Françoise Marois persiste et signe

Ils, elles ou pourquoi pas «illes»?

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Françoise Marois fêtait cette année le 30e anniversaire de sa maison d’édition, lancée alors qu’elle était étudiante en traduction au Collège Glendon de l’Université York à Toronto.


Également monitrice de français langue seconde, elle avait produit le recueil de textes Morceaux choisis: Québec-France-Acadie en quelques semaines avec ses élèves et les moyens du bord. Ce fut le coup de foudre pour l’édition.


À l’époque, Françoise Marois a d’ailleurs aussi publié des chroniques et reportages dans L’Express sur l’édition franco-ontarienne.


En 1988 (après un divorce particulièrement acrimonieux), elle est retournée à Dolbeau, au Lac-Saint-Jean, sa région natale, d’où elle a continué d’enseigner, d’écrire poésie et essais, et de publier ses ouvrages et ceux d’amis écrivains réunis dans un collectif appelé La Muse.


Il serait risqué d’accoler une étiquette littéraire, artistique ou professionnelle à Françoise Marois, mais plusieurs de ses essais et de ses contributions à diverses publications portent sur la féminisation de la langue française, aboutissant en 2011 sur un grand principe: la «féminosophie».


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Celle qui se définit comme «chercheuse en féminisation linguistique» explique qu’on «aborde trop souvent les différences entre les deux sexes d’un point de vue purement génital, sexuel ou anatomique». Françoise Marois s’intéresse plutôt «à la place de la femme dans le langage». Dans son mémoire de recherche, Vers l’égalité linguistique (UQAC, 1996), elle invente le «collectif mixte» illes, pour remplacer ils et elles, au pluriel, quand on a affaire à des femmes et des hommes.


Car n’allez pas lui dire que «le masculin l’emporte sur le féminin», cette règle qu’on apprenait à la petite école et à laquelle elle s’oppose… «presque depuis la petite école», dit-elle.


Elle tient sûrement son féminisme de sa mère Anne-Marie Dionne, la première femme mariée à être élue échevine au Canada, à Dolbeau en 1963 (la loi a dû être changée en 1965 pour accommoder dans la loi cette évolution sur le terrain). L’un des livres de Françoise Marois, De mère en fille, raconte l’histoire de cette pionnière.


Françoise Marois est très critique de la place qui est accordée à la femme – mais aussi à la production littéraire locale et régionale, par rapport aux grands centres urbains – dans l’industrie du livre.


Elle déplore aussi le fait que très peu d’intellectuelles – une quarantaine dans le monde, selon elle, dont un bon nombre de Québécoises et une seule en France! – s’intéressent à la féminisation de la langue.


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Sa vision du monde est largement fondée sur l’équité entre les hommes et les femmes. Dans ses écrits – et sa musique, sa peinture, ses conférences, ses activités psycho-spirituelles – elle aborde aussi divers domaines spécifiquement liés à la vie des femmes, dont la contraception, l’éducation, les ressources humaines, la violence conjugale…


Reconnaissant avoir «du front tout le tour de la tête», elle n’hésite pas à baptiser son style le «maroisme» et à intituler une grammaire féministe De Grévisse à Marois.


La «féminosophie» est un document qui recouvre l’ensemble de sa bibliographie, dont tous les articles parus ces 25 dernières années au cours de sa carrière de «féminolinguiste».


Françoise Marois a produit un CD de 40 chansons en 2000, La voyageuse des étoiles, «dédié à mon chum», et s’est produite en concert. Elle trempe aussi dans la spiritualité et la thérapie par régression, qui inspirent certains de ses ouvrages comme La parole du silence.


Entre ses contrats d’enseignement (entre autres à la Baie James en 2006), de traduction et de révision de textes officiels, elle entretient ses contacts à Toronto, Ottawa et dans les milieux universitaires au Québec, et participe à de nombreux colloques, conférences et débats.


Son autobiographie, publiée bien sûr aux éditions Françoise Marois, est intitulée Coeur de cristal. Son histoire en est une de courage et de persévérance, à la fois face aux difficultés de la vie quotidienne et face aux obstacles érigés par les académies françaises et autres cartels de l’édition de ce monde.

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