le cul du cardinal».

Adrien Arcand est chef du Parti national social chrétien. Il est un ardent défenseur du fascisme, «seule force capable de nous guérir des maux de la démocratie et de prévenir le désastre du communisme».

Corruption généralisée

Un ami de Stan en fait son partenaire pour le transport et la livraison de drogues. Facile, rapide, payant. Mais aussi illégal, bien entendu.

Cet ami lui fait comprendre comment money talks. «À Montréal, tout le monde est corrompu, c’est pire qu’à New York. La police municipale, la police des liqueurs, les agents des douanes, les débardeurs, les employés des chemins de fer, les échevins.»

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L’auteur souligne comment la moindre marque d’amour, de plaisir ou de tendresse est un péché. «Comme si la vie ne devait être qu’une suite infinie d’obligations et de devoirs, une soumission de corps et d’esprit.»

Les vertus du syndicalisme

Parallèlement, Stan rencontre Alice, une assistante libraire qui l’initie aux vertus du syndicalisme. Elle lui montre comment le clergé est contre le communisme, contre les grèves, opposé aux revendications ouvrières, pour les notables, les financiers et les industriels. Mais Stan n’est pas prêt à abandonner une église (catholique) pour en rejoindre une autre.

Notre jeune protagoniste est subjugué par la beauté et le sourire d’Alice. «Seigneur Jésus Marie, je suis envahi par d’insoutenables tourments. Je ne suis pas amoureux, je suis désespéré. Un désir charnel obsédant, monstrueux, indécent m’emplit le corps et l’esprit.»

Surprise!

Sans dévoiler le soubresaut de l’intrigue, je vous préviens que Stan aura toute une surprise. Moi-même, je ne m’attendais pas à un tel rebondissement, surtout dans les années 1930. Je félicite l’auteur d’avoir osé faire place à la diversité.

Publié aux éditions Tête première, Un automne rouge et noir illustre comment on peut se « projeter dans un avenir qui s’ébauche au-delà du lendemain matin », peu importe les dilemmes et les désillusions de la vie.

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