Henri Bourassa et le centenaire de son journal


7 septembre 2010 à 12h52

C’est le 10 janvier 1910 que Henri Bourassa fonde le quotidien Le Devoir, soit exactement cent ans passés. Il le dirige pendant vingt-deux ans et six mois, période au cours de laquelle il signe quelque 6 700 éditoriaux. L’historien Pierre Anctil, de l’Université d’Ottawa, les a tous lus et indexés, puis en a réunis et commentés 60 sous le titre Fais ce que dois (devise du journal).

Bourassa a créé un organe de presse entièrement à sa solde, un véhicule exclusif de sa pensée, «sans compromis ni édulcoration». Ses éditoriaux font étalage d’une érudition exceptionnelle en matière de politique canadienne et sont rédigés «d’une plume hautement littéraire, souvent très polémique, le plus souvent impitoyable pour ses opposants».

À travers les 60 éditoriaux retenus se profilent les moments forts de la pensée de Bourassa. On constate que le fondateur du Devoir se démarque par son double nationalisme, à la fois tourné contre la Grande-Bretagne sur la scène internationale et en faveur du fait français dans la sphère intérieure canadienne. Cela l’amène à réclamer «plus d’avantages pour la population canadienne-française et pour l’Église catholique de langue française».

Le Devoir suit de près la crise scolaire en Ontario et Règlement 17 de 1912 devient «l’occasion d’un sursaut d’émotivité très intense». Le journal n’hésite jamais à rappeler les exactions et les abus de pouvoir dont souffrent les Franco-Ontariens.

Entre 1910 et 1919, Le Devoir publie 241 éditoriaux qui dénoncent «l’intransigeance linguistique anti-francophone systémique» en Ontario.

Comme on peut s’y attendre, le nationalisme de Bourassa ne se limite pas à l’espace québécois; il est d’envergure continentale et englobe les Franco-Ontariens, les Franco-Manitobains, les Acadiens, les Franco-Américains, les Métis et même les Cajuns.

Le 12 juillet 1924, Bourassa écrit: «L’une des pensées dominantes de notre œuvre, nos lecteurs le savent, c’est de fortifier les liens qui unissent les différents groupes de population franco-canadienne, de maintenir entre eux un courant de sympathie.»

Selon Anctil, Bourassa invente de toutes pièces la théorie des deux peuples fondateurs et «redonne, par son érudition dans le domaine législatif et historique, une fierté et une pertinence politique à la minorité francophone du Canada qui se retrouve face à un système de gouvernement parlementaire britannique.»

Dans un autre domaine, le père du Devoir voit dans la crise de la conscription de 1917 une question d’intégrité morale face à l’impérialisme britannique qu’il ne cesse jamais de combattre sous toutes ses formes.

Chose surprenante, Pierre Anctil nous apprend que tout ce qui est nouveau sur le plan technologique ou dans l’ordre social rebute au Devoir de Bourassa: cinéma hollywoodien, presse à grand tirage, syndicats industriels, libéralisme politique, féminisme, internationalisme et même démocratie participative.
«Le Devoir a le regard tourné vers le passé et rêve souvent de l’époque révolue où un Québec avant tout rural était regroupé en un réseau dense de paroisses sous l’aile tutélaire d’un clergé bienveillant.»

Ce sera tout le contraire à partir des années 1940.

Pierre Anctil, Fais ce que dois: 60 éditoriaux pour comprendre LE DEVOIR sous Henri Bourassa, 1910-1932, essai, Sillery, Éditions du Septentrion, 2010, 392 pages, 34,95 $.

Inscrivez-vous à nos infolettres gratuitement:

Récemment

Restez à jour dans votre propre fil d'actualité

Un film de Noël franco-ontarien

TV5
Alors que les fêtes de fin d'année approchent à grands pas, toutes les chaînes de télévision diffusent des téléfilms de Noël. Le 18 décembre,...
En lire plus...

16 décembre 2018 à 15h00

Que célèbre-t-on vraiment le 25 décembre?

On peut fort légitimement se demander ce qu'on célèbre le 25 décembre, tant l'obscurité de la nuit des temps entoure la naissance de Jésus...
En lire plus...

16 décembre 2018 à 13h00

Cinq coups de cœur de notre chroniqueur

Paul-François Sylvestre
Au cours de l’année 2018, j’ai recensé environ soixante ouvrages pour L’Express. C’est maintenant le moment de vous faire part de mes coups de...
En lire plus...

16 décembre 2018 à 11h00

Cadeau de Noël inespéré

Michel Peyramaure
Certains romans méritent de sortir de l’oubli et d’être réédités. L’orange de Noël, de Michel Peyramaure, figure parmi ceux-ci.
En lire plus...

16 décembre 2018 à 9h00

Quiz : Daniel Poliquin

Apprenez-en plus sur Daniel Poliquin.
En lire plus...

16 décembre 2018 à 7h00

Jazz manouche de Noël à Oshawa dimanche

Oshawa
Pour vous mettre dans l’ambiance de Noël, le Conseil des organismes francophones de la région de Durham a concocté un après-midi en chanson avec...
En lire plus...

15 décembre 2018 à 15h00

L’Halloween à Noël: une génération de Mummers à Terre-Neuve

Terre-Neuve
Une tradition terre-neuvienne revit depuis 30 ans à St. John’s: des groupes de joyeux lurons costumés s’invitent chez des voisins!
En lire plus...

15 décembre 2018 à 13h00

Aspirine et 7 Up, meilleurs amis du sapin de Noël?

sapin
Mieux vaut se contenter d’arroser généreusement le sapin d’eau du robinet… et rien d’autre !
En lire plus...

Manque de compréhension envers les immigrants handicapés

Fauteuil roulant
Les immigrants ayant un handicap affrontent des défis auxquels les travailleurs sociaux ne font pas assez attention.
En lire plus...

15 décembre 2018 à 9h00

Le Soleil vu d’en haut, c’est désormais possible

Une sonde spatiale européenne vient d’envoyer suffisamment de données pour qu’on puisse extrapoler une image approximative du «pôle nord» de notre étoile.
En lire plus...

15 décembre 2018 à 7h00

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur