La maîtrise psychologique d’Éric-Emmanuel Schmitt

Éric-Emmanuel Schmitt, La Vengeance du pardon, nouvelles, Montréal, Éditions Albin Michel, 2017, 336 pages, 31,95 $.
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Le sublime et prolifique Éric-Emmanuel Schmitt a récemment publié quatre nouvelles, dont l’une donne son titre au recueil La Vengeance du pardon. Avec un redoutable sens du suspens psychologique, l’auteur franco-belge explore les sentiments les plus violents et les plus secrets qui gouvernent nos existences.

Jumelles

La première nouvelle met en scène deux sœurs jumelles. L’aînée de 30 minutes est généreuse, aimable et serviable; l’autre «appelait amour son envie, sa convoitise, sa rancune, ses désirs de vengeance […], sa haine tenace de son aînée».

Le style de Schmitt est toujours finement ciselé. Pour nous dire que les deux jumelles ne peuvent pas engendrer, il écrit: «Tel le lierre qui enlace Tristan et Yseult dans la tombe pour l’éternité, leur stérilité les liait, signe de leur destin, engagement à ne jamais se séparer.»

Cette histoire de presque 100 pages revêt des accents de thriller ou de polar. Il y aura procès, car lorsqu’une jumelle est plus gentille, plus intelligente, plus douée que l’autre, «deux, c’est une de trop»…

Finance

La deuxième nouvelle oscille entre la haute finance et la haute trahison. Un jeune homme abuse d’une paysanne candide, rejette l’enfant qu’il lui a donné, pour le récupérer quand cela fait son affaire.

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Dans plus de 100 pages, Schmitt jongle allègrement avec l’appât, le gain, la générosité et le don de soi pour finalement illustrer à quel point «l’homme est ainsi fait que la culpabilité appartient aux émotions fugitives, le sentiment permanent demeurant l’estime de soi».

Dans cette nouvelle intitulée «Madame Butterfly», l’auteur ne manque pas de souligner que, «en amour, le mérite réside dans celui qui aime, pas dans celui qui est aimé».

Assassin

C’est la troisième nouvelle qui donne son titre au recueil. Elle est centrée sur une femme qui rend régulièrement visite à l’assassin de sa fille (et de quatorze autres victimes) pour tenter de comprendre la mécanique criminelle, mais surtout pour échafauder «La vengeance du pardon».

Le criminel se compare à un tigre qui chasse une proie. Son comportement a pour effet de placer sa visiteuse dans une cellule. «Sa geôle, c’était l’insensibilité» du tueur.

Pendant près de 80 pages, l’auteur nous amène à nous demander si mourir de chagrin vaut mieux que vivre avec le chagrin. Comment retrouver une part d’humanité quand la vie nous entraîne dans l’indifférence et le crime?

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Questions

La quatrième nouvelle, d’une quarantaine de pages seulement, est la plus touchante. Avec un titre comme «Dessine-moi un avion», il est évidemment question du Petit Prince et de Saint-Exupéry. Mais attendez-vous à voir comment «une légende se nourrit davantage d’inconnu que de connu».

Un homme presque centenaire rencontre une fillette qui lui pose des questions d’une étonnante spontanéité. Le vieillard est dès lors placé devant la vérité. «Il la subit, il ignore comment l’apprivoiser, elle le gêne.»

Ordinairement, je préfère des nouvelles plutôt courtes. Mais Éric-Emmanuel Schmitt a réussi à me tenir en haleine pendant 47, 78, 88 et 105 pages grâce à sa maîtrise psychologique des personnages et à son sens aigu du suspens.

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