Histoire d’immigration: le rappeur 2Moods vit sa francophonie au pluriel

Histoires d'immigration Dennis Ndala 2Moods
En plein tournage de Réalité, une production VIVA VOCE et Steve Van Diest. Photo: Courtoisie Dennis Ndala
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Originaire de la République démocratique du Congo, le slameur et rapeur Dennis Ndala, dit 2Moods, s’est installé à Edmonton en juillet 2012. Il avait alors 17 ans. Près de 9 ans plus tard, l’artiste revient sur son atterrissage en Alberta, loin des problèmes de racisme qui ont fait la une des médias récemment.

Deux familles

Ayant pu profiter du programme d’immigration canadien de regroupement familial, ce n’est pas une, mais bien deux familles qu’a retrouvées l’artiste dans la capitale albertaine: un frère d’un côté, la francophonie de l’autre.

«Lorsque je suis arrivé chez mon frère à Edmonton, il m’a tout de suite mis en relation avec la francophonie albertaine, un confort qui ne m’a jamais quitté», assure Dennis Ndala, alias 2Moods.

Cet amoureux de la langue française n’en démord pas: «Je n’aurais sûrement pas eu autant de facilité à m’intégrer chez les anglophones».

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La guitare est l’instrument favori de 2Moods, les espadrilles sa grande faiblesse et la mode son autre passion. Photo: Jonathan Mbulakey

Centre et université francophones

Il évoque sa dernière année de secondaire à l’école Maurice-Lavallée, le centre culturel et communautaire La Cité francophone ainsi que tous les services disponibles en français dont il a pu profiter.

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Il n’oublie pas non plus sa présence au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. «Je voulais faire des études de médecine. Après quelques tergiversations, j’ai choisi un baccalauréat en art et psychologie. Un choix réfléchi.»

Des tergiversations qui ont toutefois duré plus de cinq ans, le temps pour lui d’identifier l’autre métier qu’il désirait faire, tout en menant de front sa carrière d’artiste professionnel qui débutait.

L’identité comme atout

Dennis Ndala s’excuse presque de ne pas avoir connu de racisme à son encontre. «En toute honnêteté, je n’ai jamais eu à faire face à de la discrimination personnellement», déclare-t-il. Bien sûr, il lui est arrivé de l’entendre autour de lui, mais il préfère se concentrer sur le positif.

Il insiste notamment sur ses années au Campus Saint-Jean, où il a pu rencontrer des professeurs issus de l’immigration. «C’est important pour les étudiants d’origines étrangères de voir qu’au Canada, on peut aussi devenir professeur», confie-t-il.

Santé mentale

Il espère mener deux carrières de front: l’une musicale, l’autre auprès d’un public victime de troubles de santé mentale, tels que l’anxiété ou la dépendance.

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Un peu gêné, il explique qu’il a lui-même éprouvé de telles difficultés à l’adolescence. Souffrant d’anxiété et de dépression, il a su prendre du recul, surmonter et mettre à profit ces obstacles. Un travail personnel «d’introspection, une connexion avec moi-même» qui lui a montré la voie.

Depuis, Denis Ndala sait qu’il va rendre à cette communauté francophone qui lui a tant donné. Conscient de sa capacité d’écoute, de son empathie envers ses proches, il espère très vite mettre ses connaissances à contribution. Il n’a d’ailleurs aucun doute sur sa réussite.

«En Afrique, la santé mentale ne fait pas forcément partie de nos valeurs. Aujourd’hui, la communauté francophone est multiculturelle, et je suis persuadé de pouvoir répondre aux besoins de ces immigrants qui n’oseraient pas parler de leurs problèmes à une personne d’une culture différente.»

Messager d’une francophonie multiculturelle

Malgré une intégration réussie, il lui arrive d’avoir la mélancolie du pays. Un sentiment que 2Moods aime exprimer dans ses chansons.

«J’ai beaucoup parlé d’amour dans mes chansons», mais depuis son deuxième passage au concours de musique Polyfonik d’Edmonton, en Alberta, il essaie d’enrichir ses textes de messages plus politiques et historiques. Pour y arriver, il bénéficie du soutien du Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) et du Centre de développement musical (CDM).

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L’artiste évoque l’esclavage, ses racines congolaises et cette vie colorée qu’il a quittée. Poète, slameur, c’est dans le rap qu’il s’émancipe. Sa musique «évolue», affirme-t-il. Réalité, sa plus récente chanson, a été réalisée en collaboration avec la chanteuse Paradis.

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Portrait de 2Moods lors du concours de musique Polyfonik 2020. Photo: Juliana Damer

Danger de se replier sur toi-même

L’œuvre se veut un message pour ses amis de Kinshasa: «À Kinshasa, on n’a pas besoin de trop pour être heureux», rappellent les paroles de Réalité.

Des mots auxquels il faut s’accrocher, d’après le rapeur. «Quand tu arrives du Congo, avec tes valeurs d’amitié et de solidarité, ce n’est pas simple de s’y retrouver. Ici, tout le monde a une vie professionnelle, ses occupations. Alors toi aussi, tu deviens peu à peu sédentaire, replié sur toi-même et le matériel devient source de bien-être.»

Il s’attriste de la monotonie du quotidien albertain, qui est loin de faciliter les échanges avec les autres. À l’inverse, il salue la solidarité financière mise en place par le gouvernement canadien qui n’existe pas, là-bas, en RDC, dit-il.

«Pas de salaire minimal, pas d’allocation familiale», continue la chanson. Une réalité africaine qui évoque pour 2Moods la débrouillardise et la fraternité, mais aussi souvent la misère.

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Les immigrants veulent participer

Finalement, Dennis Ndala espère contribuer à dénoncer les préjugés. «Les immigrants ne sont pas au Canada pour vivre des aides de l’État, ils sont là pour participer à la société et rendre à leur communauté».

Il souhaite profiter de la stabilité de sa vie canadienne pour faire naître l’espoir chez ceux qui aujourd’hui arrivent au pays, tout en leur montrant le chemin de la francophonie en milieu minoritaire.

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