La fin du monde le 20 janvier… ou le début d’un temps nouveau

Après une campagne surréaliste et une transition houleuse, une présidence mouvementée en perspective

Construction de la plateforme, en face du Capitole, à Washington, où Donald Trump prêtera serment vendredi comme 45e président des États-Unis. (Photo: Congrès des États-Unis, commons.wikimedia.org)


17 janvier 2017 à 9h12

Les conférences de presse présidentielles ne sont plus ce qu’elles étaient à Washington. Dans le passé, un vieux renard essayait de tenir une meute de loups en respect. Aujourd’hui, un troupeau de moutons, entassés dans la même pièce qu’un ours, tentent d’éviter ses coups de griffes.

D’un tweet, «Fake news!», Donald Trump venait de balayer le dernier reportage de CNN sur les rumeurs d’ingérence russe dans la campagne électorale américaine. D’une invective, «failing pile of garbage», il a déculotté BuzzFeed, un de ces «nouveaux médias» qui aspirent à la même crédibilité que les anciens en faisant le dixième de leur travail.

Cette conférence de presse du 11 janvier – où Trump a notamment présenté les mesures prises pour séparer sa nouvelle fonction de son empire immobilier – s’inscrivait dans l’une des périodes de «transition» les plus houleuses entre deux administrations à Washington, après l’une des années électorales les plus surréalistes de l’histoire du pays.

Selon les sondages (qui ne valent plus, eux non plus, ce qu’ils valaient), Barack Obama quitterait la présidence avec un taux d’approbation élevé, malgré la défaite des Démocrates, et Donald Trump s’emmènerait avec l’un des taux d’estime les plus bas.

Alors que l’inauguration d’un nouveau président (ce vendredi 20 janvier) est habituellement un moment où les Américains laissent leurs différences politiques de côté et s’unissent pour célébrer la démocratie, plusieurs élus démocrates boycotteront la cérémonie. L’un deux, le vieux leader noir John Lewis, est allé jusqu’à affirmer que Trump ne sera pas un président «légitime».

Le professeur Norman Cornett.
Le professeur Norman Cornett.

«Voilà des événements sans précédent dans l’histoire contemporaine de la présidence américaine», indique l’historien et expert des religions Norman Cornett, un Texan francophile qui habite à Montréal, mais qui voyage beaucoup aux États-Unis et qui commente fréquemment l’actualité américaine. «Jamais autant de doutes n’ont plané sur un président désigné à quelques jours seulement de l’inauguration.»

Les électeurs de Trump auraient-ils été aussi mauvais perdants si Hillary avait gagné? «L’ambiance politique malsaine fait en sorte que la réaction risquait d’être semblable, peu importe le/la gagnant(e) de l’élection», pense M. Cornett, rappelant qu’alors que sa campagne semblait mal aller, «Trump suggérait que les dés étaient pipés et qu’il n’accepterait peut-être pas les résultats en cas de défaite.»

M. Cornett craint «une crise de confiance collective chez les Américains», plus divisés que jamais.

Mince consolation pour le professeur Cornett: selon ce qu’on a vu ces derniers jours lors des audiences des futurs ministres de Trump au Congrès, le nouveau président ne pourra pas compter sur le soutien automatique des élus républicains. Des «jeunes lions» comme Marco Rubio, dit-il, qui se positionnent déjà en vue des prochains scrutins, n’ont pas été tendres envers les Jeff Sessions (Justice), Rex Tillerson (Affaires étrangères) et James Mattis (Défense).

Ces audiences ont cependant permis de confirmer que Trump ne s’entoure pas de simples «yes-men»: Sessions a promis d’enquêter sur le président si des allégations troublantes lui étaient soumises; Tillerson a vanté les mérites de l’Alliance atlantique, que Trump a dénigrée; et Mattis s’est montré beaucoup plus méfiant que son chef envers la Russie.

Plusieurs analystes américains et étrangers interprètent diverses déclarations iconoclastes de Trump comme des premières salves dans de futures négociations où les positions de chacun sont appelées à évoluer: avec le Canada et le Mexique sur le libre-échange; avec la Russie sur le Moyen-Orient ou l’Europe de l’Est; avec la Chine sur la monnaie ou Taïwan, etc.

Le professeur Cornett a hâte qu’on délaisse les histoires sur les sautes d’humeur et la vie privée du nouveau président pour s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux des Américains. «Par quoi va-t-on remplacer Obamacare?», demande-t-il, lui qui se trouve présentement à San Francisco et dit croiser un nombre «effarant» de sans-abri.

Il souhaite aussi que les médias se ressaisissent, ne se laissent pas intimider et jouent plus que jamais leur rôle d’enquête et de critique du gouvernement et de la société.

L’inauguration du premier président américain, George Washington, le 20 avril 1789 à New York. (Photo: lithographie de Joseph Laing (1828-1905) publiée par William Blackman, commons.wikimedia.org)
L’inauguration du premier président américain, George Washington, le 20 avril 1789 à New York. (Photo: lithographie de Joseph Laing (1828-1905) publiée par William Blackman, commons.wikimedia.org)

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