Un polar aux accents psychologiques

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Un peu moins connu que son compatriote Henning Mankell, le romancier suédois Hakan Nesser inaugure, avec Homme sans chien, une série d’enquêtes policières. Comme Mankell, il commente aussi la scène sociale de son pays en s’intéressant au tissu et aux mécanismes de la société suédoise actuelle.

Le roman couvre une période d’un peu plus d’un an et met en scène les membres d’une famille moyenne réunie à Kymlinge – l’archétype de la petite ville de province suédoise – pour célébrer les 65 ans du père et les 40 ans de sa fille aînée.

La fête se déroule juste avant Noël, dans une atmosphère un peu tendue, car le fils Robert a récemment défrayé les manchettes suite à sa participation à une émission de téléréalité où il a été filmé en train de se masturber au clair de lune.

Tout le monde s’est donné le mot pour ne pas soulever cette affaire qui a précipité les membres de la famille Hermansson «dans le bourbier de la honte».

Un double incident va d’ailleurs les accaparer le lendemain de la petite fête: Robert rend visite à une ancienne camarade de classe et disparaît; le neveu Henrik avoue son homosexualité à sa tante et disparaît. Y a-t-il un lien entre ces deux disparitions?

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L’inspecteur Gunnar Barbarotti entre en scène et découvre que la famille Hermansson se révèle carrément dysfonctionnelle. Dès lors, le roman de Hakan Nesser devient aussi policier que psychologique. Barbarotti n’est pas juste plongé dans une enquête où «la meule de foin grandit de manière exponentielle, et l’aiguille ne s’allonge pas d’un millimètre».

Il est aussi témoin d’une famille en déclin où on ment comme on respire, où des couples «ne jouent pas dans le même genre de film».

Lorsqu’Henrik avoue son homosexualité à sa tante, cette dernière ne veut pas y croire. Elle lui explique qu’il est sans doute bisexuel. De son avis, «le rapport homo-hétéro d’Henrik était de 65-35 – ce qui signifiait que, dans le meilleur des mondes, il coucherait une fois sur trois avec une femme et les deux autres avec des hommes».

L’inspecteur n’avait évidemment jamais entendu parler de ce genre de ratio. «Pas un jour ne passe sans qu’on apprenne quelque chose de nouveau, songea-t-il.»

Un des aspects psychologiques de ce polar réside dans les soudaines apparitions d’Henrik «dans la tête» de son petit frère Kristoffer. Les deux garçons ont des conversations réalistes pour leur âge, mais profondes pour le dénouement de l’intrigue. Loin de moi l’idée de vous en révéler la clef.

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Qu’il suffise de dire que Barbarotti est guidé par un flair hautement intuitif et que l’auteur dresse une critique sociale cinglante à travers une autodérision bien aiguisée qui habite ses personnages.

Hakan Nesser, Homme sans chien, roman traduit du suédois par Esther Sermage, Paris, Éditions du Seuil, coll. Policiers, 2013, 480 pages, 32,95$.

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