La mécanique du racisme sur des rails d’acier

Colson Whitehead, Underground Railroad, roman traduit par Serge Chauvin, Montréal, Éditions Albin Michel, coll. Terres d’Amérique, 2017, 416 pages, 32,95 $.
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Meilleur roman américain de l’année 2016, Underground Railroad de Colson Whitehead a obtenu le National Book Award et le prix Pulitzer. Le New York Times l’a qualifié de «roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui».

Plus de la moitié du roman est consacrée à Cora, 16 ans, esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

Colson Whitehead excelle dans l’art de montrer les maîtres blancs «dans toute leur gamme de perversité». Ces hommes écrivent le nom de tous leurs esclaves dans une colonne serrée et chacun représente «un investissement, un capital vivant, le profit fait chair».

Parmi les semences de coton se trouvent aussi celles de la violence et de la mort, dont la moisson mûrit encore plus vite.

Colson Whitehead
Colson Whitehead

Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir sans cesse, Cora emprunte le chemin de fer clandestin (Underground Railroad) et se cache d’abord en Caroline du Sud, puis dans l’Indiana et le Tennessee. «Si elle était assez grande pour cueillir le coton, elle était assez grande pour s’enfuir.»

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Le roman décrit comment la Caroline du Sud offre une attitude plus éclairée en matière de droits accordés aux gens de couleur, en comparaison avec la Caroline du Nord où la race noire n’existe pas, sinon au bout d’une corde. C’est «une région auréolée d’une effroyable légende de cruauté et d’abomination».

En suivant Cora dans son odyssée, le lecteur découvre qu’un semblant de liberté représente le pire des châtiments, car il met douloureusement en relief la magnificence d’une vraie liberté. La seule liberté à laquelle Cora goûte est le ciel nocturne, «ses étoiles succulentes et mûres après tout ce temps passé sous terre» dans le chemin de fer clandestin.

Le récit de Whitehead repose sur une recherche méthodique et son style est finement ciselé. Il écrit, par exemple, qu’une esclave est livrée à elle-même durant la nuit, sauf lorsque «le maître avait besoin de compagnie et la forçait à boire à la coupe du vice».

La critique a été unanime face à ce puissant roman. Le Wall Street Journal a parlé d’«un auteur au sommet de son art». Le Washington Post a clamé qu’il s’agissait du «roman le plus attendu de l’année» (2016). Le Boston Globe a sorti les étiquettes «singulier et magnifique».

En matérialisant le célèbre chemin de fer clandestin dans une fiction bouleversante, Colson Whitehead se sert avec brio de cette voie ferrée souterraine pour explorer les fondements et la mécanique du racisme.

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