Immersion française: des jeunes qui cherchent encore leur place dans la francophonie

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Selon un rapport paru en avril 2026, les diplômés des programmes d’immersion française ont souvent du mal à s’intégrer aux communautés francophones. Photo: iStock.com/Jacob Wackerhausen
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Publié 22/06/2026 par Camille Langlade

Sentiment d’illégitimité, insécurité linguistique: les jeunes issus des programmes d’immersion française peinent à se sentir pleinement membres de la francophonie canadienne. Des acteurs du milieu rappellent pourtant qu’ils et elles y ont bel et bien leur place.

Les jeunes issus des programmes d’immersion française demeurent dans une zone grise au Canada: ni totalement anglophones, ni totalement francophones, ou, au mieux, «francophiles».

«Ils veulent contribuer»

«Ils sont réputés provenir de la majorité de langue anglaise, mais en même temps ils ont appris le français, ils parlent français, ils désirent maintenir le français dans leur vie. Puis ils visent aussi souvent à contribuer à la vitalité du français dans leur propre collectivité», résume Catherine Levasseur, professeure agrégée à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) de l’Université d’Ottawa.

Lors d’une rencontre en ligne organisée par le Réseau Dialogue, la spécialiste a présenté le rapport de recherche Accroître l’inclusion des jeunes issus de l’immersion française au sein des collectivités francophones et acadiennes : une responsabilité partagée, dans laquelle sont interrogés 31 jeunes de 19 à 29 ans et 19 organismes communautaires.

Selon elle, ces jeunes sont au cœur d’une tension qui traverse la francophonie canadienne actuelle, «entre le besoin de se protéger en tant que minorité linguistique de langue officielle et le besoin d’inclure la diversité qui caractérise ces collectivités-là».

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Sentiment d’illégitimité

Le rapport montre que ces jeunes ressentent souvent un sentiment d’illégitimité; celui de ne pas parler un «bon» français et de ne pas être un «vrai» francophone.

«On idéalise les locuteurs natifs et leur façon de parler, et cela met des normes auxquelles tout le monde tend à vouloir atteindre», observe Catherine Levasseur.

«À moins de parler français tous les jours, vous ne serez jamais aussi à l’aise que les Acadiens. Les diplômés de l’immersion ne réussiront donc jamais vraiment à établir un lien avec les locuteurs natifs ni à trouver leur place parmi eux», déclare un des participants de l’étude.

Pourtant, les jeunes d’immersion française ont leur rôle à jouer dans la vitalité des collectivités francophones et acadiennes.

«S’iels parlent français, iels sont francophones et méritent de pouvoir vivre leur vie en français autant que le restant de la communauté», partage un membre du Comité FrancoQueer de l’Ouest interrogé dans la recherche.

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Difficile de trouver le mot juste

Catherine Levasseur suggère d’employer «personnes d’expression française» au lieu de «francophiles» ou même de «francophones», chargés identitairement.

Toutefois, elle reconnaît que cette expression, bien que plus inclusive, n’est pas parfaite et que le terme «francophone» reste porteur de symboles et de revendications historiques importantes.

«Il faut essayer de trouver un peu la nuance; est-ce qu’on s’adresse à des personnes francophones pour leur aspect identitaire ou pour leur aspect linguistique?»

Quant au terme «francophile», entre les lignes, il veut dire: «OK, on reconnaît que tu parles français, mais tu ne fais pas vraiment partie de notre gang», selon elle.

Catherine Levasseur rappelle également que certains élèves d’immersion sont des ayants droit qui auraient pu aller dans une école francophone, mais dont les parents en ont décidé autrement.

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Responsabilité partagée

Mais la pierre, dans cette situation, ne saurait être lancée dans une seule direction. Il s’agit d’une «responsabilité partagée», insiste Catherine Levasseur.

«Cette dynamique-là, elle vient des deux côtés: des jeunes eux-mêmes qui doutent de leur place dans la francophonie canadienne, mais aussi des organismes qui reconnaissent que leurs pratiques, des fois, peuvent faire émerger ce sentiment-là [d’insécurité linguistique et d’illégitimité].»

Un employé d’un conseil jeunesse participant à l’étude suggère de miser sur la sécurité linguistique: «C’est la base. C’est d’éliminer cette impression qu’il y a différents niveaux de francophonie. Parce que si on veut vraiment intégrer l’immersion, c’est ça, c’est qu’ils sont francophones à part entière. Ils ont juste un parcours différent dans la francophonie, mais ils sont francophones à part entière.»

D’autres contraintes, notamment financières, peuvent freiner la participation des jeunes aux organismes communautaires.

Les conseils scolaires anglophones aussi concernés

Les conseils scolaires anglophones ne sont pas en reste. Ils ont un rôle à jouer pour soutenir les enseignants dans les programmes d’immersion et faire en sorte que les élèves aient plus d’expérience dans la communauté, qu’ils connaissent les organismes qui sont actifs dans leur région, remarque Catherine Levasseur.

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«On se rend compte que les jeunes connaissent souvent mieux le Québec parce qu’ils ont fait des voyages là-bas, mais ils ne connaissent pas leur communauté et la collectivité francophone ou acadienne où ils résident», dit-elle.

«Les conseillers pédagogiques [des conseils scolaires anglophones] n’encouragent pas assez cette inclusion. Les jeunes ne sont pas au courant des opportunités qui sont là pour les organismes communautaires [francophones]», a témoigné une intervenante lors de la période de questions qui a suivi la présentation.

Aussi, les organismes sont souvent en contact avec une seule personne-ressource au sein des écoles anglophones. «Si celle-ci change de poste ou quitte l’école, c’est à recommencer à chaque fois», témoigne Catherine Levasseur.

«Les écoles de langue anglaise ont un travail à faire de leur côté pour tendre vers un partenariat plus systémique, plus établi, formel, de manière à ce que si les gens changent dans les postes, le partenariat, lui, reste.»

Le vent tourne

«Si on veut vraiment amorcer un changement au sein des collectivités, il faut aussi réfléchir à comment on socialise ces jeunes-là; c’est quoi leur contexte d’apprentissage du français, puis comment on les reçoit», avance Catherine Levasseur.

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La période de questions qui a suivi la présentation du rapport a témoigné de l’enthousiasme et de la motivation des acteurs du milieu, bien décidés à poursuivre leurs efforts.

Différentes initiatives fleurissent d’un océan à l’autre pour intégrer les jeunes d’immersion française à la vie des collectivités francophones.

Le Conseil jeunesse francophone de la Colombie-Britannique offre le programme Connecte, qui s’adresse à tous les jeunes d’expression française de 14 à 25 ans de la province désirant s’engager dans leur communauté. Ils sont jumelés avec un organisme communautaire. «On a une dizaine de projets cette année qui sont en lien avec des élèves qui sont dans des programmes d’immersion», témoigne l’organisme dans le rapport.

Dans les Prairies, la Société historique de la Saskatchewan remet une ceinture fléchée fransaskoise aux finissants des écoles francophones. Depuis peu, des élèves d’immersion arborent également ce symbole très fort de la communauté fransaskoise lors de leur remise de diplôme. Car finalement, ils et elles parlent tous la même langue.

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