La chapelle Sixtine: 500 ans d’actualité et de secrets


2 septembre 2008 à 15h33

Il y a 500 ans, s’est déroulé à Rome un événement anodin en apparence, mais dont les conséquences allaient avoir un retentissement universel qui ne se dément pas jusqu’à nos jours. En effet, le 8 mai 1508, le pape Jules II signait avec Michel-Ange la commande de la décoration du plafond de la chapelle Sixtine, pour un montant de 3 000 ducats.

De quoi s’agit-il exactement? En 1477, lors de l’aménagement du Vatican, le pape Sixte IV décide de restaurer la Cappella Maggiore ou chapelle Palarine, une grande salle du Moyen-Âge servant aux réunions de la cour pontificale. L’architecte chargé du travail, Baccio Pontelli, reproduit un édifice ayant exactement les dimensions du temple de Salomon: 40,92 m de long, 13,41 m de large et 20,69 m de haut, avec une voûte en berceau et un sol à deux niveaux. Est-ce une application de la théologie du successionisme, voulant qu’une religion (la catholique) en remplace une autre dépassée (le judaïsme)?

La décoration de la salle est assurée entre 1481 et 1482 par les fresques de peintres prestigieux. Botticelli retrace l’histoire de Moïse, Ghirlandaio et le Pérugin des scènes de la vie du Christ, Luca Signorelli, Cosimo Rosselli et d’autres, des scènes de l’Ancien Testament. Sur la paroi du fond, le Pérugin peint l’Assomption de la Vierge au centre, à gauche la Naissance et découverte de Moïse et la Nativité à droite, trois fresques qui seront détruites pour faire place au Jugement dernier de Michel-Ange. Pier Mateai d’Amelia décore la voûte d’un ciel étoilé. Le 15 août 1483, Sixte IV consacre la nouvelle chapelle dédiée à N.-D. de l’Assomption. Il meurt l’année suivante. La chapelle lui restera associée sous le nom de chapelle Sixtine.

En 1503, un neveu de Sixte IV devient le pape Jules II. C’est un homme autoritaire, qui veut faire de ses États une grande puissance, y compris par les armes. Grand bâtisseur, il entreprend la construction de Saint-Pierre, qu’il confie à Bramante. Il pose la première pierre le 18 avril 1506. Mais les travaux de construction déstabilisent la chapelle Sixtine et la voûte est fissurée. Jules II décide d’en refaire la décoration et fait appel à Michelangelo Buonarroti pour ce travail.

Celui-ci s’en défend. Il a alors 33 ans. Originaire de Toscane, il a perdu sa mère à 6 ans et passé quatre années en nourrice chez des tailleurs de pierre. Son père l’envoie étudier à Florence. Il y rencontre David et Dominico Ghirlandaio, étudie les fresques, fait preuve de talent et impressionne ces artistes qui le recommandent au maître de Florence, Laurent de Médicis, le Magnifique, qui a fondé une école de sculpture dans son palais. Il est l’élève du maître sculpteur Bertoldo. Il s’illustre par la réalisation de différentes œuvres au gré de ses déplacements: Bologne, Venise, Florence, Rome. C’est ainsi qu’à 23 ans, il sculpte, à la demande d’un cardinal, la Pieta qui se trouve à Saint-Pierre de Rome.

À Florence, il réalise un David de plus de 4 m de haut, qui soulève l’enthousiasme de grands artistes, Léonard de Vinci, Filippino Lippi, Ghirlandio, Le Pérugin, Botticelli, et de toute la ville. En 1503, il réalise sa première grande œuvre picturale, la Vierge à la Tribune, «Tondo Doni», qui se trouve à Florence. En avril 1505, Jules II lui demande de réaliser son tombeau. Michel-Ange imagine un monument grandiose, avec 42 statues, un travail auquel il consacrera 40 ans sans le terminer, entrecoupé d’incessantes disputes avec le pape et d’interruptions. L’œuvre, destinée à Saint-Pierre, se trouve à San Pietro in Vincoli, avec un superbe Moïse en marbre, de 2,35 m, achevé en 1515 mais remanié pour cet emplacement.

C’est alors que le pape lui demande de peindre le plafond de la chapelle Sixtine. Michel-Ange cherche à se dérober, mais le pape le force à s’exécuter. Le travail prévu consistait à représenter les douze apôtres dans les lunettes, en remplissant le reste de la voûte avec des figures géométriques. Michel-Ange estime ce projet trop «pauvre» et finalement le pape lui laisse liberté d’exécution. Il en résulte la voûte que nous connaissons et que Michelangelo exécute en quatre ans. En octobre 1512, l’œuvre est achevée et le 1er novembre, fête de la Toussaint, le pape célèbre la messe dans la chapelle.

Michel-Ange peint neuf scènes centrales représentant des épisodes de la Genèse, entourées de 20 nus (Ignudi) qui supportent des médaillons en trompe l’œil, donnant une impression de relief, illustrant des scènes bibliques. À la base se trouvent douze figures de prophètes et de sibylles avec deux génies. Ces figures dominent une galerie des ancêtres du Christ. Enfin, dans les pendentifs des quatre coins, Michelangelo représente quatre épisodes du salut miraculeux du peuple d’Israël.

Mais il y a bien autre chose sous ces apparences, dont les guides officiels ne parlent pas ou qu’ils ignorent. Ce sont les messages secrets que Michel-Ange a introduit dans ces scènes pour exprimer sa conception de l’unification universelle des religions ou lancer des piques à un pape guerrier et syphilitique, connu comme «il pape terribile» et un homme à femmes, dont le peintre détestait l’hypocrisie.

Il faut lire Benjamin Blech et Roy Doliner, Les secrets de la chapelle Sixtine, Paris, Michel Lafon, 2008, ouvrage publié à l’occasion de cet anniversaire, pour découvrir ces secrets. Ce n’est point ici le lieu de les dévoiler, il y en a trop et il faut les replacer dans le contexte de la formation néoplatonicienne, hébraïque, kabbalistique de Michel-Ange et de l’histoire du moment.

Pour mieux connaître cet artiste, il faut lire ce livre et il faut le lire avant de visiter la chapelle Sixtine, pour en mieux saisir le sens, les complexités et la signification des représentations picturales. Un livre passionnant à tous points de vue, abondamment illustré pour saisir le détail des secrets, et dont la 3e couverture dépliable présente en couleur tout le plafond.

De 1536 à 1551, à la demande de Clément VII puis de Paul III, Michel-Ange exécute le Jugement dernier, avec quelque 400 personnages. Mais les nus scandalisent certains, comme Paul IV (1555-1559), qui fait cacher les parties intimes des personnages et des Ignudi par Ricciarelli (1509-1566), ami et assistant de Michel Ange, qui sera surnommé «Il Braghettone», le «faiseur de culottes».

«Il y a presque cinq siècles, une âme tourmentée du nom de Michel-Ange construisit un pont étroit au milieu d’une chapelle au centre de Rome. Il en résulta un chef-d’œuvre qui devait à jamais bouleverser le monde de l’art. Toutefois, ce n’était pas là son objectif. Ce que cet artiste solitaire voulut accomplir, c’était la construction d’un pont géant de l’esprit, reliant différentes religions, cultures, époques et sexualités.» (p. 322) La restauration effectuée entre 1980 et 1994, souvent critiquée, aura au moins permis de découvrir des secrets cachés sous la poussière et les fumées.

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