La réflexion est au cœur du bonbon

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Par le choix même de son nom, le duo Alfa Rococo revendique d’entrée de jeu son esprit – et son esthétique – kitsch et rétro.

L’arrivée de Lever l’ancre (Tacca/Sélect) dans les bacs des disquaires coïncide d’ailleurs avec les premières chaleurs de l’été, et il est clair que Justine Laberge et David Bussières espèrent capitaliser sur notre prédisposition estivale pour les refrains que l’on savoure comme des bonbons acidulés, et dont le plaisir tient en partie aux références qu’ils cultivent, tantôt 60’s (les Beatles, période Revolver), tantôt 80’s (Cars, Tourists du côté anglo-saxon, Rita Mitsouko et Niagara chez les Frenchies).

Et pourtant, au cœur de plusieurs desdits bonbons, l’auditeur attentif trouvera un noyau de réflexion, tantôt vaguement écolo (Les jours de pluie), tantôt adressé aux ripoux de tous poils (Horribles gens), mais toujours soucieux de s’inscrire dans une formule pop caractérisée par l’omniprésence de ces mélodies à deux sous qui s’immiscent infailliblement dans la mémoire, le temps d’une danse ou d’un été.

La vérité sort de la bouche des ivrognes

Il arrive qu’on choisisse un disque – ou, tout le moins, qu’on choisisse de s’y attarder quelques instants – en raison de son titre. Un truc parfois bête, parfois brillant (l’un n’empêche pas l’autre), mais qui fait dire «Pourquoi diable personne n’y avait pensé plus tôt?»

C’est ce qui m’est arrivé avec la sortie, il y a quelques mois, du savoureux Les hommes des tavernes (Disques Newrock/Outside) des Fréres Cheminaud (notez par la même occasion cet accent aigu à «fréres», parti pris phonétique et populiste qui en dit déjà long sur ce qui nous attend).

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Ayant loupé la sortie du premier album de l’infatigable quatuor saguenéen il y a quatre ans et n’habitant pas sur leur circuit de tournée, j’étais donc prêt pour une découverte. Ou une redécouverte, plutôt.

Car ce que nous propose Les hommes des tavernes, sous sa magnifique pochette aux couleurs de spaghetti-western, c’est précisément le genre de country-rock décapant, rigolo et furibond qui a déjà fait la gloire des Colocs, de Mononc’ Serge et des Cowboys Fringants, entre autres héritiers de Plume, et qui sait doser ses effets, glissant quelques réflexions coup de poing (V’nez pas m’faire chier, ou encore Les musiciens, regard impitoyable sur le népotisme incestueux du show business) entre une poignée d’instrumentaux amphétaminés (le très morriconesque Brin de scie et le décoiffant surf-punk de Ride de char) qui révèlent un moteur de Ferrari sous leur capot de minoune rouillée.

Préférant les chaleureuses insultes aux faux sourires, les Fréres Cheminaud ne réinventent certes pas la roue, mais ce n’est pas ce qu’on attend du rock and roll, encore moins du country, les deux mamelles de leur inspiration.

Le soleil sort de la bouche du métro

Des néons éclairant les visages pâles des hommes des tavernes, on passe au plein soleil de la Méditerrannée avec Labess et Tout va bien (Autoproduction/Outside).

Une musique qui, de prime abord, respire la douceur de vivre («labess» signifie d’ailleurs «tout va bien» en arabe), mais qui n’hésite pas à verbaliser sa colère au besoin, comme sur C’est ça la société, proto-rap dénonciateur («Donnez-lui du McDo/Et lavez-lui le cerveau/Travaillez-lui les abdos/Il va devenir un héros») sur fond de musique gnawa marocaine.

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Plus que tout, ce premier album témoigne de la double nature de Nedjim Bouizzoul, la voix et la plume du groupe, qui a quitté son Algérie natale au profit de Montréal en 2003, se faisant d’abord connaître comme musicien du métro.

Riche de cette expérience souterraine, Nedjim se retrouva en première partie de Rachid Taha avant même d’avoir enregistré ces chansons énergiques, fraternelles et métissées, pour lesquelles il s’est entouré de musiciens français, québécois, bulgares, marocains, italiens ou même bosniaques.

Bref, une musique à la fois tonique et décontractée, aux couleurs de l’été, et qui se laisse écouter sans peine, à défaut de parvenir à imposer une voix réellement originale.

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