La Chine sous l’œil attentif et nuancé d’Éric Meyer


12 août 2008 à 14h28

Correspondant à Pékin pour plusieurs journaux français, collaborateur régulier de Radio-Canada et de la Radio-Télévision belge francophone, Éric Meyer réside en Chine depuis plus de vingt ans et signe une lettre hebdomadaire depuis douze ans. Ces lettres ou récits lui ont permis de porter sur la société chinoise un regard direct, attentif et nuancé, mais aussi plein d’humour, de vivacité et d’indulgence. Il nous en présente une centaine dans Bon chat chinois prend la souris, chroniques de la vie ordinaire.

Les Chinois ont un goût ineffable et indéracinable pour la formule, le proverbe ou le dicton populaire. C’est le «goût d’un peuple multimillénaire, pratiquant l’écriture depuis 3 500 ans, dont les bibles sont des romans, et les catéchismes des recueils de poèmes». Ce goût du mot ou de la chose bien dite se traduit dans les chengyu ou formules proverbiales. Cela peut ressembler à «Dans l’œil du chien l’homme est petit» ou «Montrer du doigt le mûrier pour engueuler l’acacia». Éric Meyer a coiffé chacune de ses 93 histoires d’un chengyu dans sa graphie chinoise (avec traduction), ce qui donne au livre une élégance toute orientale.

Ces chroniques de la vie ordinaire sont toutes des aventures individuelles traitant aussi bien des hommes que des femmes, des jeunes et des aînés, de l’argent, de la santé, du monde virtuel, bref, de l’ancien et du nouveau qui sont réunis pêle-mêle dans toute leur diversité, leur immensité et leur dynamisme. Certaines histoires décrivent à quel point les jeunes sont choyés comme jamais auparavant. «Bûcheurs acharnés durant leurs études, ils connaissent la paix (l’absence de guerre, civile ou coloniale) et beaucoup plus de liberté et de confort que leurs parents. De ces progrès ils tirent le meilleur, avec pragmatisme inné et soif de succès.»

Plusieurs chroniques portent sur l’argent et on y apprend que, en Chine comme ailleurs, «c’est la caisse plus que l’honneur qui constitue le nerf de la lutte – fût-ce des classes». On y lit que «l’argent occupe les cœurs et les âmes» des Chinois. Avec cette obsession de lucre, l’argent «repousse chez les jeunes l’idéal de solidarité, l’étude des lettres et de la philosophie, et renforce celle de l’économie, le diplôme américain du MBA occupant le dessus du panier».

Éric Meyer glisse parfois des données qui illustrent fort bien le gigantisme qui règne en Chine. Il note, par exemple, que de luxueux centres commerciaux fleurissent partout et que Canton a hérité, en juin 2006, du plus grand centre commercial au monde. Il couvre un million de mètres carrés!

Certaines chroniques prouvent hors de tout doute que la Chine offre le spectacle envoûtant d’un pays avide de croissance, prêt à épouser «toutes les technologies futuristes du monde virtuel». En 20 ans le pays s’est hissé au rang de «premier producteur et consommateur de messagerie électronique (des milliards de textos par jour), de téléphones portables (320 millions) et autre Internet (130 millions d’abonnés)». Ces chiffres sont basés sur des statistiques établies en octobre 2006 et leur progression s’accroît de 30% chaque année.

Où Éric Meyer a-t-il recueilli toutes ces histoires? Dans les autobus et les échoppes à nouilles, dans les douches des gymnases et les vestiaires des usines. Dans toutes les avenues possibles et imaginables. Elles nous frappent souvent par leur contenu insolite, mais aussi par ce qu’elles révèlent des erratiques changements de cap de cette société qui avance vite, souvent à l’aveugle.

Bon chat chinois prend la souris démontre, indirectement, que nous ne pouvons déjà plus compter sans la Chine. Son poids économique ne cesse d’augmenter et son poids politique bouleverse les équilibres de naguère.

Éric Meyer, Bon chat chinois prend la souris, chroniques de la vie ordinaire, Paris, Éditions du Seuil, 2008, 240 pages.

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