En Ontario, pour devenir agent immobilier, c’est in English only

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La formation d'agent immobilier n’est offerte nulle part en français dans la province. Photo: iStock.com/Miljan Živković
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Publié 25/02/2026 par Émilie Gougeon-Pelletier

En Ontario, il est illégal de pratiquer le métier d’agent immobilier sans formation. Le hic: cette formation n’est offerte nulle part en français dans la province.

«J’aurais aimé ça, moi, avoir l’option», lance l’agent immobilier Jean-Roch Rainville, qui pratique ce métier depuis trois ans auprès d’une clientèle majoritairement francophone, à Ottawa et dans l’Est ontarien.

Pour pouvoir effectuer des transactions immobilières, Jean-Roch Rainville a dû suivre, comme tous ses collègues à travers la province, un programme de formation en anglais, qui dure généralement deux ans.

Collèges anglophones

Ce programme est principalement offert par le collège polytechnique Humber, ou par des fournisseurs agréés comme le collège Algonquin.

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Jean-Roch Rainville. Photo: courtoisie

Or, la formation, qui comprend cinq cours, deux séances de simulation et des examens, n’est disponible dans la langue française nulle part en Ontario.

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«Au Canada, on devrait avoir l’option. C’est quand même l’une de nos deux langues officielles!», s’exclame le Franco-Ontarien de Casselman.

Quelque 100 000 personnes pratiquent le métier d’agent d’immeuble en Ontario, selon le Conseil ontarien de l’immobilier, dont la majorité sont situés dans le Grand Toronto.

Deux fois la même leçon

Laurence Jollivet est agente immobilière à Toronto depuis plus de 14 ans. Tous ses clients, ou presque, sont Français.

Quand elle a suivi sa formation, elle n’était pas complètement bilingue.

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Laurence Jollivet. Photo: courtoisie

«Pour moi, c’est comme si j’apprenais deux fois la même leçon. C’est-à-dire que j’apprenais tous les nouveaux termes techniques et spécifiques à cette profession, et en anglais. C’est vrai que ça représentait deux fois plus de travail, par rapport à un anglophone, pour acquérir ces connaissances», se souvient-elle.

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N’empêche, même si une grande partie de ses clients sont des nouveaux arrivants de la France qui se cherchent un logement, elle remarque que la plupart des transactions se concluent tout de même en anglais.

«Les discussions avec mes clients sont toujours en français, mais la négociation se fait toujours avec des interlocuteurs anglophones, donc la formation en anglais, ça me paraît obligatoire, dans mon cas», souligne Laurence Jollivet.

Mais elle est tout de même d’avis que l’option devrait être disponible, pour les Ontariens francophones, particulièrement ceux qui souhaitent établir leur pratique dans des régions où l’anglais n’est pas toujours majoritaire, comme dans le nord et dans l’est de la province.

«Pour ceux qui ont la possibilité d’avoir des clients et des interlocuteurs francophones, ça doit être frustrant de devoir passer par l’anglais dans le cas de la formation.»

Scandale

C’est le Conseil ontarien de l’immobilier, l’organisme de surveillance qui régit cette industrie dans la province, qui est responsable de développer le matériel de formation des futurs professionnels.

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Ce même organisme est aussi plongé dans un scandale depuis plusieurs mois.

Une enquête indépendante révélait à l’automne que le Conseil ontarien de l’immobilier a gardé le silence pendant trois mois, en 2025, après avoir été informé qu’il manquait plus de 10 millions de dollars en dépôts de consommateurs et en commissions d’agents dans le compte de l’agence de courtage iPro Realty.

Le gouvernement de Doug Ford a pris le contrôle du Conseil ontarien de l’immobilier, en novembre, et a nommé un nouvel administrateur pour remettre de l’ordre dans la gestion de l’organisme.

TFO
Jean Lépine. Photo: courtoisie.

Le premier ministre a donné cette tâche à Jean Lépine. L’ex-président du conseil d’administration du diffuseur franco-ontarien TFO est en poste depuis le 1er décembre.

Avec un francophone à la tête de l’organisme, est-ce que les changements à venir pourraient comprendre une offre de la formation en français pour les apprentis agents d’immeuble?

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Jean Lépine n’a pas fait suite à notre demande d’entrevue.

Dans un courriel envoyé au Droit, il affirme que le Conseil ontarien de l’immobilier «examine ses programmes de formation afin de garantir qu’ils respectent les normes professionnelles et qu’ils demeurent accessibles, y compris pour la communauté francophone de l’Ontario».

Jean Lépine ajoute que «dans le cadre de cet examen, nous étudierons la traduction, la prestation et d’autres facteurs afin de maintenir des programmes inclusifs et rentables».

Cet exercice comprendra «l’évaluation des exigences en matière de traduction, des modalités de prestation des cours et des examens, des coûts connexes ainsi que des échéanciers potentiels de leur mise en œuvre», avance le Conseil ontarien de l’immobilier.

L’organisme n’a pas donné plus de détails.

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La Cité?

Un établissement d’enseignement postsecondaire francophone comme le collège La Cité serait un endroit de prédilection pour accueillir un programme de formation en français pour les agents d’immeuble, suggère Jean-Roch Rainville.

Le vice-président à l’enseignement et à la recherche à La Cité, Frédéric Thibault-Chabot, assure que, si les représentants de l’industrie démontraient un intérêt auprès du collège d’enseignement postsecondaire francophone pour y créer un programme, il y travaillerait.

«Ça nous ferait plaisir», soutient-il.

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Le campus principal du Collège La Cité à Ottawa. Photo: courtoisie

N’empêche, le Conseil ontarien de l’immobilier «n’a jamais approché La Cité» à ce sujet, selon Frédéric Thibault-Chabot, qui précise qu’un programme ne pourrait pas être créé si l’industrie ne fait pas les premiers pas.

Le fils de Jean-Roch Rainville, âgé de 21 ans, serait peut-être intéressé de suivre les traces de son père, s’il pouvait recevoir cette formation en français, et près de chez lui.

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«Mon gars y penserait, c’est certain», estime le Franco-Ontarien.

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