Jouer aux échecs contre le destin

Marco Vichi
Marco Vichi, Mort à Florence – Une enquête du commissaire Bordelli, roman traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Paris, Éditions Philippe Rey, 2017, 400 pages, 34,95.
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Un garçon de 13 ans disparaît à sa sortie du collège. Son corps est retrouvé près d’un boisé et l’autopsie révèle qu’il a été violé par au moins trois hommes avant de mourir. Le commissaire Franco Bordelli est chargé de l’enquête dans le polar Mort à Florence, de Marco Vichi.

Les indices sont rares, pour ne pas dire presqu’inexistants. Seule une petite facture trouvée non loin du cadavre pointe vers un boucher fasciste. Placé sous surveillance, ce dernier tarde à donner espoir à Bordelli.

Entre-temps, Florence est frappée de pluies torrentielles et l’Arno déverse cinq cent mille tonnes de boue. Ce n’est pas de la fiction, cela s’est effectivement produit les 3 et 4 novembre 1966 et a causé des dommages considérables dans toute la ville, détruisant entre autres de nombreuses œuvres d’art de la Renaissance.

La vie professionnelle et la vie affectueuse de Bordelli s’entrelacent gaiement dans ce roman où le commissaire arrose son pappardelle au civet d’un litre de vin, coiffé d’un verre de grappa alla ruta. Traduit en français, ce roman italien regorge de mots non traduits, surtout pour désigner des mets comme tagliatelle, lampredotto, tortelli et strozzapreti.

On se promène dans une enfilade de via, viale, piazza et piazzale. C’est parfois déroutant, comme lorsqu’«il s’engagea borgo dei Greci» (un luxueux appartement, paraît-il).

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L’auteur n’est pas tendre à l’endroit de ces concitoyens. Il écrit que le sens de l’État est totalement étranger aux Italiens, «empoisonnés par le goût des privilèges […], fascinés par les riches et les puissants, dévoués au népotisme et au racolage». Cette mentalité, ajoute-t-il, existe depuis des siècles et ne risque jamais de changer.

Sans vous dévoiler le dénouement de cette enquête qui se déroule au beau milieu d’une catastrophe naturelle, je peux vous dire que Bordelli trouvera sur sa route un prélat de la Curie romaine, un important avocat florentin et un triste homosexuel accro à l’héroïne. Sans compter que la franc-maçonnerie a le bras long.

Marco Vichi fait parfois preuve d’ironie dans ses dialogues. Lorsque Bordelli demande à un homosexuel si les gens comme lui sont attirés sexuellement par les enfants, le personnage gai lui répond: «Bien sûr, de même que les Juifs sont tous des usuriers, les Napolitains tous des pizzaiolos et les femmes toutes des putains»…

L’auteur aime truffer son polar de remarques d’une perspicacité parfois noire. Il écrit, par exemple, que «la conscience humaine est la plus dévastatrice maladie de la nature».

Mort à Florence est un polar où on se met facilement dans la peau du commissaire-enquêteur. Comme lui, on a le sentiment de jouer aux échecs contre le destin.

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