Fastueux héritage de la Révolution française: les tableaux religieux envoyés en Amérique

Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins, broché avec rabats, 27,5 x 22 cm, 300 illustrations, 312 p. La couverture reproduit en partie Apparition de la Vierge et de l'Enfant Jésus à saint Antoine (1630-31) de Simon Vouet (Paris 1590-1649) avec la collaboration de François Perrier (Pontarlier 1594-Paris 1649).
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C’est une histoire extraordinaire que celle des tableaux religieux qui traversèrent l’Atlantique pour se retrouver en grand nombre au Québec à la faveur de la Révolution française. Elle prend vie cet été au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) avec l’exposition Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins et le superbe livre d’art qui l’accompagne.

Il faut avoir une idée de ce qui se passe en France depuis la Révolution de 1789: dès l’année suivante, les révolutionnaires au pouvoir prennent une série de mesures contre l’Église catholique, notamment la Constitution civile du clergé, qui soumet l’Église au pouvoir civil.

Puis, les prêtres sont déclarés inaptes à tout service civil public, les églises sont fermées ou transformées en temples de la Raison et leurs objets détruits ou enlevés et mis en dépôt, comme les tableaux religieux. Les prêtres réfractaires se cachent ou fuient vers l’Angleterre, alors que d’autres sont massacrés.

Et les tableaux qui arriveront finalement au Canada sont, en quelque sorte, un fastueux héritage de la Révolution française: près de 200 de ces tableaux, exécutés pour des églises de Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles par des peintres renommés, saisis lors de l’anticléricalisme révolutionnaire.

Les Desjardins

Parmi les ecclésiastiques qui ont fui en Angleterre se trouvaient les frères Desjardins, Philippe-Jean-Louis (1753-1833) et Louis-Joseph (1766-1848). En 1793-1794, ils répondent à l’invitation de l’évêque de Québec, Jean-François Hubert, qui, encouragé par le gouvernement britannique, accepte tous les prêtres exilés qui veulent servir l’Église catholique dans la colonie canadienne.

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Philippe, qui avait une excellente formation, surclasse le clergé local et a du succès dans les milieux intellectuels. Il est, entre autres, professeur au séminaire. Critiqué, il retourne en France en 1802, la situation politique y montrant stabilité et liberté d’expression religieuse. Il profite alors d’«occasions» pour acheter des tableaux qu’il espère revendre rapidement dans le Bas-Canada.

Mais il ne pourra réaliser cette opération commerciale qu’en 1816, emprisonné qu’il est pour ses relations avec l’ennemi, le duc de Kent, par correspondance. Un premier envoi de 120 tableaux arrive à New York par bateau et à Québec fin février 1817. Le second envoi de 60 œuvres arrive en 1820.

C’est Louis-Joseph qui se charge de la vente de ces tableaux en utilisant ses relations et la pénurie d’œuvres religieuses dans une Église en pleine expansion. C’est la ruée vers ces œuvres d’art. En janvier 1818, Louis-Joseph informe son frère que les deux tiers de l’envoi sont vendus et les rentrées d’argent importantes, même si les prix sont peu élevés pour éviter les critiques.

L’exposition et le livre

L’exposition du MNBAQ souligne le bicentenaire de l’arrivée au Canada des 180 tableaux, dans les circonstances décrites précédemment. Elle est en cours jusqu’au 4 septembre.

Parmi les impressionnants tableaux présentés, certains ont été prêtés et décrochés d’une douzaine d’églises au Québec et au Nouveau-Brunswick. Le 19 mai dernier a eu lieu le décrochage de deux tableaux à la chapelle et au Musée des Ursulines de Québec. C’est donc l’occasion de découvrir ces tableaux, avec d’autres, en visitant cette exposition exceptionnelle.

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Le livre d’art qui accompagne cette exposition donne la possibilité d’en garder un précieux souvenir ou de découvrir ces tableaux si l’on ne peut se rendre à Québec, avec des explications historiques et artistiques d’un grand intérêt.

Ce superbe ouvrage comporte deux parties. La première explique en 88 pages l’histoire de ces tableaux et leur importance. Sept articles très illustrés font le point sur le thème des tableaux des abbés Desjardins.

La deuxième est le catalogue des œuvres exposées (p. 89-258). La page de droite reproduit un tableau, la page de gauche informe, auteur et tableau. Un livre séduisant, des heures d’admiration et d’information. Des annexes pratiquent terminent cet ouvrage exceptionnel.

«Un fabuleux catalogue (qui) est un ouvrage majeur faisant sur l’état des connaissances scientifiques qui ont mené à de nouvelles attributions ainsi qu’à une meilleure connaissance du contexte de création des œuvres du Fonds Desjardins. Proposant plus de 300 illustrations en couleurs, le catalogue rend non seulement hommage à la détermination de deux abbés, qui souhaitaient donner une seconde vie aux trésors passés de l’Église française, mais il met également en lumière l’importante contribution de ces œuvres à l’action du clergé et à l’évolution de l’art au Québec.» (MNBAQ)

L’exposition sera aussi présentée avec ce catalogue au Musée des beaux-arts de Reims, du 14 octobre 2017 au 28 janvier 2018.

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