Le français survivra dans les régions à forte présence francophone

Étude C13, déclin du français
Le prof Mario Polèse entrevoit un avenir sombre pour le français hors Québec et hors des régions à forte présence francophone. Photo: Marie-Soleil Desautels, L'Aquilon
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Le projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles du Canada (C-13) ne réussira pas à enrayer le déclin du français, «surtout pas hors Québec», selon une étude présentée le 15 juin.

En entrevue avec Francopresse, le professeur émérite à l’Institut national de la recherche scientifique, Mario Polèse entrevoit un avenir sombre pour le français hors Québec et hors des «régions à forte présence francophone».

Étude C13, déclin du français
Mario Polèse.

Qu’est-ce qui vous a amené à publier cette étude ?

J’ai rédigé cette étude principalement pour réveiller les anglophones, car la plupart d’entre eux au Canada ne connaissent pas la réalité du déclin du français.

Le projet de loi C-13 devrait-il aller aussi loin que la loi 101 au Québec?

Il y a deux bémols ici. Le gouvernement fédéral ne peut agir qu’au sein des institutions qui relèvent de lui, ce qui limite ses pouvoirs et sa capacité à intervenir concrètement pour assurer l’avenir du français.

Ce n’est pas la faute de la Loi sur les langues officielles, c’est simplement que ses moyens sont limités.

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Ensuite, le français a d’excellentes chances de survivre hors du Québec, mais seulement dans certaines régions.

La force de ce projet de loi C-13 est de reconnaître les «régions à forte présence francophone». Si le fédéral appuie davantage ces régions, on peut être optimiste. Je le suis sur le fait que des gens parleront toujours français à Caraquet dans 100 ans.

Cela dit, ce n’est pas réaliste de croire que le français existera encore dans 100 ans, hors de ces zones chanceuses.

Attention, tout cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer à appuyer les régions à forte présence francophone.

Étude C13, déclin du français
Moins d’anglophones et de francophones de langue maternelle au Canada. Davantage d’autres langues… mais qui finissent souvent par fonctionner en anglais. Source: Statistique Canada

Est-ce que la désignation de régions francophones va vraiment changer la donne?

C’est l’un des problèmes. Le diable se cache dans les détails. L’idée de ces régions à forte présence francophone est tout à fait bonne, parce qu’il reconnaît les différences territoriales.

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Mais la mise en application de ces concepts va être un casse-tête. Je suis plutôt pessimiste, je crains que les réalités politiques ne diluent que le concept des «régions à forte présence francophone».

Par exemple, les régions de Prescott-Russel et Cochrane (en Ontario) ont été déclarées comme des régions francophones, avec des services en français poussés.

Or, des habitants francophones de Toronto ou de Sudbury voudraient aussi cette désignation. Une fois que vous désignez des régions, vous excluez nécessairement des gens.

La solution pour maintenir le français repose-t-elle sur les provinces?

Oui, mais il faut nuancer. Le gouvernement fédéral peut exercer des pressions sur les provinces. Il peut avoir un effet de démonstration. Il pourrait inciter des municipalités à fonctionner en français à travers un programme et faire en sorte que les provinces suivent.

C’est ce que C-13 ne fait pas.

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Mais il faut négocier avec des provinces qui n’apprécient généralement pas l’intervention du fédéral dans leur gestion des municipalités.

Est-il vain d’établir des cibles d’immigration francophone hors Québec?

Non, c’est tout à fait bienvenu et il ne faut pas arrêter ce travail! Mais il ne faut pas non plus se bercer d’illusions.

Les immigrants francophones vont subir les mêmes pressions que les natifs francophones hors Québec. Si les enfants de personnes immigrantes arrivent dans la péninsule acadienne, ils vont probablement finir par immigrer à Moncton ou Montréal, où il y a plus d’emplois.

Ce sera d’autant plus vrai pour les personnes qui immigrent à Winnipeg, Vancouver ou Toronto. Il suffit de cinq minutes après la sortie de l’aéroport pour s’apercevoir que l’anglais est la langue qui prime.

Et dans ces provinces, il n’y a aucune loi, comme au Québec, qui empêche une famille immigrante francophone d’envoyer leurs enfants à l’école anglophone.

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Étude C13, déclin du français
Plus de 90% des Canadiens qui parlent français à la maison vivent au Québec. Source: Statistique Canada

Le défi de sauver le bilinguisme canadien reviendra alors presque exclusivement au Québec?

Le poids du Québec sera encore plus important en Amérique.

Aujourd’hui, la proportion de francophones du Canada qui vit au Québec frôle déjà les 93%. Dans 100 ans, ce sera sûrement plus. Mais il y aura toujours des francophones dans les coins comme l’Acadie ou les régions à forte présence francophone.

Cela dit, s’il n’y avait pas le Québec et son gouvernement qui légifère pour protéger le français, c’est certain que cette langue n’aurait pas beaucoup d’avenir en Amérique du Nord. Il n’y aurait pas de loi sur les langues officielles du Canada.

L’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) a publié l’étude de Mario Polèse à travers le Centre d’excellence sur la fédération canadienne.

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