La crise des programmes d’immersion vue de plus près

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Plusieurs élèves abandonnent l'immersion française au secondaire. (Photo: Pixabay)
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Radio-Canada a fait plusieurs reportages, récemment, sur la crise des programmes d’immersion en Ontario et ailleurs au Canada. Marjorie April, l’animatrice de l’émission radiophonique Il n’y a pas deux matins pareils, a interviewé de nombreux spécialistes en la matière. Tous ont affirmé que la crise dans les programmes d’immersion est le résultat d’un manque d’enseignants qualifiés en français.

S’il est vrai qu’il y a un besoin criant d’enseignants de français, il faut nuancer toutefois ces propos.

La pénurie est réelle, mais le manque existe surtout au palier élémentaire, du moins dans la région de Toronto. Les postes au niveau secondaire, surtout les postes permanents, sont beaucoup plus rares et la compétition beaucoup plus dure que dans les écoles élémentaires et intermédiaires de la région.

Abandon

Comment expliquer ce phénomène? Il faut admettre que nombreux sont les élèves qui abandonnent le programme d’immersion en cours de route.

Cet abandon a lieu surtout à la fin de la 8e année au moment où l’élève doit choisir son école secondaire. Il peut même se produire avant la 8e année ou après, en 9e ou, plus rarement, en 10e année.

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Les raisons de cet abandon sont multiples. L’élève en 8e année qui veut s’inscrire dans un programme du Baccalauréat international ou poursuivre ses études en arts visuels au secondaire, par exemple, trouvera difficilement une école d’immersion qui offre ces programmes spécialisés.

Certains jeunes, se concentrant sur les matières exigées par les programmes universitaires qui les intéressent, ne veulent ou ne peuvent plus continuer leurs études en immersion.

D’autres veulent tout simplement suivre leurs amis qui choisissent une école où tous les cours sont offerts en anglais.

Échec

Il faut mentionner aussi le cas où le jeune n’est tout simplement pas préparé pour l’école secondaire. Comme les élèves à l’élémentaire ne redoublent plus leurs cours en cas d’échec, les lacunes peuvent se multiplier d’année en année, devenant par le fait même un obstacle presqu’infranchissable à la fin de la 8e année.

L’élève qui n’a pas le vocabulaire ni la grammaire de base en français, sans parler des compétences nécessaires en compréhension et en production orales et écrites, aura beaucoup de difficulté à réussir ses cours d’immersion au secondaire.

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En cas d’échec à ce niveau, le jeune doit redoubler le ou les cours en question et il accuse un retard sur les autres élèves de son âge puisque ces cours sont rarement offerts l’été.

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Les tests de qualification pour enseigner en immersion française ne sont pas très difficiles. (Photo: Wikipedia Commons)

Recrutement

Certains professionnels recommandent un registre national de candidats et d’employeurs. Cependant, il existe déjà des sites comme Apply to Education et Jobs in Education pour les chercheurs d’emploi dans l’enseignement public et privé. D’autres sites, comme CAIS et CIS, affichent uniquement les postes vacants dans les écoles privées.

Est-ce que la solution passe par le recrutement d’anciens élèves en immersion? Chose curieuse, certains directeurs d’école embauchent déjà leurs anciens élèves qu’ils connaissent au lieu d’un francophone qu’ils ne connaissent pas. Bien que certains élèves en immersion s’expriment très bien en français, à l’écrit et à l’oral, ce ne sont pas forcément ceux-là qui s’intéressent à l’enseignement.

Par ailleurs, un élève en immersion n’atteindra que très rarement le même niveau linguistique qu’un francophone, surtout en situation minoritaire.

Critères subjectifs

Il va sans dire que la plupart des directeurs d’école anglophones ne sont pas en mesure de juger de la qualité du français d’un enseignant potentiel lors d’une entrevue.

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Parfois, ce critère est même secondaire à d’autres. Par exemple, si un candidat au secondaire peut entraîner une équipe de sport, ses nombreuses fautes de français peuvent être facilement pardonnées.

