Le gouvernement albertain a la langue dans sa poche

L'édifice de l'Assemblée législative de l'Alberta.
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Le gouvernement conservateur de Jason Kenney, en Alberta, est souvent décrit comme cachottier, que ce soit avec les sujets relatifs à la pandémie ou des questions sensibles comme l’avenir du Campus Saint-Jean.

Les médias albertains sont à la recherche de réponses pendant que le gouvernement semble pratiquer la loi du silence.

Pas d’entrevues

Les instances gouvernementales albertaines sont réticentes à partager de l’information avec les journalistes, ce qu’on constate, entre autres, avec la gestion de la pandémie. Mais ça ne date pas d’hier.

Jason Kenney

«Depuis que Jason Kenney a été élu, on essaie d’avoir une entrevue, mais on n’a pas réussi à l’avoir », s’exprime le rédacteur en chef du journal Le Franco, Geoffrey Gaye, déçu par le premier ministre qui s’exprime pourtant en français.

Même constat à la radio francophone d’Edmonton. «Les quelques fois qu’on a fait des demandes d’entrevues auprès du gouvernement, on n’a rien eu. Je pense qu’on demande même plus», dit la directrice générale de Radio Cité, Carole Saint-Cyr.

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Même les élus francophones

Les personnalités publiques de la politique albertaine accordent rarement des entrevues aux médias francophones. Le plus frustrant, c’est que même les élus délégués à la francophonie ne sont pas faciles à joindre.

Geoffrey Gaye journal Le Franco Alberta
Geoffrey Gaye

La secrétaire parlementaire en matière de francophonie, Laïla Goodridge, fait partie de ces acteurs politiques francophones qui restent muets. Elle refuse de parler aux médias de la situation du Campus Saint-Jean – alors qu’elle a elle-même étudié dans cet établissement scolaire – avec le seul journal francophone de l’Alberta.

«Les entrevues qu’on a eues avec elle se comptent sur les doigts d’une main», souligne le rédacteur en chef.

Une culture du secret

Si les médias francophones sont incommodés par le manque d’information, il en va de même pour les médias anglophones, selon le professeur en science politique du Campus Saint-Jean, Frédéric Boily.

Selon lui, le manque de transparence dans la politique albertaine serait attribuable au contrôle du gouvernement par un parti politique au pouvoir, le Parti progressiste-conservateur, depuis le début des années 1970, de Peter Lougheed à Jim Prentice.

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«Ça crée une culture du secret parce qu’il y a un contrôle du gouvernement», dit-il. «Ça fait en sorte qu’on développe des liens un peu trop étroits avec les milieux économiques et des gens qui sont bien placés. Les gouvernements n’ont pas de comptes à rendre à personne», souligne M. Boily.

Les Néo-Démocrates aussi

Les Néo-Démocrates se sont fait élire en 2015, brisant ainsi la chaîne du conservatisme dans la politique albertaine, avec une promesse d’un gouvernement plus ouvert. Une promesse qui n’a pas nécessairement été tenue, nous enseigne le spécialiste.

Frédéric Boily Université de l'Alberta
Frédéric Boily

«Il n’y a pas eu de changement dans la nature de communiquer avec les Néo-Démocrates au pouvoir», constate-t-il. «Ce sont des tendances de fond qui souvent dépassent les frontières idéologiques ou les frontières partisanes.»

Une omertà?

La question plane: existe-t-il une loi du silence dans la politique albertaine ?

«Omertà! Le mot est fort. Culture de rétention de l’information, absolument!», affirme le professeur Boily.

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Cette rétention de l’information peut être sentie avec la stratégie «atypique» du gouvernement albertain en matière de gestion de la covid. Comparativement à Doug Ford en Ontario ou à François Legault au Québec, Jason Kenney a été très peu aperçu pendant le grand confinement.

Cette présence faible lui a coûté dans les sondages. Une enquête Angus Reid publiée le 1er décembre dernier plaçait Jason Kenney à l’avant-dernière position dans le classement des premiers ministres canadiens les plus appréciés, avec 40% d’approbation de la population albertaine.

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