Gaston Tremblay romance la naissance du théâtre franco-ontarien

Gaston Tremblay, Derrière le rideau de scène
Gaston Tremblay, Derrière le rideau de scène, Le grand livre, tome 2, roman, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2022, 588 pages, 32,95 $.
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Sudbury, Université Laurentienne, 1970, des étudiants francophones créent la pièce Moé, j’viens du Nord, ’estie!  Ce que vous avez toujours voulu savoir au sujet de ce moment phare – et plus encore – est décrit par Gaston Tremblay dans le roman Derrière le rideau de scène.

L’ouvrage se veut à la fois une fiction, un journal intime et un récit documentaire. L’écriture de Moé, j’viens du Nord, ’estie! est un exercice, «autant de tourbillons dans un remue-méninge controversé, comme autant de chicanes dans un labyrinthe».

Les jeunes de la Troupe universitaire sentent le besoin de ruer dans les brancards, d’occuper leur place dans la dynamique internationale du baby-boom, «de surfer sur la vague de fond de la Révolution tranquille au Québec. Bien encadrés, ils proposent leur Révolution sereine.»

théâtre franco-ontarien
André Paiement, Gaston Tremblay et Denis Courville alias Roger, Marc et Raymond dans la pièce Moé, j’viens du Nord, ‘stie. L’une des rares photos du spectacle. Photo: Doug Kinsey

Fini le triangle langue, foi, nation

Jusqu’en 1970, le triangle culturel du Canada français comprend la langue, la foi et la nation. La pièce est scandaleuse parce qu’elle s’attaque à ce triangle immuable et le remet carrément en question.

Langue, foi et nationalisme sont remplacés par langue, culture et régionalisme.

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Le titre de la pièce «devient le cri de ralliement d’une jeunesse qui refuse désormais d’emboîter le pas».

Les artistes de Moé, j’viens du Nord, ’estie! prennent plaisir à s’inscrire «dans les traditions des quartiers latins du monde, […] à mettre de l’avant leur bohème, leur nouvelle culture de l’ici et du maintenant». La pièce se veut un miroir dans lequel les spectateurs peuvent se reconnaître.

Une panoplie de personnages

Les protagonistes Paul-André et Albert veulent devenir «de vrais hommes» et pour y arriver selon les canons de l’époque, ils doivent nier une part d’eux-mêmes, leur orientation sexuelle cachée. «Les jeunes de leur génération avaient beau se dire libérés sexuellement, l’homosexualité ne figurait pas au palmarès des choix qui s’offraient…»

Le roman met en scène une panoplie de personnages: membres de La Troupe de théâtre, profs d’université et intervenants culturels.

À l’exception d’André Paiement, de Gaston Tremblay et du père Fernan Dorais, s.j., les noms de famille ne sont jamais mentionnés, tout au plus un nickname. On devine le nom de famille des comédiens et musiciens, mais aussi des animateurs comme Monique Cousineau et Richard Cassavant.

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Gaston Tremblay n’est pas linéaire

Je suis de la vieille école. Quand je lis un roman, j’aime un début, un milieu et une fin, de façon linéaire. Mais c’est loin d’être le cas ici.

À tout bout de champ, on passe de l’action détaillée en 1970-1971 à de brèves réflexions campées en 2018, 2019, 2020 et 2021. On passe de la création d’une pièce à la Crise d’octobre, à un film américain ou à la covid. Ce pot-pourri rend la lecture un peu fastidieuse par moments.

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Des archives du journal sudburois Le Voyageur : la publicité annonçant la pièce de la Troupe universitaire de la Laurentienne dans l’édition du 18 janvier 1971.

Digressions intéressantes

Certaines digressions sont cependant fort intéressantes. Comme la grève des étudiants du Département de français pour obtenir des cours de littérature canadienne-française. Et la grève des filles d’une résidence pour obtenir le même traitement que les garçons.

On apprend aussi que le meilleur ami de l’auteur (André Paiement) et son propre fils se sont enlevé la vie, respectivement en 1978 et 2013.

Gaston Tremblay a publié ce tome 2 du Grand livre parce que «les hommes passent et trépassent [alors que] leurs souvenances écrites perdurent». Pour lui, écrire a été le projet d’une vie. «C’est une quête qui m’angoisse, depuis toujours et pour toujours.»

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