D’une plume à l’autre

Plumes, Visions de l'Amérique précolombienne, Paris, Somogy, 2016, broché avec rabats, 24,6 x 28 cm, 120 illustrations, 120 p.
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Si l’on en juge par le nombre de citations, d’expressions, de proverbes qui émaillent la langue française, il est bien certain que les plumes des oiseaux, qui leur servent à voler, ou celles des écrivains ou journalistes, qui leur servaient à écrire, exercent une attraction fascinante.

Et pourquoi une telle fascination existe-t-elle? On ne peut émettre que des hypothèses: leur légèreté, leurs couleurs, leur utilité pour aller ici ou là, pour survoler le monde et nous entraîner dans un sillage de rêve, comme nombre d’auteurs tentent ou tentaient de le faire avec un instrument dérivé de la réalité.

L’écrivain suisse Blaise Cendrars a peut-être raison, qui joue sur le double sens du mot plume, en déclarant avec conviction: «Je ne trempe pas ma plume dans un encrier, mais dans la vie.»

Et voilà qu’un livre va peut-être nous apporter cet éclairage de la vie qui s’attache aux plumes depuis longtemps, au moins dans un univers loin de nous dans le temps mais pas si éloigné dans l’espace, l’Amérique précolombienne. Il vaut donc la peine de l’ouvrir pour découvrir ce que les plumes pouvaient être et signifier dans la réalité de la vie des peuples de cette époque.

Au Quai Branly

À l’occasion d’une exposition qui a eu lieu au Musée du Quai Branly à Paris, les Éditions d’Art Somogy ont publié un livre de taille modeste qui porte le titre de l’exposition: Plumes, visions de l’Amérique précolombienne.

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En 120 pages, cet ouvrage nous dévoile à la fois l’art de la plumasserie, qui consiste à préparer des plumes d’oiseaux et à les utiliser pour créer des objets décoratifs ou vestimentaires, et la symbolique de la plume dans l’Amérique précolombienne.

C’est donc un ouvrage unique car, il faut le reconnaître, l’art de la plume autre que littéraire ne fait guère l’objet d’une exposition ou d’un livre illustré pour le découvrir, tant il est rare qu’une exposition ou un livre lui soit consacré.

En effet, ce que cet ouvrage nous présente, c’est le rôle important que la plume a tenu par sa dimension symbolique et religieuse, dans les sociétés précolombiennes.

Et l’on peut se demander, en prenant connaissance de l’ouvrage de Somogy, s’il n’en va pas de même dans d’autres sociétés amérindiennes, ce qui ouvrirait aux chercheurs un champ de découvertes à présenter ou à représenter pour les actualiser. Les indications comme celles d’Internet restent vagues et l’art de la plumasserie serait peut-être à mettre à jour.

Auch, capitale de la plume

L’ouvrage aborde différents sujets en huit articulets, tous accompagnés de reproductions en couleur. La plupart des objets représentés proviennent du musée d’Auch, une ville du sud-ouest de la France, qui jouit d’une réputation internationale pour ses précieux objets en plumes.

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Parmi toutes les richesses rapportées en Europe lors de la conquête espagnole des pays méso-américains ou andins, les plumasseries étaient certainement les œuvres les plus appréciées.

Les couleurs irisées de ces objets et leur finesse d’exécution ont rapidement fait le succès de ces pièces uniques en leur genre. Le livre permet d’admirer les réalisations étonnantes des 48 œuvres prêtées par le musée d’Auch.

Paradoxe apparent, ces pièces exceptionnelles créées par la technique aztèque ont été réutilisées par les évangélisateurs. «Associées aux dieux et aux mythes fondateurs, réservées à l’usage des chefs et des guerriers, les plumes précieuses revêtaient un caractère sacré.»

Les premiers évangélisateurs ont vite saisi cette importance en détournant les plumes au profit de leurs objectifs de christianisation. C’est ce qui explique que dès le début de la conquête espagnole, l’art des plumassiers aztèques se conserve et s’exprime sous des formes qui ont connu un réel succès en Occident.

Plumasseries

La pièce maîtresse est «la messe de Saint Grégoire», une scène biblique datant de 1539 et réalisée avec des centaines de plumes vraisemblablement de colibris et de quetzals, une œuvre unique au monde estimée à plusieurs millions de dollars. Le livre offre une étude de cette œuvre (p. 74-85) avec des détails et des gros plans en plus de l’œuvre complète.

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La technique utilisée est expliquée au chapitre suivant: «Les techniques de la plumasserie aztèque». Parmi les 120 illustrations de ce livre original, on trouvera d’autres œuvres d’un grand intérêt, montrant la diversité de ces plumasseries trop peu connues encore et appréciées à leur juste valeur.

« Les coiffes de plumes et les accessoires dits plumasseries ont inspiré tout un imaginaire largement repris par les Occidentaux, notamment dans la culture pop.

Il est donc temps d’éclaircir le sujet et d’enfin comprendre le pourquoi d’un tel amour pour les plumasseries et, avant cela, dans quel contexte et de quelle manière étaient fabriqués ces objets que nous aimons tant sans en connaître le sens culturel.» (Musée du quai Branly)

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