«Il n’y a pas d’immigrants illégaux au Canada»

Amikley Fontaine travaille avec les jeunes noirs d’Etobicoke et Scarborough

Amikley Fontaine à côté de la ministre fédérale Kristy Duncan (tenant une plaque) et des membres de la Fondation Sylvenie Lindor. Des «ambassadrices» auprès des jeunes: Kayleen-Marie Saunders (en noir) et Kanar Youssif (en bleu).


23 août 2018 à 9h00

Quand Justin Trudeau a apostrophé une citoyenne qui lui demandait des comptes sur l’immigration illégale au Canada, la semaine dernière, près de Saint-Jean-sur-Richelieu, les chroniqueurs amateurs et professionnels se sont emballés pour dénoncer l’intolérance du premier ministre aux opinions différentes des siennes sur l’immigration et le multiculturalisme, ou au contraire pour applaudir sa résistance aux dérives populistes modernes.

Sur Facebook, Amikley Fontaine a commenté: «La notion des migrants illégaux est purement raciste.»

Pas des clandestins

«Il n’y a pas d’immigrants illégaux au Canada», renchérit, en entrevue à L’Express, le fondateur et président de la Fondation Sylvenie Lindor, qui travaille à l’avancement des jeunes noirs des banlieues de Toronto.

«Tous les migrants, qui passent par le sentier de Lacolle ou ailleurs qu’aux postes-frontière officiels, sont interpellés par la police et remis aux services frontaliers», explique-t-il. «Ils sont traités comme les réfugiés qu’ils sont, logés et inscrits dans le système pour être éventuellement intégrés au pays» (ou, plus rarement, déportés).

Facebook

Amikley Fontaine en rencontre régulièrement, étant lui-même interprète à l’emploi de l’Agence des services frontaliers du Canada.

On ne parle donc pas, insiste-t-il, d’«illégaux» dans le sens de clandestins qui vivraient au Canada à l’insu des autorités, mais bien de «réfugiés» au sens des conventions internationales, qui fuient la persécution des États-Unis de Trump ou qui seraient en danger dans leur pays d’origine.

«Et même s’ils ne sont pas en danger et aspirent simplement à une vie meilleure au Canada, l’histoire du monde est une histoire de migrations, c’est positif. Le Canada a besoin d’immigrants et est capable de les intégrer. Nos frontières devraient être le plus ouvertes possible.»

Le gouvernement fédéral, lui, parle d’immigrants en situation «irrégulière». Sur la scène politique, le sujet est explosif, comme l’a démontré la récente controverse sur les tweets du député conservateur Maxime Bernier dénonçant un «multiculturalisme extrême».

Fondation Sylvenie Lindor
Forum multiculturel de la Fondation Sylvenie Lindor, samedi 18 août. Les conférenciers Robyn Maynard, écrivaine, éducatrice et activiste, Eldon Holder, président de YLAC (Conseil consultatif des jeunes leaders), et Martin Mark, conseiller en relocalisation au seln d’un cabinet d’avocats.

Faciles à intégrer

«Il faut les accueillir et les aider comme n’importe quels réfugiés. Ces migrants, qui ont souvent passé plusieurs années aux États-Unis, sont d’ailleurs plus faciles à intégrer au Canada: ils parlent anglais et français, ils ont de l’expérience du marché du travail nord-américain, ils ne sont pas nécessairement pauvres, et ils sont attirés par le modèle multiculturel et les valeurs canadiennes.»

Mais voilà: ils sont noirs. L’opposition à l’entrée de ces quelque 20 000 personnes par année est donc largement raciste, croit Amikley Fontaine.

Ce qui manque, selon lui, c’est «un plan d’ensemble ou une stratégie officielle» pour les accueillir et les intégrer rapidement à la société canadienne. Il déplore l’hostilité du nouveau gouvernement conservateur de l’Ontario à cette immigration, mais il se dit encouragé par les conversations qu’il a avec des élus conservateurs provinciaux et fédéraux sur ce sujet.

Amikley Fontaine et la ministre fédérale Kristy Duncan.

Forum multiculturel

Des élus de tous les horizons politiques participaient d’ailleurs, samedi, avec environ 300 jeunes, au quatrième Forum multiculturel annuel de la Fondation Sylvenie Lindor sur le thème, justement, des «valeurs démocratiques canadiennes et la migration globale».

On y a notamment décerné des prix de reconnaissance à la ministre fédérale Kirsty Duncan, députée d’Etobicoke Nord, au conseiller municipal de Scarborough-Agincourt Jim Karygiannis, et à Jennyne Mayard, la fondatrice du Festival Kompa Zouk Ontario, pour leur engagement envers le multiculturalisme et leur travail auprès des jeunes.

Des participants au Forum multiculturel du 18 août, au Istar Banquet Hall sur Dixon Road.

C’est par «désoeuvrement, manque d’éducation et difficultés à trouver ou conserver un emploi» que les jeunes issus de l’immigration récente vont dériver vers la criminalité, fait remarquer Kayleen-Marie Saunders, membre de la Fondation Sylvenie Lindor et l’une de ses «ambassadrices» auprès des jeunes (diplômée, comme Amikley Fontaine, du campus bilingue Glendon de l’Université York).

L’organisme et ses partenaires travaillent donc à leur tendre la main et les récupérer en leur offrant des conseils, de l’aide immédiate et de la formation menant au marché du travail. La Fondation organise aussi des activités culturelles et sportives, notamment du foot, pour les distraire et les occuper.

Minute de silence, au Forum multiculturel de la Fondation Sylvenie Lindor, samedi 18 août, en mémoire des victimes de la fusillade de la rue Danforth cet été. On a aussi manifesté un appui au gouvernement canadien dans sa brouille avec l’Arabie saoudite sur l’emprisonnement de dissidents politiques.

Amikley Fontaine indique qu’un projet plus ambitieux, de recensement et de rassemblement de ces jeunes à risque, est en préparation et impliquerait une trentaine de travailleurs communautaires bénévoles.

Selon Kayleen-Marie Saunders, le Forum a galvanisé les troupes. «Le message de Jennyne Mayard, invitant les jeunes à suivre leur passion et à réaliser leurs rêves, était particulièrement inspirant.»

Jennyne Mayard, Amikley Fontaine, Kirsty Duncan, Jim Karygiannis et Kanar Youssif.

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