Le burkini fait des vaguelettes

Le burkini (burka/bikini), qui ressemble à une tenue de plongée, vient en plusieurs modèles et couleurs. (Photo: Giorgio Montersino de Milan, Italie [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons)

Le burkini (burka/bikini), qui ressemble à une tenue de plongée, vient en plusieurs modèles et couleurs. (Photo: Giorgio Montersino de Milan, Italie [CC BY-SA 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0)], via Wikimedia Commons)


23 août 2016 à 4h50

Après la tragédie, une comédie… qui ne fait rire personne.

Dans le sillage de l’attentat de Nice, le soir du 14 juillet, où, au nom d’Allah, un camionneur a tué 84 personnes et en a blessé une centaine d’autres, de tous âges, de toutes races et de toutes religions, quelques municipalités françaises ont interdit le «burkini», la tenue de plage ou de piscine recommandée aux femmes par les islamistes les plus radicaux.

Même si les apparitions de burkini restent rares sur la Côte d’Azur ou sur celles de l’Atlantique, au moins une échauffourée a opposé des baigneurs musulmans et des passants qui les prenaient en photos.

Sans féliciter chaleureusement ces maires de leurs initiatives, le Premier ministre Manuel Valls a refusé de les désapprouver, comme si l’affaire ne relevait que de la politique locale.

Apparemment à l’affût de la dernière mode en France, des élus québécois se sont également penchés sur le burkini. La députée Nathalie Roy de la Coalition Avenir Québec recommande de «trouver une façon de faire interdire ce vêtement qui est un accessoire d’asservissement de la femme, tout comme le tchador, le niqab, la burqa».

«Je ne peux pas croire qu’on en est là», a commenté le Premier ministre Philippe Couillard. «L’État n’a rien à voir avec la façon dont les femmes se vêtent sur les plages.» Allergiques à ce genre de débats, les Libéraux québécois ont tout de même adopté le principe des services gouvernementaux «offerts et reçus à visage découvert», mais ça n’ira pas plus loin.

Le burkini est un signe «d’agressivité identitaire», assène l’intellectuel nationaliste Mathieu Bock-Côté, qui chronique dans Le Journal de Montréal et dans Le Figaro Vox.

J’aime bien MBC, dont le dernier essai Le multiculturalisme comme religion politique a été remarqué en France comme au Québec. Je suis d’accord avec lui et d’autres (Bill Maher, Sam Harris) que l’islam est la plus détestable des religions, mais je n’imposerais pas ma laïcité ou mon athéisme aux autres. À la plage ou dans la rue, on ne peut pas interdire aux gens de s’habiller ou de se déshabiller comme ils le souhaitent (à l’école ou aux comptoirs gouvernementaux, oui). Jusqu’à certaines limites évidemment: sécurité personnelle, décence, propreté, ordre public.

En France, c’est l’ordre public qui est invoqué contre le burkini «provocateur»… Et il faut reconnaître que les symboles religieux ostentatoires,  de toutes les religions, comme d’ailleurs les symboles politiques, ont bel et bien pour but de «promouvoir», «provoquer», «convertir», disons donc «conquérir».

Sauf qu’on ne peut pas logiquement, moralement – on peut tout faire si on a les votes bien sûr – interdire dans l’espace public le burkini mais pas le tatouage d’une croix chrétienne, la barbe d’un musulman mais pas celle d’un hipster, le niqab mais pas le masque de Guy Fawkes… Dans certains pays, on invoquera encore l’ordre public pour interdire les croix gammées ou la visibilité des homosexuels.

C’est une pente liberticide dangereuse. Mieux vaut réformer nos politiques d’immigration (refouler les extrémistes), d’intégration (promouvoir notre culture avant celles des autres) et d’éducation (encourager la modernité).

Selon MBC, tolérer le burkini et d’autres perturbations islamistes, au nom de la liberté, entraîne un risque de «redéfinition minimaliste de la laïcité». «Combattre le burkini s’inscrit dans une longue bataille, qui s’amorce à peine, contre un islamisme conquérant qui veut faire plier les sociétés européennes en imposant ses codes», écrit-il.

À Toronto, le conseiller consulaire Marc Albert Cormier (un des quatre élus des citoyens français vivant en Ontario et au Manitoba, auprès du consul de France) a abordé dans son dernier blogue la «bastonnade médiatique» sur le burkini, qu’il décrit comme un «sac à patates avec ourlet».

«Il est devenu un symbole de peur et de rejet dans une France traumatisée par le terrorisme islamiste des deux dernières années», constate M. Cormier. «L’interdire, pour certains élus locaux, c’est lutter à leur façon contre le terrorisme et l’idéologie fondamentaliste qui cautionnerait ces actes sanguinaires.»

Il se prononce toutefois sans équivoque pour la liberté des femmes de porter le burkini à la plage ou à la piscine: «Cette liberté doit s’exercer jusque dans les pires choix vestimentaires. Défendre le droit de porter le burkini, ce n’est pas approuver ce vêtement affreux. Tout comme défendre la liberté d’expression ne signifie pas approuver la dernière caricature de Charlie Hebdo

Le mensuel satirique français, victime d’une attaque islamiste meurtrière en janvier 2015, a d’ailleurs récemment consacré sa une à la controverse sur le burkini. Son dessin montrant un couple nu courant sur la plage (homme barbu, femme en hijab) était accompagné du titre «Musulmans… dé-coin-cez-vous!»

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