Justice réparatrice : PAJ jette des ponts vers les jeunes

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Point Ancrage Jeunesse lance un programme de «justice réparatrice» pour les jeunes afrodescendants francophones de 12 à 17 ans à Toronto. Photo: DepositPhotos.com
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Publié 02/11/2026 par Hamza Ziad

Point Ancrage Jeunesse (PAJ) a dévoilé, le 29 octobre, son programme Ponts de réinsertion et de justice réparatrice (PRJR). Ce programme pilote de trois ans s’adresse aux jeunes afrodescendants francophones de 12 à 17 ans qui ont eu des démêlés avec la justice. PAJ le présente comme une première dans la communauté francophone de Toronto.

Le ministère de la Justice du Canada finance le projet jusqu’au 31 mars 2029. PRJR prévoit accompagner au moins 90 jeunes au sein de six cohortes, à raison de deux par année. La première cohorte doit démarrer en novembre.

Ngalula Kalunda
Ngalula Kalunda.

Le programme combine accompagnement psychosocial des jeunes, ateliers psychoéducatifs, cercles de justice réparatrice et bénévolat encadré.

«Notre communauté a de plus en plus besoin de services en français. Celui-ci répond à un besoin important», souligne Ngalula Kalunda, coordonnatrice du programme, qui le qualifie de «petit bijou».

Répondre à un besoin sur le terrain

Pour Edwige Buquet-Ngom, PDG de PAJ, le projet est né «à la fois d’un besoin constaté sur le terrain et d’une sensibilité personnelle à la réalité des jeunes et des familles confrontés au système de justice».

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Edwige Buquet-Ngom.

Selon elle, les jeunes afrodescendants francophones en difficulté «ne trouvent pas toujours l’accompagnement dont ils ont besoin». Les services ne répondent pas toujours à leurs besoins linguistiques, culturels et familiaux.

«Aucun jeune ne devrait être défini par ses erreurs, ses difficultés ou son passage dans le système judiciaire», affirme-t-elle.

La justice réparatrice, selon elle, permet de responsabiliser un jeune pour ses actes tout en lui offrant «l’accompagnement, la dignité et une véritable seconde chance».

Des chiffres qui interpellent

La justice réparatrice s’inspire notamment de pratiques communautaires autochtones, dont les cercles de guérison et de détermination de la peine.

En 1974, à Elmira, en Ontario, deux jeunes ont vandalisé 22 propriétés. Dans son rapport présentenciel, l’agent de probation Mark Yantzi a proposé qu’ils rencontrent leurs victimes, une idée appuyée par l’intervenant mennonite Dave Worth. Le juge McConnell l’a retenue: les deux jeunes ont rencontré les victimes en leur compagnie et négocié un dédommagement. Cette expérience a contribué au développement moderne de la justice réparatrice au Canada.

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La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents, entrée en vigueur en 2003, encourage aussi les mesures extrajudiciaires lorsque les circonstances le permettent.

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Les personnes noires sont surreprésentées à plusieurs étapes de notre système judiciaire. Photo: iStock.com/Igor Vershinsky

Les données illustrent les enjeux. En 2024, 34 895 jeunes de 12 à 17 ans ont été inculpés au Canada pour des infractions au Code criminel, hors délits de la route, selon le ministère de la Justice.

En Ontario, les jeunes Noirs représentaient 18,6% des admissions en détention sécurisée en 2006-2007. Cette proportion a atteint 20,6% en 2015-2016, selon la Société John Howard de l’Ontario.

De 2019-2020 à 2023-2024, les jeunes Noirs ont représenté de 12% à 13% des jeunes sous surveillance correctionnelle en Nouvelle-Écosse, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Ils constituaient pourtant 7% de la population des jeunes de ces quatre provinces, selon Justice Canada.

PRJR s’intéresse notamment à la «justice hoodistique», un projet de Hoodstock à Montréal-Nord. Cette initiative place les communautés noires au cœur des démarches de justice réparatrice et transformative. L’UQAM a publié un rapport de recherche sur le projet en 2023. L’Institut universitaire SHERPA a de son côté évalué le projet pilote, qui s’est terminé en mars 2024.

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Edwige Ngom avec des membres de PAJ. Photos: archives l-express.ca

Cinq séances pour reconstruire

Chaque cohorte participe à cinq séances qui alternent ateliers et cercles. Une rencontre individuelle d’environ 30 minutes permet d’abord aux intervenants de connaître le jeune et d’évaluer ses besoins.

Nawel Bentobbal, thérapeute en santé mentale pour adultes au Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), anime les ateliers. Ceux-ci abordent notamment l’estime de soi, l’identité, la gestion des émotions et le projet d’avenir.

L’objectif: aider les jeunes à ne pas réduire leur identité à leurs gestes. «Il n’est pas l’erreur, il n’est pas l’échec. Il y a eu des erreurs, mais ça ne le représente pas», explique-t-elle.

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Un programme pilote de PAJ sur la justice réparatrice.

Les cercles suivent un cadre précis. Les participants prennent la parole à l’aide d’un objet symbolique. Ils explorent ensuite la situation, dialoguent et prennent des engagements écrits.

«Ce n’est pas le tribunal ni une séance de thérapie», précise Sylvie Noutie, formatrice et facilitatrice. Le cercle permet plutôt de «comprendre ce qui s’est passé, reconnaître les conséquences et explorer des possibilités de réparation».

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Le programme mise sur un cadre confidentiel et sans jugement. Il tient aussi compte des traumatismes et des différentes formes d’oppression. «Quand on parle de responsabilité des jeunes, on parle aussi de la responsabilité du système», rappelle Nawel Bentobbal.

Former des intervenants francophones

PRJR prévoit aussi de former 15 intervenants francophones à la justice réparatrice sur trois ans. La formation progressera des fondements vers l’approfondissement, puis l’autonomie dans la pratique.

Justice réparatrice : PAJ jette des ponts vers la jeunesse afrodescendante
Sylvie Noutie. 

«Animer un cercle, ce n’est pas seulement réunir des personnes autour d’une table et leur donner la parole, souligne Sylvie Noutie. C’est savoir écouter sans juger, accueillir des émotions parfois difficiles.»

Le Groupe Larsen évaluera le programme pendant son déploiement. Le consultant Gyvenson Michel, qui se décrit comme « l’historien » du projet, documentera son évolution et préparera un guide de bonnes pratiques.

Une table de concertation réunira également une dizaine d’acteurs deux fois par année. Elle doit favoriser les échanges et soutenir la pérennité des pratiques.

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Les familles et les professionnels peuvent référer un jeune au programme en remplissant les formulaires disponibles en ligne sur le site de PAJ.

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