Du Québec au Brésil, en passant par la France: une épopée féminine

Éric Dupont était en lice pour le prix Giller

roman

Éric Dupont, La route du lilas, roman, éditions Marchand de feuilles (Montréal), 2018, 592 pages, 34,95 $.


11 janvier 2019 à 11h00

Le tout dernier roman d’Éric Dupont, La route du lilas, publié l’automne dernier, a la qualité d’être prometteur. Deux femmes, une Québécoise et une Brésilienne, se rencontrent à Paris juste avant les évènements de mai 1968. Elles se lient d’amour, découvrent ensemble la ville, la littérature, et certaines douleurs de la vie.

Ce roman épique, qui tangue de la France au Brésil, et de Nashville à la Gaspésie, est un hommage aux personnages féminins grandioses, ainsi qu’à la fleur peu commune qu’est le lilas.

La fiancée américaine d'Éric Dupont
La fiancée américaine d’Éric Dupont

L’auteur québécois Éric Dupont a eu un automne occupé. En plus de promouvoir La route du lilas, il s’est également fait connaître du public anglophone. Son roman, La fiancée américaine, datant de 2012, était en lice pour le prestigieux prix Giller, sous le titre anglais Songs for the cold of heart.

Deux femmes

La route du lilas est un récit construit autour des deux personnages principaux. Toute jeune, Pia s’échappe d’un couvent où elle était malheureuse pour s’enfuir vers Paris avec Thiago, son amoureux de l’époque. Elle y rencontrera Thérèse, vivant sur le bras de son père ô combien fier d’envoyer sa fille étudier à Paris.

Leur jeune destin sera lié, et leur relation connaîtra des hauts, des bas, des moments de lutte et des apprentissages. Malgré la passion qui les unit, elles devront éventuellement se séparer puis retourner à leurs besognes en terre nourricière. Pia repart pour le Brésil, Thérèse pour la Gaspésie, et elles ne se reparleront qu’en lettres et en rêves.

Certains secrets datant de cette époque demeurent enfouis, et c’est en suivant le printemps et l’éclosion des lilas en fleur que nous pourrons défricher les morceaux de l’histoire.

Le parfum du lilas serait l’accessoire olfactif idéal pour libérer les souvenirs et créer une ambiance propice à l’écriture.

Mise en scène géographique

La force de ce roman est dans la mise en scène géographique. On sent chez Dupont une conscience aiguë de l’espace et du territoire.

Que ce soit dans ces descriptions de la demeure de Pia, un complexe de l’architecte Oscar Niemeyer qui était, à l’époque, une constriction idéale pour favoriser la mixité des classes sociales à Belo Horizonte, dans la province brésilienne du Minas Gerais, ou dans l’odeur des gaz lacrymogènes des manifestations étudiantes à Montréal en 2012, Dupont capte le lieu comme peu d’auteurs savent le faire.

Un à-côté, cependant. Les personnages de Pia et Thérèse sont attachants. Elles ont une histoire unique, des vécus étonnants, et une liaison magique. La narration s’éloigne d’elles dans la deuxième moitié du livre, et il en résulte une distance regrettable et certaines longueurs.

De Mai 68 au Printemps érable

Dans la première partie, nos jeunes protagonistes sont obsédées par Simone de Beauvoir. Elles lisent ses livres avec voracité, idéalisent sa vie amoureuse, et se comptent chanceuses d’habiter le même Paris que le couple Sartre et Beauvoir.

Simone de Beauvoir
Simone de Beauvoir

Elles seront marquées par cette période et deviendront militantes de gauche, mais le langage employé pour décrire leur engagement est parfois forcé, externe, et manque de sincérité.

Cela n’empêche pas que le roman est une belle et longue aventure où les femmes sont à l’honneur, où leur résistance est inébranlable et leurs liens durent des vies entières.

Dupont réussit a être loufoque et à intégrer des histoires complètement éclatées, comme l’épisode où Pia flotte en apesanteur après s’être libérée d’un fardeau qui pesait sur elle, ou encore l’épopée d’une centaine de pages qui raconte l’histoire de Léopoldine, princesse autrichienne adorée des Brésiliens.

C’est surprenant, drôle, sensible et fascinant. La route du lilas est une belle aventure qui parle de la vie, de l’amour, des fleurs et des voyages, et qui est un grand plaisir à lire en début d’année.

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