L’ami intime de James Dean met cartes sur table

William Bast, Ma vie avec James Dean, autobiographie traduite de l’anglais par Jérémie Gazeau, Jean-Noël Chatain et Sylvaine Pascual, City Éditions, Paris, 2006, 378 pages.
William Bast, Ma vie avec James Dean, autobiographie traduite de l’anglais par Jérémie Gazeau, Jean-Noël Chatain et Sylvaine Pascual, City Éditions, Paris, 2006, 378 pages.
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À 24 ans, James Dean trouve la mort dans un accident de voiture, le 30 septembre 1955. Cet acteur rebelle laisse des millions de jeunes fans orphelins. Peu de monde sait qu’il laisse également un jeune homme seul avec sa douleur. Il s’agit de William Bast avec qui James Dean partageait sa vie depuis cinq ans. Dans Ma vie avec James Dean, Bast raconte ses souvenirs des plus belles années avec la star américaine.

Jimmy Dean et William Bast se rencontrent à l’Université de Los Angeles, à l’âge de 19 ans. William tombe amoureux de Jimmy et les deux garçons vivent ensemble à une époque où «cela» ne se fait pas. Lorsque James Dean connaît la gloire, William Bast reste dans l’ombre, tout en étant bien présent, suivant chaque tournage de film. Ce sont ces années de relation amicale/amoureuse que Bast retrace dans un témoignage unique qui lève le voile sur la vie privée de James Dean en révélant son homosexualité.

Lorsque William Bast fait la connaissance de Jimmy Dean, il rencontre «un gars réservé, un plouc tout juste arrivé de l’Indiana». En le fréquentant, il se rend compte que l’étrange petit homme n’est pas si simple que cela. Il découvre que, chez Jimmy, il y a «tant de rôles à jouer. Un rôle différent face à chaque personne.»

Bast apprend que Dean mène une vie en compartiments et qu’il y réussit fort bien. Un de ces compartiments est l’homosexualité. Mais admettre cela, en 1950, requiert un courage considérable. «Au lieu de cela, nous persistions dans nos faux-semblants protecteurs, incapables de changer les règles du jeu en révélant nos alter ego

Il faut presque un an de fréquentations avant que Jimmy et William ne lâchent le morceau. «On aurait dit un carrousel sans fin dont ni lui ni moi ne pouvions descendre.» William est fortement attiré par Jimmy, mais n’ose pas faire le premier pas par crainte du rejet. Un soir, sans préambule, Jimmy demande à William: «pourquoi ne me rejoins-tu pas?» William se glisse alors sous le drap aux côtés de Jimmy: «mon cœur battant si fort que j’étais sûr qu’il l’entendait».

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Selon le récit très détaillé d’une vie à deux, il est évident que Dean a alternativement courtisé et terrifié Blast, au point où ce dernier s’est toujours demandé avec qui il finirait, «Docteur Jekyll ou Mister Hyde»?

Dean est un être tourmenté, perspicace, gentil et enthousiaste; il est aussi un «monstre amer, versatile, autodestructeur, passionné et imprévisible». Dean fait plusieurs escapades et couche avec des agents qui le feront certainement gravir les échelons du temple hollywoodien. Il ne s’inquiète pas de l’impact que cela peut avoir sur son coloc.

En lisant Ma vie avec James Dean, on a l’impression que Jimmy partage l’appartement de William, mais non sa vie. Il faut dire que l’acteur soigne son image publique, surtout après le tournage et le succès de À l’est d’Eden. Il ne pose pas de gestes qui pourraient nuire à cette image. Rebelle, oui, mais pas pédé. L’élan amoureux semble être à sens unique. C’est Bast qui est follement amoureux de Dean, mais il sait que cela doit demeurer un secret: «plus on serait proches, plus la situation deviendrait compliquée entre nous (…) on était plus en sécurité chacun sur son propre terrain».

William Bast écrit que le destin s’est mêlé de sa vie de couple juste au moment où il avait décidé de se mouiller. Le 30 septembre 1955, «quelque part, sur une route de campagne, le corps mutilé de la seule personne au monde que j’étais sûr d’aimer plus que les autres était étendu là, brisé, sans vie. C’était terminé. Comme j’avais tort.» Bast doit, en effet, porter le deuil en solitaire et ne point révéler son secret.

Pas question de sortir un squelette du placard au moment même où toute l’Amérique pleure la mort d’une légende, où les fans clubs se multiplient. William Bast attendra 50 ans avant d’écrire Ma vie avec James Dean. Il en donne une version très personnelle et très intimiste; il n’hésite pas à hisser l’amitié de Dean sur un piédestal, à la glorifier pour en faire un amour.

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Le plus triste dans ce constat autobiographique, c’est la conclusion qu’en tire l’auteur: «je n’ai jamais eu la possibilité de voir Jimmy vieillir, mûrir, de le regarder devenir un ami et un compagnon de longue date».

William Bast, Ma vie avec James Dean, autobiographie traduite de l’anglais par Jérémie Gazeau, Jean-Noël Chatain et Sylvaine Pascual, City Éditions, Paris, 2006, 378 pages.

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