Imagination exquise et originalité étonnante

Éric LeBlanc, Le bleu des garçons, fictions, Montréal, Éditions Hamac, 2020, 160 pages, 18,95 $.
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Auteur, photographe, artiste numérique et performeur, Éric LeBlanc a publié l’hiver dernier un premier recueil intitulé Le bleu des garçons.

Quelque part entre la nouvelle, le poème et le théâtre, ces quatorze fictions mettent en lumière les tabous du désir au masculin, tels que la vulnérabilité, la langueur, le polyamour et la cruauté.

Multiples lieux

Vieille Capitale, voiture, Gaspésie, train, Allemagne, école, Espagne, appartement, les lieux d’action sont multiples.

Partout, des hommes se croisent, se reluquent, s’aimantent, s’imbriquent, s’aiment, se repoussent, s’oublient… tout se reflète dans la lentille de l’auteur-photographe. Il écrit: «Une image, l’espace d’un instant, et déjà elle laisse sa place à une autre. Ça passe vite, les textures ne s’imprègnent sur rien.»

Les fictions empruntent à la poésie pour créer des images puissantes et au théâtre pour mettre en scène des situations dynamiques.

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Je n’ai sans doute pas remarqué toutes les références à des auteurs d’ici et d’ailleurs, mais j’y ai reconnu Jacques Poulin, Marguerite Duras et Jack Kerouac.

Ponctuation

Dans une de ses fictions, l’amant embrasse son partenaire sur le coin des lèvres. «Le baiser décale de jour en jour, il finira sur la joue, et ma bouche en mourra.» Le partenaire va retrouver son amoureux «imprévisible et bohème, plus jeune, plus maigre, plus romanesque […] plus chaud, plus quotidien, plus patient.»

Je ne suis pas si c’est par paresse intellectuelle ou parce que je suis vieux-jeu, toujours est-il que je ne suis pas friand de textes sans ponctuation, surtout à la Marie-Claire Blais.

Éric LeBlanc y a recours à trois reprises. Voici un exemple où la lecture est plutôt facile: «j’travaille pour marcher l’dos droit pour porter mes lunettes plus transparentes que celles des autres pour marquer l’imperfection calculée d’ma taille d’mon sexe d’mes idées d’mon regard qui s’attarde»

Hyper-contemporain

Dans ces quatorze fictions, l’auteur se loge définitivement à l’enseigne de l’hyper-contemporain, abordant de front des thèmes tels que la déconstruction du genre, le fossé générationnel, l’éclatement de la cellule amoureuse et la sexualité des jeunes.

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Il touche à l’universel et confronte son lectorat à des réalités humaines fondamentales qui sont parfois difficiles à regarder en pleine face.

Un critique a qualifié Le bleu des garçons de livre brutal, méchant, voire cruel. Je n’irais pas jusque-là, je dirais plutôt qu’Éric LeBlanc sait puiser dans le quotidien pour nous raconter des histoires a priori banales, mais avec sa plume sensible et humaine, il transforme ce train-train en instantanés tantôt mystérieux ou troublants, tantôt passionnés et captivants.

De page en page, la gamme d’émotions parfois furtive s’étire pour embrasser presque tous les registres. LeBlanc fait preuve aussi bien d’une imagination exquise que d’une originalité étonnante.

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