Le Francis Bacon de Larry Tremblay peint le corps et son cri

Larry Tremblay, Tableau final de l’amour
Larry Tremblay, Tableau final de l’amour, roman, Saguenay, Éditions La Peuplade, 2021, 216 pages, 21,95 $.
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Francis Bacon (1909-1992) est un peintre britannique reconnu pour la violence, la cruauté et la tragédie de ses portraits. Larry Tremblay s’est inspiré de la vie de cet artiste pour écrire le roman Tableau final de l’amour, publié aux Éditions La Peuplade.

Bacon est le narrateur et il s’adresse à son amant sans jamais mentionner son nom.

Dès le premier chapitre, un petit voleur inexpérimenté s’introduit en pleine nuit dans l’atelier de Bacon. En le découvrant, le truand attaque l’artiste et l’intrusion se termine par des ébats intenses. Tout au long du roman, le narrateur retrace les errances de la relation tumultueuse de ces deux hommes. Principalement à Londres, mais aussi à Paris et Rome.

Sexe et fureur

Le peintre cherche constamment à profiter du corps du jeune homme pour le fourrer dans sa peinture. « Ta chair faisait du théâtre, elle jouait à la viande sur ma toile. » Il désire le peindre « comme s’il s’agissait d’un acte purement sexuel ».

On assiste à plusieurs scènes orageuses où Bacon est roué de coups. Cela l’aide « à peindre le visage, le sexe, puis leur inévitable confusion, puis fusion jouissive ». Il aime la fureur de son jeune truand. Il aime abuser de son corps à coups de pinceaux.

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Le romancier note deux ou trois fois que Francis Bacon était attiré par les hommes mûrs, costauds, virils, plus difficiles à aborder, qu’il rencontrait dans les ruelles sombres et potentiellement dangereuses. Il aimait draguer des hétéros, car cela affolait son désir et décuplait son plaisir.

La souffrance nourrit Francis Bacon

Quelques chapitres portent sur la brève relation que Bacon a eu avec un jeune artiste rencontré à New York. Il l’invite à séjourner avec lui à Tanger. Là où il a jadis été « accueilli comme de la chair fraîche dans les bars de pédés ».

Pour le narrateur, il est impossible de déceler, dans un acte sexuel, la différence entre souffrance et jouissance. « Peut-être étais-je ainsi fait que je ne pouvais aimer sans cruauté et être aimé sans violence ? » Un baiser est plus violent qu’un viol.

Au dire de Francis Bacon, l’art n’appartient pas au domaine de l’éthique. Il se nourrit de vérité et cela n’a rien à voir avec le mal, le bien, le bonheur, le malheur. Selon l’artiste, il n’y a toujours eu qu’une seule chose à peindre : le corps et son cri. D’un tableau à un autre, il déambule dans l’anatomie déformée, lacunaire, défaillante du sujet.

Le style cru de Larry Tremblay

Larry Tremblay illustre bien comment, dans les portraits peints par Francis Bacon, les traits du visage sont toujours violentés, exacerbés, distordus, ni tout à fait féminins ni tout à fait masculins. La personne devient primitive, brute, moins humaine, plus animale.

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L’auteur est connu pour son style direct, voire cru. Il peut aussi être poétique, comme dans cette description d’un French kiss : « nous nous embrassions, nos langues s’interrogeaient, se répondaient ».

Le romancier décrit ainsi à quoi se résume le legs artistique de Bacon. « J’avais toujours peint de la viande : je m’étais acharné à faire déborder du corps humain sa part d’animalité, à exhiber le spasme de sa sexualité entravée. J’avais mis en scène, d’un tableau à l’autre, l’absurdité de la condition humaine, son désespoir, sa cruauté, et l’absence de toute éternité salvatrice. »

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