Distinguer l’éphémère de l’immuable

Des jours d’une stupéfiante clarté, d'Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld, Des jours d’une stupéfiante clarté, roman traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, Paris, Éditions de l’Olivier, 2018, 272 pages, 32,95 $.


27 mai 2018 à 9h00

Plusieurs romans ont raconté l’horreur des camps de concentration. Dans Des jours d’une stupéfiante clarté, Aharon Appelfeld choisit de nous amener sur les traces de son personnage Theo qui, à 20 ans, marche d’un camp autrichien jusque chez lui. Un trajet de plus de 300 km qui concilie passé et présent, solitude et solidarité.

Au printemps de 1945, Theo Kornfeld quitte le camp de concentration no 8 (Mauthausen) située à 24 km de Linz, en Haute-Autriche. Les gardiens allemands ont déguerpi à l’approche des Russes, et Theo décide alors de marcher jusqu’au village de ses parents, Sternberg, soit environ 290 km de Linz.

Passé et présent

Le roman entremêle passé et présent, les retours en arrière nous permettant de connaître les parents de Theo, surtout sa mère Yetti si différente des autres mères et chez qui «il est difficile de savoir si c’était son désespoir ou sa détermination qui s’exprimait».

Theo passe son enfance et adolescence à la suivre dans des monastères où elle aime contempler les icônes du Christ et écouter la musique de Bach, sans laquelle «la vie ne vaut rien ». Même si Yetti est juive, les lieux catholiques lui offrent une « lumière de source supérieure».

Curieusement, les prisonniers ne se dépêchent pas de rentrer chez eux. J’aurais pensé que les soldats russes et/ou alliés les auraient immédiatement conduits aux bons endroits. Non, l’histoire de Theo indique qu’il marchera pendant plus d’un mois et demi pour atteindre Sternberg.

En route, il découvre des réserves abandonnées par les Allemands ou des camps approvisionnés par l’armée: vêtements, café, biscuits, bonbons, médicaments, bière, cigarettes, etc.

Accepter l’incompréhensible

L’auteur décrit comment les années dans un camp de concentration transforment les prisonniers: «Maintenant seulement nous savons distinguer l’éphémère de l’immuable.» Plus loin, il ajoute que les survivants des camps de concentration apprennent à «accepter l’incompréhensible comme une part d’eux-mêmes».

Aharon Appelfeld réfléchit à la question religieuse. Les prisonniers sont juifs, mais pas tous pratiquants. L’un d’eux dira à Theo que «le camp a fait de moi un croyant, […]. Nous étions ensemble, nous nous soutenions et il y avait entre nous une grande lumière.»

Le rythme de ce roman est lent ou mesuré, à petits pas comme sur la route empruntée par le protagoniste. Il y a des retours dans le temps, des vallées de solitude, des sommets de solidarité, des chemins où se croisent des questions existentielles: comment vivre après la catastrophe, comment retrouver sa part d’humanité?

Récit de résurrection

Né à Bucovine en 1932, Aharon Appelfeld est décédé le 4 janvier 2018, juste avant la parution de la version française de son roman Yamim shel behirout madhima (2014). L’éditeur n’hésite pas à comparer Des jours d’une stupéfiante clarté à un récit de résurrection.

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