Le mouvement #MoiAussi va-t-il trop loin?

#MoiAussi

Patrick Brown, Steve Paikin, Gilbert Rozon.


12 février 2018 à 14h00

Différencier entre Harvey Weinstein, Patrick Brown et Steve Paikin diminue l’impact du mouvement de dénonciation d’agressions sexuelles #MoiAussi, selon la directrice d’Oasis Centre des Femmes à Toronto, Dada Gasirabo.

«Le mouvement se veut égalitaire», dit-elle en entrevue à L’Express. «C’est la différence de sanctions entre les personnalités accusées», par exemple entre Patrick Brown (immédiatement forcé de démissionner de son poste de chef de parti) et Steve Paikin (que TVO maintient à la barre se son émission) «qui le rend sujet à interprétation.»

«Je pense que l’on devrait continuer à encourager la tolérance zéro. L’importance c’est d’encourager la libération de la parole, de contrer la culture du silence pour encourager d’autres femmes à s’exprimer.»

En moins de 24 heures

C’est Gilbert Rozon – qui a quitté la direction de Juste pour rire en octobre suite à plusieurs allégations d’agressions – qui mentionnait la semaine dernière: «Il y a des allégations le matin, on est jugé à midi et exécuté en soirée».

Pour l’ex-chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, ce fut encore plus rapide dans la soirée du 24 au 25 janvier… et pour des allégations d’inconduites bien moins graves que celles qui pèsent contre Rozon… (Quoiqu’Andrea Horwath, la chef du NPD, a qualifié de «dégradants» les gestes reprochés à son adversaire politique.)

Ce n’est qu’un des effets indésirables d’Internet et des médias sociaux, la plateforme où la plupart de ces dénonciations sont publiées, fait remarquer Maïra Martin, directrice générale d’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes.

Sauf qu’auparavant, «pour les insultes racistes, homophobes, xénophobes on invoquait l’argument de la liberté d’expression. Mais dès que la parole des femmes s’ouvre, ça fait débat». Pour le meilleur et pour le pire, on ne peut pas tout contrôler sur les réseaux sociaux, dit-elle.

Des faussetés qui minent le mouvement

Mardi dernier, 6 février, Patrick Brown sur Twitter et Steve Paikin sur Facebook sont revenus sur les allégations qui circulent contre eux sur la place publique.

Le député de Simcoe Nord remercie ses proches de leur soutien face aux «faussetés» qui ne font que saboter le mouvement #MoiAussi. L’animateur de The Agenda remercie TVO du «vote de confiance» à son égard et affirme lui aussi que «le mouvement #MoiAussi est trop important pour être miné par des allégations non fondées».

#MoiAussi Patrick Brown

C’est un point de vue partagé par la chroniqueuse du Toronto Star Rosie DiManno, qui dénonce ce qu’elle considère comme une dérive infantilisante pour les femmes, dans son article I don’t care if Patrick Brown was a randy womanizer (Je m’en moque si Patrick Brown était un tombeur libidineux).

Sans remettre en cause les bienfaits de #MoiAussi, la journaliste critique la façon dont la présomption d’innocence semble disparaître face à des allégations sexuelles.

Au National Post, la chroniqueuse Christie Blatchford compare le mouvement de dénonciations à un tsunami qui ruinerait la réputation de tout homme accusé, sans possibilité de faire marche arrière.

Dada Gasirabo #MoiAussi
Dada Gasirabo

Une parole encore emprisonnée

Malgré tout, «le mouvement ne doit pas perdre son énergie», souhaite Dada Gasirabo. «Ça a commencé dans le monde du show-biz, Hollywood, mais d’autres femmes d’un autre milieu ont été agressées, et le déclic doit se faire pour elles aussi.»

Selon la directrice d’Oasis, «les femmes francophones de l’Ontario tardent encore à se sentir concernées. C’est important que le mouvement continue pour que les victimes silencieuses se sentent encouragées à briser le silence et à parler elles aussi.»

On n’a fait qu’effleurer le sujet, l’automne dernier, au sein du milieu artistique franco-ontarien.

Le consentement encore ignoré

Par ailleurs, que penser d’une victime qui poursuit sa relation avec son agresseur, comme on l’a vu dans l’affaire Jian Ghomeshi en 2016 et dans le cas d’un des deux témoignages anonymes contre Patrick Brown?

Pour Dada Gasirabo, c’est toute «la complexité des agressions sexuelles». Il s’agit avant tout d’une affaire de consentement: ce n’est pas parce qu’une femme agressée continue à entretenir cette relation que cela la rend«moins abusive».

Il faut aussi prendre en compte que dénoncer cette maltraitance est une véritable épreuve morale pour la victime. Peur de perdre son emploi, d’être remise en doute, isolée socialement: les raisons sont multiples et expliquent pourquoi la femme abusée choisit de rester avec son agresseur.

Maira Martin #MoiAussi
Maïra Martin

Des affaires trop anciennes?

Officiellement, dans le système judiciaire canadien, comme apparemment pour les médias, aucune affaire n’est trop ancienne.

La victime peut donc en tout temps choisir d’attaquer son agresseur en justice. Mais on sait que cela peut prendre du temps et représenter un autre «calvaire moral et physique».

L’anonymat permet de faciliter les choses et d’atténuer une exposition publique qui pourrait rendre encore le traumatisme encore plus aigu, selon Maïra Martin. «À partir du moment où une femme va jusqu’à accuser une personnalité publiquement, cela lui demande beaucoup mentalement parce que sa parole va être systématiquement mise en doute».

Steve Paikin #MoiAussi

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