Comme il faut s’y attendre, ces professeurs enseignent leurs fautes à leurs élèves qui, s’ils deviennent enseignants à leur tour, transmettent ces mêmes fautes, et d’autres, à la génération suivante. Résultat? Des programmes d’immersion dont la qualité ne cesse de baisser avec les années.

Tests douteux

Qu’en est-il des conseils scolaires? Aujourd’hui, la plupart font passer un test écrit et un test oral à un candidat qui veut enseigner le français. Il faut savoir, toutefois, que ce test se limite généralement à un petit paragraphe à écrire et à un entretien de quelques minutes en français.

Quant au ministère de l’éducation et à l’Ordre des enseignantes et des enseignants, dont le mandat est de réglementer la profession enseignante en Ontario, ils jugent qualifié en français un enseignant qui a suivi un cours qui s’appelle French as a Second Language, part 1.

Pour suivre ce cours, il suffit d’avoir son brevet d’enseignement de l’Ontario et de réussir un test de compétence en français, plus rigoureux, certes, que ceux des conseils scolaires, mais pas forcément assez pour un candidat qui veut enseigner en immersion, surtout au niveau secondaire.

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Le cours lui-même est souvent enseigné par des anglophones ayant appris le français et son contenu vise la méthodologie et non la qualité de la langue.

Des élèves meilleurs que des profs

Ce manque de rigueur de la part des uns et des autres donne lieu parfois à des situations invraisemblables et embarrassantes comme dans certains cas où les élèves s’expriment mieux en français que leur professeur qui parle un français très approximatif ou, parfois, ne parle pas français du tout!

Enfin, il faut préciser que certains enseignants en immersion considèrent le programme comme un mal nécessaire, une sorte de pis-aller en attendant autre chose de moins exigent.

Ayant suivi le cours de FSL, part 1, ils se qualifient en français et ce, dans le seul et unique but de décrocher un contrat permanent, les postes en français étant plus nombreux que les postes en anglais. Mais, dès qu’ils sont dans le système et que l’occasion se présente, ils posent leur candidature pour un poste en anglais.

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Certains élèves sont parfois meilleurs en français que leur enseignant. (Photo: Wikipedia Commons)

La langue c’est bien, la culture c’est mieux

Même si un enseignant issu d’un programme d’immersion s’exprime assez bien en français, il y a aussi la question de la culture.

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Combien de ces enseignants connaissent la francophonie ou même s’y intéressent? Est-ce qu’ils sont engagés dans la communauté francophone de leur région? Combien parlent français en dehors de la classe alors qu’ils encouragent leurs élèves de le faire le plus souvent possible? La Francophonie, se limite-t-elle, à leurs yeux, à la France et à la tour Eiffel?

Chantal Bourbonnais, directrice générale de l’Association canadienne des professionnels d’immersion, prône une valorisation de la profession d’enseignant pour encourager plus de jeunes en immersion à devenir enseignants dans le programme.

Pourtant, le succès de ces programmes ne peut se réaliser sans la valorisation de la langue française et les différentes cultures qu’elle véhicule, trésors qui ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur par les non-francophones.

Quantité et qualité

Alors, la solution à la crise des programmes d’immersion en Ontario passe-t-elle par un registre national de candidats et d’employeurs? Par l’embauche d’anciens élèves en immersion?

Pourtant, cette crise ne s’explique pas seulement par le manque d’enseignants. Elle touche aussi, et de près, la qualité du français et la culture qu’on enseigne dans ces programmes. Un enseignant de français qualifié, selon les normes de la province, n’est pas forcément synonyme d’une personne qui s’exprime bien en français ou qui connaît la francophonie.

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Et si les directeurs et les conseils scolaires anglophones s’ouvraient davantage à la francophonie en Ontario, ailleurs au Canada et dans le monde? Si, par la suite, l’Ordre des enseignantes et des enseignants et le ministère de l’Éducation resserraient les exigences vis-à-vis les futurs enseignants de français?

Pour la qualité et la survie des programmes d’immersion, peut-il en être autrement?

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