Et souffle un art de liberté

Micropixies au Labo

L’artiste Sayeh Sarfaraz et son installation Micropixies, représentant les protestations contre le régime politique en Iran, au Labo.

11 mars 2014 à 9h48

Des figurines éparpillées sur le plancher. Des blocs de bois. Une lumière tamisée. Des voix résonnent, en fond sonore. Scène figée d’un retour en enfance. Quand vous poussez les portes d’interAccess, (Electronic Media Arts Centre), l’enfant en vous s’approche automatiquement de ce monde imaginaire, familier. Penchez-vous, regardez de plus près. Et si ce décor vous renvoyait en fait à une vraie réalité?

C’est tout le fond du travail de Sayeh Sarfaraz. Du 7 au 29 mars, l’artiste iranienne vivant à Montréal présente l’installation Micropixies, une autre vision de la réalité de l’Iran, présentée conjoitement par InterAccess et Le Labo. Loin du bruit ambiant et de l’excitation médiatique, c’est une porte ouverte sur la réflexion d’une citoyenne engagée.

Mémoire collective

«Mon travail, c’est de ne pas laisser notre mémoire collective sombrer dans l’ombre et dans l’oubli», explique Sayeh. Et par oubli, l’artiste fait référence aux récents mouvements sociaux et citoyens en Iran, notamment au moment de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 et à l’arrivée au pouvoir d’Hassan Rohani.

«Quelles traces Mahmoud Ahmadinejad a laissées pour l’Iran, comment le vit-on aujourd’hui? C’est le questionnement central de mon installation», explique Sayeh.

L’enfance, monde sans censure

Et c’est avec originalité, à travers la reconstitution d’une véritable place publique, que celle-ci vous propose de trouver quelques réponses. Manifestants représentés par des legos, forces armées dessinées sur des blocs de bois et encerclant ces derniers, effets sonores, diversité de formes, tailles et couleurs…

C’est grâce à une installation associant réalité et monde féérique de l’enfance que l’artiste recrée ces événements marquants, aussi bien pour le peuple que pour l’histoire de l’Iran.

«J’ai utilisé les jouets, car je pense que l’enfance est un monde sans censure. Peu importe la nationalité, nous avons tous touché à ces legos. L’effet ludique est très important, notamment pour attirer le regard des gens, car le contenu de travail est lourd. Quand ils voient les legos, les spectateurs sont excités, et puis, quand ils regardent vraiment, ils découvrent une deuxième couche, une troisième…C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup dans mon travail.»

Sons tirés de reportages de CNN ou de la BBC, images filmées à Legoland lors de deux voyages…l’artiste a laissé une place importante aux outils multimédias, aspect essentiel du soulèvement iranien.

«Les réseaux sociaux étaient extrêmement présents pendant ces mouvements. J’ai donc voulu créer ce côté alternatif pour faire référence à ces derniers.»

Changement

Souffrance, répression, pouvoir, actes de violence…

l’artiste recrée des scénarios réels, opposant un peuple revendicatif à l’oppression d’un gouvernement.

«J’aborde la question du pouvoir d’une personne sur une autre. Malgré qu’à la base nous soyons tous pareils, comment quelqu’un peut prendre autant de pouvoir qu’il puisse commencer à tuer et avoir cette oppression sur un peuple», s’interroge l’artiste.

Une mission importante pour l’artiste, exilée d’Iran depuis plus de 12 ans.

«J’avais un sentiment de culpabilité, de ne pas pouvoir manifester dans mon pays. J’ai donc réfléchi à la manière de montrer mon engagement. Et j’ai donc décidé de le faire grâce à mon travail artistique.»

Celle-ci, pessimiste sur la situation actuelle de l’Iran, passe tout de même un message d’espoir, à travers son art. «Je pense que c’est les gens comme vous et moi qui peuvent faire avancer les choses. Moi, je crois à ce changement.»

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