L’art du fer, inspiration d’un village

Noailles et Croix des Bouquets, hauts lieux de l'art haïtien

Eugène Jacques, artiste de Noailles.
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Notre visite à pied du village de Noailles, à l’ouest de Port-au-Prince, me surprend. On déambule parmi des centaines d’artisans forgerons œuvrant à l’unisson sous le soleil intense. Le village entier vit sur le rythme régulier d’un martelage incessant.

Un labeur collectif monumental entouré d’artistes sculpteurs vodouisants tel que Jean Eddy Remy dévoué à la cause de sa communauté. Sa passion combine l’art du métal et une immense empathie pour les apprentis du métier.

On apprend que le fer découpé a rejoint l’univers artisanal d’Haïti d’une façon prodigieuse depuis les années 70. Sculpter le fer est un métier bien établi à Noailles. La transmission du savoir a produit plusieurs générations d’artisans sculpteurs. De nombreuses familles en bénéficient.

Noailles, capitale haïtienne des artisans du fer découpé, est située à quelques pas de la commune de Croix des Bouquets, dans le département de l’Ouest. Le site n’a pas été affecté par le récent ouragan Matthew.

L’héritage Liautaud

L’histoire de Noailles remonte au début des années 50 où l’on découvre le talent inédit de Georges Liautaud, humble fabricant de croix de cimetière, né en 1899 à Croix des Bouquets. Sa créativité phénoménale a fait du village de Noailles le centre haïtien de l’art du fer.

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Grâce à l’appui de Dewitt Peters, co-fondateur du Centre d’Art Haïtien, à la fréquentation d’autres artistes et à l’exaltation générale pour l’art du métal, Georges Liautaud transforme sa ferronnerie en une technique artisanale remarquable.

La tôle, plus maniable, sur laquelle Liautaud choisit d’exécuter ses œuvres devient le médium de prédilection des forgerons de Noailles dont les frères Louis Juste, instigateurs de la création du village.

Aujourd’hui la cité des artisans perpétue à l’infini l’œuvre saisissante de feu Georges Liautaud (1991).

Au village de Noailles.
Au village de Noailles.

Fer et vaudou

On entre d’emblée dans la cour d’un atelier où plusieurs artisans s’affairent à marteler diverses pièces de métal. Il s’agit de l’une des toutes dernières étapes avant d’achever la production d’une œuvre.

La première tâche consiste à tracer le dessin à la craie sur une pièce puis l’artiste remet la pièce à un ouvrier qui l’a découpera. Une fois la plaque découpée, on doit retirer les écailles; ce qui permet d’ajourer la sculpture et de faire naître les formes.

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Puis vient l’étape de la finition avec la mise en place des lignes, ciselures, qui donnent le relief et l’expression à la pièce. La sculpture adopte sa courbure finale par le martelage de l’artiste. La pièce est ensuite vernie, avant la dernière étape du séchage.

L’art du métal m’intrigue parce qu’il s’inspire en grande partie du vaudou issu des traditions africaines. J’ai retrouvé à Noailles les sources mystérieuses des forgerons du vaudou exposés au Centre francophone de Toronto en 2011.

Un captivant décor métallique appartenant au profond terroir culturel d’Haïti alimenté par les croyances vaudou: arbres de vie, poissons, salamandres, oiseaux, sirènes, ombres et lumières, divinités et rituels.

Du fer découpé à Noailles.
Du fer découpé à Noailles.

Expertise d’Haïti

Depuis 2009 la commune Croix des Bouquets, en banlieue ouest de Port-au-Prince, héberge le Musée Georges Liautaud. Dédié à la création artistique contemporaine, le musée vise à prolonger la splendeur de l’œuvre Liautaud réalisée à partir de bidons recyclés.

Plusieurs artistes haïtiens reconnus se sont démarqués par leurs ouvrages imprégnés de l’esprit Liautaud: Serge Jolimeau, Gabriel Bien-Aimé, Murat Brierre, Damien Paul, Lionel St-Éloi.

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Noailles, lieu propice à l’innovation artisanale communautaire, offre un potentiel d’échanges exclusifs entre associations d’artisans haïtiens et d’ailleurs. L’art du métal illustre indéniablement l’une des expertises d’Haïti: l’artisanat.

Les marchés en plein air de St-Martin, Ste-Lucie, Curaçao, Aruba, les Bahamas recèlent une riche variété de pièces d’artisanat haïtien. Les créations d’Haïti sont vendues partout dans les Caraïbes et le monde.


Cette chronique relance le blogue Arts et Culture d’Haïti initié par Annik Chalifour en janvier 2016. La journaliste revient d’un 4e voyage de presse en Haïti, cette fois-ci réalisé sous les auspices du ministère du Tourisme et des Industries créatives d’Haïti et de l’agence Explore Haïti. Ses reportages proposent une fenêtre sur l’immense potentiel d’Haïti, hors du tourisme conventionnel.

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