Guy Lucas : la grâce de l’amitié

Guy Lucas
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« Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet. »1, 2

Cette phrase délicieuse, nous nous la répétions souvent, Guy et moi. C’était presque devenu notre devise. Nous pensions à imprimer des t-shirts avec cette citation. Elle nous était nécessaire, presque une bouée de sauvetage dans l’environnement cynique et brutal qui règne depuis quelque temps dans notre communauté.

Mon ami Guy Lucas n’est plus. Et il est encore. Encore plus par ce qu’il me laisse de souvenirs, fous rires, bons repas, bons ami-e-s. Le gril coréen sur Bloor. Le resto taiwanais sur Grosvenor. Le japonais cloisonné sur Carlton.

Intelligence et humour

Et aussi discussions profondes, analyses politiques et de société. Échange de connaissances.

Bien que nous ayons eu des vies très différentes, nous avions aussi eu des expériences similaires à Toronto qui nous ont rapprochés et formé la base d’une solide et joyeuse amitié. Nous partagions aussi une certaine culture et, surtout, un sens de l’humour très sain. C’est précieux cela.

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À sa retraite, il m’avait demandé de coanimer avec lui une nouvelle série radiophonique qu’il comptait entreprendre à CHOQ-FM.

Pendant longtemps, on se lançait des courriels avec des: «Cela, ça ferait une bonne chronique!», «Ça, c’est un sujet dont il faut parler.», «Ça, ce serait rigolo d’en faire une satire.» Et «Cette controverse, il faut l’aborder.» Nous avons joué longtemps à trouver un titre.

Guy Lucas dans le studio de CHOQ-FM.

La classe

Et puis, on a mis sur pause. Pour qu’il se repose. À peine entamée sa retraite, la tête pleine de beaux projets, de voiles et de voyages, mon ami s’est ralenti. Ça devait être temporaire.

Jamais il n’a perdu la foi. Dans la vie. Pas la version religieuse.

Jusqu’à la fin, il restera ce bonhomme inclassable, parce que bourré de classe. Pas de la classe sociale qu’on fait semblant de ne pas avoir au Canada. Et pas la classe d’élèves qui soulève les débats en cette rentrée pandémique. Mais la classe toute simple et toute grande qui est un distillat de courtoisie, d’humilité, de respect et d’humanité. Et de gratitude.

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De la gratitude, j’en ai beaucoup envers lui. Il a été solide dans un moment terrible pour moi. J’espère de tout cœur que j’ai pu lui rendre la pareille.

De Flaubert à Achille Talon

Nous n’avons jamais cessé de nous parler, plusieurs fois par semaine. Et de tout. Du sublime au ridicule et vice-versa. De Salammbô, qu’il lisait pour la première fois – je lui disais comment ce roman de Flaubert a beaucoup plus touché mon imaginaire de jeune femme que l’insipide Madame Bovary.

On parlait de Voltaire, puis on passait à San Antonio et à Achille Talon. D’ailleurs j’ai sur ma table un paquet contenant mes DVD de OSS 117, avec Jean Dujardin, et mes albums de Brétécher que je devais lui prêter.

Cancer

C’était ça Guy Lucas. Une ouverture et une curiosité immense. En août dernier, je lui ai envoyé une chronique très forte de Stéphane Laporte dans La Presse qui dénonce l’utilisation des mots et expressions belliqueuses autour du cancer. Nous en avons longuement discuté et nous étions d’accord avec le propos.

Puis, on a cessé de parler de maladie pendant quelque mois. Pour y revenir dans les derniers mois avec moins de pudeur, plus de clarté et de transparence. Il était bien là-dedans. Il n’a jamais perdu le moral, jamais perdu un sens du détachement qu’il croyait probablement nécessaire pour le confort de sa famille.

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Humanité

Je suis chanceuse d’avoir trouvé sur mon chemin des personnes extraordinaires qui m’ont appris beaucoup sur la vie. Guy Lucas était de ceux-là. Un homme de partage. Un homme dont, c’est évident sur le site guylucas.forevermissed.com que sa famille a créé, l’humanité fait l’unanimité.3

Guy Lucas

SVP, ne dites pas qu’il a perdu son combat contre le cancer. Guy Lucas n’est pas et n’a jamais été un perdant. J’offre mes sincères et chaleureuses condoléances aux membres de sa famille qui savent plus que moi encore les qualités de la grande âme qui vient de franchir une nouvelle étape.

J’ai d’abord intitulé cette chronique «Perdre un ami». Mais je ne l’ai pas perdu. Je ne l’ai pas égaré. Pour moi comme pour d’autres, il reste dans mon cœur4.

Pas adieu, mon ami. Un au revoir.

1 Georges Courteline

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2 Gourmet est un épicène.

3 Si cette allitération vous fait grincer, Guy l’aurait adorée. Il avait la générosité d’aimer mes petits billets dans l-express.ca et mes farandoles autour des mots.

4 Guy aurait trouvé ce cliché embarrassant, mais je ne trouve pas d’autres mots pour l’instant.

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