La violence au cœur de l’enfance

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Je me suis souvent interrogée sur la violence larvée au cœur de la culture enfantine. Pourquoi introduire si tôt monstres, mort, abandon, peur, chez les enfants? Passés les câlins avec les peluches toute douces aux bouilles sympathiques, voilà nos chérubins plongés dans un univers d’ogres et de ténèbres.

Une littérature féroce

Les premières lectures regorgent de parents abandonnant leurs enfants pour ne pas succomber à la misère (Le Petit Poucet, Hansel et Gretel), de prédateurs en tout genre ne cherchant qu’à faire une bouchée de petits innocents sans défense (Les sept chevreaux, Le petit chaperon rouge ou Babayaga) et de supplices terribles (la petite fille aux allumettes meurt lentement de faim et de froid, la petite sirène perd l’usage de la parole et souffre le martyr pour substituer des pieds à sa queue de poisson, les enfants dans Le Petit Poucet sont voués à être mangés et certains sont égorgés par leur propre père).

Que dire de Peau d’âne promise à l’inceste d’un père cherchant à remplacer son épouse défunte par une fille encore plus belle?

Perrault, Andersen et Grimm s’en sont donnés à cœur joie pour peupler de terreurs l’univers des tous petits.

Plus étonnant encore est l’acharnement à faire vivre ces contes terribles dans la tradition de la littérature enfantine. C’est vers quatre ans, dit-on, que les premiers cauchemars font leur apparition. Pas étonnant qu’ils durent avec cette littérature.

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Mais la psychologie affirme que l’enfant est attiré par «les forces obscures» et qu’il est important pour lui de symboliser le Bien et le Mal.

Les enfants attendent d’ailleurs souvent avec impatience l’arrivée du méchant dans le conte et nous nous émerveillons souvent, adultes, de la richesse des décors, des personnages et de l’audace des actions. À qui s’adressent vraiment ces contes?

Solitude et douleur

Le dessin animé prend le relais en terme de violence avec les désormais classiques de Walt Disney.

Réduites en esclavage, Blanche Neige et Cendrillon subissent les humiliations et la méchanceté de leur belle-mère. Tout comme Raiponce, elles sont isolées du monde, et n’ont que des animaux pour épancher leur peine. Blanche Neige doit se méfier des desseins meurtriers de sa belle-mère.

Si les parents existent et sont bienveillants, ils sont rapidement tués (Bambi perd sa mère tuée par un chasseur, dans le Roi Lion, l’oncle de Simba assassine son père), les frères et sœurs ou enfants parents, séparés (Anna et Elsa grandissent éloignées l’une de l’autre dans La reine des neiges et Dumbo est enlevé à sa mère).

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Il est dit que le héros grandira et se réalisera dans la solitude et la douleur. Introduction à la vie peut-être questionnable pour des enfants, qui, «chanceux» d’être exposés à ces histoires, sont en général élevés dans un monde à l’abri de la guerre.

Nourris de ces concepts, les enfants ne peuvent qu’en demander plus en grandissant, ce qui les amènera à lire et voir Hunger Games, histoire dans laquelle des adolescents doivent s’entretuer dans une arène jusqu’à ce que ne survive qu’un, le héros.

Difficile d’être moralisateur, lorsqu’on est soit même séduit par les histoires à rebondissement, les tragédies antiques et actuelles, les actions qui pigmentent un quotidien, un récit.

La musique complice

L’univers de la musique peut également imprégner de façon tragique les mémoires enfantines pour qui fera écouter à son enfant L’enfant et les sortilèges, collaboration entre Colette et Maurice Ravel pour mettre en sons l’histoire d’un enfant qui subit, pendant l’absence de ses parents, la terrible vengeance des objets et animaux qu’il a méchamment malmenés.

Quand Tchaïkovski met le conte de Casse-noisette en musique, les cauchemars de la jeune Clara n’en sont que plus réels et redoutables. Les sons, peut-être davantage que les images, sont évocateurs de l’inquiétant danger qui plane dans les histoires pour enfants.

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La culture enfantine est imprégnée par des siècles de violence dans les mots, les sons et les images. Processus nécessaire pour développer et exprimer une ambivalence de sentiments? Pour exprimer des peurs? Pour apprendre que le monde est fait de merveilleux et de cruauté? Ou processus commercial gagnant?

Curieusement, à l’heure où les débats éclatent autour d’une dénonciation véhémente de la violence qui secoue nos sociétés, on s’interroge peu ou pas sur l’héritage culturel véhiculé à nos enfants de génération en génération. Matière à réflexion pourtant, me semble-t-il.

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