Élections fédérales: promesses de corridors énergétiques

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Les corridors énergétiques annoncés par les deux partis en avance dans les intentions de vote s’apparentent à des projets qui existent déjà dans l’Ouest canadien et en Australie.
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Publié 02/04/2025 par Marine Ernoult

Le chef conservateur Pierre Poilievre propose la création d’un corridor énergétique national et un assouplissement des règlementations environnementales afin de contrecarrer la menace de guerre commerciale avec les États-Unis. Le chef libéral Mark Carney s’était également entendu avec les provinces sur la même idée avant la campagne électorale.

En déplacement à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, ce lundi 31 mars, le chef du Parti conservateur du Canada (PCC) s’est engagé à créer un «corridor énergétique national» afin d’accélérer les projets de chemins de fer, d’oléoducs et d’autres infrastructures commerciales.

Ce corridor permettrait de transporter les ressources naturelles canadiennes à l’intérieur du pays et «ailleurs dans le monde», tout en «contournant le marché américain», a expliqué Pierre Poilievre.

«Un nouveau gouvernement conservateur […] va donner le feu vert aux projets énergétiques et acheminer nos produits à travers notre pays est-ouest, y compris en Europe. C’est comme ça que nous allons déclarer notre indépendance des Américains», a-t-il souligné.

Pierre Poilievre
Pierre Poilievre. Photo: PCC

La proposition conservatrice rejoint celle du chef du Parti libéral du Canada (PLC), Mark Carney. Juste avant le début de la campagne électorale, le premier ministre sortant s’était entendu avec ses homologues provinciaux pour créer un corridor national.

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Là aussi, l’objectif est de faciliter le transport et l’exportation du pétrole, du gaz, des produits agricoles, de l’électricité et des minéraux critiques.

«Retombées économiques importantes»

Le chef de la Première Nation Pabineau au Nouveau-Brunswick, Terry Richardson, accueille favorablement de telles propositions. «Si les Premières Nations sont associées dès le début, c’est une bonne façon de faire pour éviter notre voisin du Sud. Nous sommes prêts à nous impliquer.»

Le doyen de la faculté de sciences sociales et d’administration de l’Université Mount Allison au Nouveau-Brunswick, Yves Bourgeois, parle de «gros morceaux pour l’économie canadienne» et de leviers qui permettraient de générer «des retombées économiques importantes» et de créer des milliers d’emplois pendant la phase de construction.

Pierre Poilievre propose que les projets d’infrastructures soient regroupés le long d’un tracé qui serait évalué et approuvé à l’avance. Les Premières Nations seraient également impliquées et leur approbation serait obtenue avant toute dépense pour garantir qu’elles en tirent des avantages économiques.

Corridor énergétique
«Transporter de l’énergie de l’Ouest vers l’Est pour l’exporter, c’est vraiment urgent vu la situation avec les États-Unis. On est prêts à rentrer dans le projet», affirme Terry Richardson. Photo: courtoisie

Lors d’une conférence de presse organisée à St. John’s, à Terre-Neuve, ce mardi 1er avril, le chef conservateur a promis de fixer un délai maximal de six mois pour l’approbation des demandes de «projets de ressources». Il s’engage par ailleurs à ce que des recherches sur les impacts environnementaux soient menées.

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Cependant, il veut abroger le projet de loi C-69, devenu la Loi sur l’évaluation d’impact. Celle-ci exige des autorités fédérales qu’elles limitent les impacts négatifs potentiels sur l’environnement et les communautés autour des projets de ressources et d’infrastructures.

Le chef libéral Mark Carney souhaite lui aussi alléger les procédures d’évaluation environnementale. Il veut notamment éviter que l’évaluation fédérale s’ajoute à la procédure d’examen pouvant exister dans les provinces.

Mark Carney
Mark Carney. Photo: capture d’écran CPAC

«Risque de dérapage» en l’absence de «consentement social»

«En redonnant le pouvoir aux provinces, Mark Carney veut rapprocher la prise de décisions des citoyens afin de susciter plus facilement un consensus, analyse le professeur de science politique à l’Université du Québec à Rimouski, Yann Fournis. Mais dans certaines provinces, je ne suis pas sûr que la population se laissera convaincre que c’est la bonne chose à faire.»

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Yann Fournis. Photo: courtoisie

Pour le chercheur, les corridors annoncés s’apparentent à des «projets omnibus» qui existent déjà dans l’Ouest canadien et en Australie : «Ils rassemblent plusieurs types de marchandises et de ressources pour lesquelles les problématiques et les contestations sont très différentes.»

«Ce nouveau cadre juridique où les évaluations environnementales et les consultations seront menées plus rapidement est piégeux. Il s’expose à des risques de protestations extrêmement vives, prévient-il. Le cout politique peut être très important et la bataille de l’opinion perdue à long terme.»

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Yves Bourgeois. Photo: courtoisie

Yves Bourgeois reconnaît le «risque de dérapage» en l’absence de «consentement social». À ses yeux, le régime d’autorisation actuel doit néanmoins être assoupli et les règles allégées.

«Je ne dis pas d’y mettre fin, mais il faut trouver une meilleure façon de procéder. Aujourd’hui, ça peut prendre des années pour qu’un projet soit approuvé, la compétitivité de l’économie canadienne en souffre», estime-t-il.

Il plaide en faveur d’«un cadre plus clair» qui n’oblige pas «à réinventer la roue à chaque fois.»

En attendant, les conservateurs cherchent à ressusciter plusieurs projets énergétiques abandonnés sous les libéraux, dont Énergie Est et GNL Québec, au Saguenay.

Saint-Jean, la ville canadienne la plus vulnérable aux tarifs

La ville de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, serait la ville canadienne la plus durement touchée par l’imposition de droits de douane par les États-Unis, selon une étude de la Chambre de commerce du Canada.

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Saint-Jean abrite en effet la plus grande raffinerie de pétrole brut au pays. Elle peut traiter plus de 320 000 barils par jour et plus de 80% de ce pétrole est exporté au Sud de la frontière.

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