Florian François nous raconte des histoires

Acteur, scénariste, producteur, improvisateur, slameur…

Florian François animant Franc'Open Mic. (Photo: Julien Cadena)


4 décembre 2018 à 11h00

Acteur, scénariste, producteur, improvisateur, slameur… la fiche de poste de Florian François n’en finit pas de s’allonger. À 31 ans, le jeune homme enchaîne les casquettes et les talents.

Alors qu’il vient de finir une tournée de festivals avec la série Rencontres dont il est également l’auteur, il dévoile pour L’Express les coulisses de ce métier qui fait rêver les enfants et fait peur aux parents.

C’est en 2013 que Florian pose pour la première fois le pied à Toronto sans trop d’idée en tête. «J’avais envie de changement. […] Comme je ne savais pas ce que j’allais faire, je me suis dit qu’au moins, j’apprendrai l’anglais.» C’est ainsi qu’il quitte un emploi à plein temps en France pour se consacrer à sa passion.

Raconter des histoires pour se comprendre

Sa passion, justement, c’est de raconter des histoires. Court ou long métrage, sur les planches ou devant une caméra, pour Florian, raconter des histoires c’est «partager les points de vue» et provoquer l’empathie.

«La montée des extrêmes, le nationalisme, tout ça, ça part en partie d’un manque de compréhension», dit-il.

Image de la série Rencontres: Florian avec le réalisateur Brennan Martin.

Dans la série Rencontres, notamment, son personnage se frotte à des communautés souvent marginalisées. «Quand tu racontes leur histoire, quand tu parles d’eux, tu apprends à les connaître et du coup tu ne peux pas les détester. À quelques exceptions près, quand tu sais d’où les gens viennent, tu les détestes moins.»

C’est aussi ce qui l’attire quand il doit incarner des personnages qui ne lui ressemblent pas forcément. «Tout le monde est persuadé que ses valeurs sont les bonnes. C’est fascinant. [..] Jouer un personnage, c’est toujours jouer un personnage qui est sûr d’avoir raison. [..] Il faut donc trouver pourquoi il fait cela et être sincère.»

Travailleur et roi de la débrouille

Si, aujourd’hui, Florian a une réputation bien établie dans le monde artiste, cela n’a pas toujours été le cas. «Je faisais tous les petits boulots possibles et imaginables. […] Je ne serais pas capable de dire tous les boulots que j’ai faits ici», raconte-t-il en évoquant son arrivée au Canada.

Son caractère vaillant et sa débrouillardise lui ont permis de toujours s’en sortir.

«Ce côté débrouillard m’est arrivé par nécessité ici. [..] Si je ne travaille pas, je n’ai pas d’argent pour payer mon loyer ou me nourrir. Trouver des petits contrats, c’était une question de survie presque, c’est ce qui m’a donné cette faculté de toujours trouver quelque chose.»

L’équipe de Rencontre (le court métrage qui a inspiré la série) au TAP Fest et qui remporte le prix du meilleur film (Photo: Brian Bay)

Cet esprit battant, Florian l’utilise aujourd’hui pour avancer dans sa carrière. «Je crée mon propre travail, je produis des films dans lesquels je joue.» Cela lui permet non seulement de ne pas attendre les propositions pour avoir du travail, mais également de développer ses compétences.

L’expérience fait désormais de lui un entrepreneur à part entière. «Aujourd’hui, je suis comptable, chef d’entreprise, responsable recherche et développement, chef informatique, concierge, vendeur, commercial, mais, surtout, stagiaire non rémunéré», déclare-t-il avec humour.

Il a d’ailleurs été retenu parmi les finalistes du Prix Relève TO dans la catégorie « jeunes entrepreneurs ».

Gérer la frustration

Pour Florian, l’un des aspects les plus difficiles de la vie d’artiste est d’apprendre à accepter les refus. «C’est un métier où finalement on vit plus de rejets en une semaine qu’une personne salariée aurait en un an. […] 93% des projets pour lesquels j’auditionne, je ne les ai pas.»

Pour continuer malgré tout, il a dû se forger un mental d’acier qui lui permet d’apprécier le processus plus que le résultat. «Quand je fais une audition, je me prépare pour et je n’attends rien d’autre que le moment de l’audition.»

Avec le temps, il a appris à gérer cette frustration notamment en se fixant des objectifs qui ne dépendent pas d’une tierce personne. «Maintenant, tous mes objectifs, ce sont des choses que je maîtrise. Par exemple, travailler sur certains aspects de mon jeu, ça, je peux le faire.»

Club canadien de Toronto
Gala RelèveTO: Pierre Tessier, DG de la SÉO, avec le finaliste Florian François, le gagnant du prix «Jeune entrepreneur» François Byrne, et le finaliste Haman Mamdouhi.

Planter des graines

Acharné et optimiste, Florian n’hésite pas à travailler dur même s’il n’obtient pas toujours les résultats escomptés immédiatement.

«Quand je produis des choses […] c’est comme planter des graines, il y a des choses qui poussent et d’autres non, et tu ne sais jamais lesquelles. Je vois beaucoup de gens autour de moi dans ce milieu-là qui n’osent pas faire des choses parce qu’ils savent que, potentiellement, ça ne va pas marcher. […] Mais si tu ne les fais pas parce que tu as peur que ça ne marche pas, tu ne vas jamais rien faire.»

Trouver sa tribu

Florian tire sa force dans les communautés qu’il a créées ou dans lesquelles il s’implique. «Si je suis encore là aujourd’hui c’est grâce aux communautés», dit-il.

Il est particulièrement fier d’avoir lancé, avec Cyril Mignotet, la première scène ouverte francophone de Toronto, Franc’Open Mic. «C’est un lieu qui permet à des artistes de s’exprimer, de trouver leur voie et de se développer [..] un lieu où les gens viennent partager.»

Il évoque également The Actor Place, une communauté qui permet aux acteurs de s’entraider.  «On pourrait penser qu’on est tous en compétition, mais ce n’est pas vrai. On est en compétition avec nous-même, nos progrès, parce qu’on est tous différents. Ce n’est jamais le meilleur qui va être embauché, c’est celui qui correspond le mieux au rôle.»

Pour appuyer l’importance du partage dans sa vie de tous les jours il conclut: «Sans ces communautés, je n’aurais sûrement pas continué. Dans cette vie-là, on ne peut pas réussir tout seul.»

Florian François (Photo: Linsdsay Duncan)

Le plaisir avant tout

Bien que passionné, Florian a néanmoins une vision très réaliste de son métier. «Les gens qui travaillent dans les arts ne font pas ça pour l’argent. Tu as peu de chances de t’enrichir vraiment avec les arts. Donc s’ils le font c’est que ce sont des gens passionnés qui vont travailler très très fort pour peu de résultats financiers.»

Cela ne l’empêche pas d’avancer et de garder en tête son objectif principal: continuer à progresser dans tous les domaines. Plus important encore, il s’éclate dans son travail et sa joie de vivre est communicative. «Le jour où je ne prendrais plus de plaisir, j’arrêterai», nous confie-t-il.

Mais pour le moment l’envie et le plaisir sont bien là et les projets ne manquent pas. Il prépare en effet une série de sketches pour laquelle il recherche un diffuseur et espère être sélectionné pour participer au Festival Fringe de Toronto. Nous, on a hâte, et vous?

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