James Dean passe pour un modèle, un héros et un dieu

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François Truffaut a déjà affirmé que la jeunesse actuelle s’est retrouvée tout entière dans la personne de James Dean, moins pour des raisons de frénésie et de sentiments rebelles que pour des valeurs infi-niment plus simples et quotidiennes: pudeur des sentiments, fan-taisie de tous les instants et regret de se sentir en dehors de la société. À l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Dean, les Éditions Payot publient une biographie signée Bertrand Meyer-Stabley. Elle nous révèle un homme habité par une incontrôlable «fureur de vivre».

L’auteur nous brosse un portrait très intimiste de celui qui est devenu, à 24 ans, un modèle, un héros et un dieu. Nous y apprenons que James Byron Dean, né le 8 février 1931, «est presque trop délicat pour un garçon». Cheveux blonds, yeux bleus, visage de chérubin, ce jeune sauvageon affiche un sourire om-brageux. Différent de ses copains de classe, Jimmy suit des leçons de violon et des cours de claquettes, ce qui le rend une cible idéale pour la moquerie. De toute évidence, il a des difficultés à se faire des amis et il cache mal son immense peine d’avoir perdu, à l’âge de 9 ans, sa mère adorée.

Le livre nous apprend qu’un pasteur d’église méthodiste entretenait «une relation suivie avec le jeune James Dean pendant ses années de collège, avec des rapports sexuels réguliers». Le 8 février 1949, Dean affirme sa différence lorsqu’il prétend ne pas pouvoir faire du service militaire: «Vous ne pouvez pas m’enrôler, plaide-t-il. Je suis homo-sexuel.» Se rend-il tout simplement intéressant, est-il vraiment gai ou bisexuel? Chose certaine, son extravagance et ses efforts incessants pour s’écarter de la banalité peuvent expliquer son comportement sexuel. Dean dira qu’«un acteur doit interpréter la vie et, pour y parvenir, accepter toutes les expériences qu’elle lui propose […] essayer tout ce qu’il y a à essayer». Peut-être qu’une sexualité marginale faisait partie d’une telle démarche.

Le biographe décrit Dean comme «un mélange de jeune chien fou, d’enchanteur grisé de vieilles sagesses, de héros baudelairien noyé dans la ville amère et turbulente, d’enfant boudeur et d’aventurier rêvant aux domaines hantés chers à Scott Fitzgerald et Truman Capote». Il note que l’attirance, l’amour et la dépendance sont des émotions que James Dean a du mal à maîtriser: «il prend de ses partenaires ce dont il a besoin et se dépêche de les laisser tomber avant qu’eux-mêmes ne le fassent». Selon l’auteur, Dean est un peu dans la vie le personnage qu’il incarnera dans le film À l’Est d’Éden: Caleb l’insurgé, l’incompris qui demeure prisonnier de la tendresse dont il déborde.

La revue Variety écrit qu’il faut suivre de près le nouveau venu James Dean: «Il a un tel magnétisme quand il joue qu’avec lui on oublie la routine. […] Il sera l’un des plus grands acteurs de notre temps. Des garçons comme lui font l’honneur de notre confrérie.» Mais il y a aussi des détracteurs qui le traitent d’égocentrique, de bluffeur inculte, de poseur, de paysan et d’arriviste. Il lui arrive souvent, lors d’un tournage d’un film, d’être assez difficile, voire franchement impossible. Dean s’entend mal avec les autres acteurs et avec l’équipe technique. Il improvise des répliques qui déconcertent ses collègues.

Aucune photo de Dean nous le montre portant des lunettes car il les enlève dès qu’il est en public ou en tournage. Il lit beaucoup et sa première préoccupation semble être celle de se chercher à travers les grands rôles classiques afin de se perfectionner dans son art. Dean demeure de toute évidence un être qui vit tout à cent milles à l’heure. «Il aborde avec la même passion dévorante les filles, les garçons, les livres, le théâtre, le cinéma, la danse, la musique, la philosophie et, par-dessus tout, son métier.»

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S’il y a une activité qui irrite au plus haut point le jeune premier, c’est bien ses relations avec la presse. Dean hait les cérémonials, les obligations et toutes les politesses. Sa seule préoccupation est de jouer, pas d’alimenter les po-tins mon-dains, ce qu’il traduit souvent en ces termes: «Je suis venu à Holly-wood pour jou-er, pas pour faire du char-me.»

James Dean a toujours eu une obsession pour les voitures de sport, les motos et la vitesse. Ce sera une obsession fatale. Le 30 septembre 1955, il trouve la mort au volant de sa Porsche Spyder, à l’intersection d’une route californienne qui porte aujourd’hui le vocable James Dean Memorial Junction. Au cours de l’année qui suit sa disparition, quatre millions de fi-dèles s’inscrivent dans les clubs destinés à célébrer son culte.

À l’Université de Princeton, le masque mortuaire de l’enfant prodige est exposé à côté de ceux des gloires intellectuelles que sont Mozart, Beethoven, Keats, Melville et Thackeray. Pendant des années, des pèlerins s’emparent de fragments de sa pierre tombale et laissent sur le marbre des marques de baisers indélébiles.

Humphrey Bogart a affirmé que le jeune acteur est mort au bon moment. «Il a juste eu le temps de devenir une légende. Si Dean avait vécu plus longtemps, il n’aurait jamais pu l’assumer.»

Bertrand Meyer-Stabley, James Dean, biographie, Éditions Payot, Paris, 2005, 208 pages, 29,95$.

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