Le français en perte de légitimité au pays?

Manque de leadership face aux contrecourants politiques

francophonie

Raymond Théberge, Stéphanie Chouinard, Stéphane Gauthier, François Boileau et Serge Miville. (Photo: avec l’autorisation du journal Le Voyageur, Julien Cayouette)


9 février 2019 à 10h00

Il n’y aurait pas de crise de légitimité du français au Canada, mais plutôt plusieurs contrecourants alimentés par les circonstances politiques, si l’on en croit les quatre invités de marque qui ont répondu à l’appel de l’Institut franco-ontarien (IFO) le 1er février à Sudbury

«Le français est-il en perte de légitimité au pays?» était la prémisse de la table ronde organisée par le directeur de l’IFO, Serge Miville, professeur d’histoire de l’Université Laurentienne et détenteur de la chaire de recherche en histoire de l’Ontario français.

Un fond solide, malgré les courants

La politologue du Collège militaire royale du Canada à Kingston, Stéphanie Chouinard, croit que la minorité qui rejette le bilinguisme et la francophonie se sent plus libre de s’exprimer depuis l’arrivée au pouvoir des politiciens qui semblent partager leurs points de vue, un mouvement politique similaire à ce que l’on peut voir aux États-Unis face à l’immigration et à d’autres enjeux.

Selon le commissaire aux services en français de l’Ontario, François Boileau, le français ne serait pas en perte de légitimité au sein du gouvernement qui a aboli son poste à l’automne. «Avec le nombre de citoyens et immigrants qui envoient leurs enfants en immersion, je ne crois pas en une perte de légitimité», précise-t-il.

Prêcher aux convertis

Le directeur du Carrefour francophone et de la Slague, Stéphane Gauthier, fait le même constat: à Sudbury, les dirigeants politiques n’ont rien contre le français.

S’appuyant sur le cas de Place des Arts, il conte que tous les candidats à la mairie du Grand Sudbury y étaient favorables, surtout après avoir entendu les arguments économiques. Il est bien au courant des réactions parfois négatives sur les réseaux sociaux, mais considère la tendance marginale.

Toutefois, le commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, croit qu’aucun leader en politique fédérale ne donne de visibilité positive au bilinguisme. Ce sont souvent les mêmes personnes qui parlent de bilinguisme à un public acquis.

50 ans de bilinguisme officiel

La Loi sur les langues officielles canadienne a 50 ans cette année et les panélistes ont chacun fait leur bilan.

Stéphane Gauthier constate des avancements, dans les 50 ans de bilinguisme fédéral. Il croit que la Place des Arts est un exemple d’effet positif et que ce genre de projet n’aurait pas été accepté il y a 50 ans ou même 20 ans.

D’ailleurs, Stéphanie Chouinard estime que si la crise franco-ontarienne a attiré autant l’attention, même dans d’autres pays, c’est un peu parce que le Canada a toujours vanté son modèle de bilinguisme et qu’il est ancré.

Trudeau et Joly en parlent peu

Toutefois, elle a souligné que la crise a remis en question cette affirmation vieille de 50 ans.

En ce sens, Raymond Théberge constate qu’il n’y a plus de progrès, car plusieurs personnes à Ottawa croient que la question des langues officielles est réglée.

Stéphanie Chouinard est d’ailleurs d’avis que Justin Trudeau et Mélanie Joly ne parlent pas du bilinguisme ou qui en parlent seulement aux minorités francophones. Et selon le commissaire fédéral, la stagnation équivaut à un recul de la notion des langues officielles.

Enjeu de l’élection d’octobre?

Les opinions des panélistes se rejoignent sur certaines questions. Entre autres, il faut en venir à ce que demander des services en français ne soit plus un geste politique, mais simplement un automatisme.

Le besoin d’inclure et d’engager les alliés anglophones dans le combat pour l’avenir du français au Canada a également fait consensus. Stéphanie Chouinard prévient que la communauté devra mettre le sujet des langues officielles à l’avant-scène pendant l’élection fédérale d’octobre.

Par ailleurs, les commissaires Théberge et Boileau disent tous deux avoir été confrontés à la méconnaissance du rôle d’un commissaire. Il ne s’agit pas simplement de répondre à des plaintes, de produire des rapports et de critiquer le gouvernement. Il y a tout un jeu de coulisses, des rencontres et des réunions afin de changer les choses avant que les lois et les règlements ne soient votés. Il faut aussi tenter de prévoir les enjeux à venir.

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