Le mouvement coopératif: une troisième voie entre le privé et le public?


20 février 2006 à 16h42

Les caisses populaires de l’Ontario sont des modèles de réussite dans le mouvement coopératif ontarien et elles contribuent quotidiennement au développement des communautés francophones. Est-ce possible de transposer ce succès dans d’autres domaines? Oui, croit Stéphane Audet, directeur général du Conseil de coopération de l’Ontario. Mais pour ce faire, le mouvement coopératif a besoin d’un plus grand support au niveau gouvernemental.

Dans le Livre blanc sur le développement des coopératives en Ontario que le Conseil de la coopération de l’Ontario et son pendant anglophone, On Co-op, ont rendu public mercredi dernier à Queen’s Park, une seule recommandation est formulée: la création d’un Secrétariat aux coopératives au sein du gouvernement ontarien.

Calqué sur le Secrétariat aux coopératives fédéral, le Secrétariat provincial serait outillé et mandaté spécifiquement pour développer les coopératives ontariennes. Son mandat serait de conseiller le gouvernement sur les politiques qui influent sur les coopératives, de coordonner la mise en application de ces politiques et de promouvoir les coopératives au sein de l’administration provinciale.

«Le secteur coopératif est en grande croissance, mais on est mal outillé pour assurer cette croissance», explique Stéphane Audet. Les coopératives sont encore trop peu connues du public et sous-estimées par le gouvernement ontarien, croit-il. À la croisée des chemins, le mouvement coopératif doit asseoir sa présence dans la société ontarienne et obtenir le soutien du gouvernement pour assurer son plein développement.

«On est au moment où on peut bâtir sur nos acquis au niveau des coopératives financières ou agricoles pour voir ce qu’on peut faire ailleurs pour aider notamment les plus petites coopératives qui font un travail incroyable auprès des personnes réfugiées ou encore auprès des personnes ayant des problèmes d’intégration, des jeunes, de l’environnement, etc.»

Thomas Blais, président de la Fédération des caisses populaires de l’Ontario, qui jouit d’un actif de 3 milliards $, soutient la recommandation du Livre blanc. «On s’aperçoit qu’on est presque la seule province à ne pas avoir de Secrétariat. Nous, avec les moyens que nous avons, nous pouvons assurer notre développement et on n’a jamais recours au gouvernement pour nous aider financièrement. Mais certaines coopératives ont besoin d’aide dans la planification de leur entreprise ou encore pour obtenir de l’aide d’expert-conseil. Alors, c’est important qu’on leur offre une structure adéquate.»

Kosita Musabye en sait quelque chose. Elle est en train de développer un projet de coopérative d’habitation avec d’autres membres de la communauté rwandaise établie à Hamilton. «Nous avons pensé à d’autres possibilités, explique-t-elle. Mais c’est l’idée de la coopérative qui a été retenue.» «Nous voulions avoir un projet qui nous serait bénéfique, qui serait aussi bénéfique pour la communauté et qui nous permettrait de léguer quelque chose à nos enfants.»

Dans son pays d’origine, le mouvement coopératif est très bien implanté et fait partie de la philosophie de vie quotidienne des Rwandais. «Les enfants sont élevés par tout le village. Et on a plus tendance à partager les biens, comme ça on partage les échecs et aussi les bénéfices.» Mais ici, les difficultés pour obtenir du financement des banques lui créent beaucoup d’embûches, les banques préférant financer un individu redevable plutôt qu’un groupe.

À l’heure où les débats sur l’entrée du privé dans la délivrance de services publics battent leur plein, le mouvement coopératif se propose comme une troisième voix, une alternative qui marie efficacité économique et responsabilité sociale. «Comme secteur, on a la capacité d’apporter des solutions à des problèmes, une solution qui a une dimension économique et sociale. On a les moyens d’utiliser l’argent au service des gens plutôt que l’inverse», soutient Stéphane Audet.

Beaucoup reste à faire pour faciliter la création de coopératives et pour élargir les domaines d’activités desservies par des coopératives. Stéphane Audet espère que des coopératives pourront offrir des services de soins de santé dans les prochaines années. «Les gens ont peur de la privatisation des soins de la santé. Mais il y a des façons de donner aux gens les moyens de se prendre en main, de ne pas avoir l’État qui contrôle tout de très loin.»

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