La masculinité dans le roman québécois


6 décembre 2011 à 13h02

Jusqu’à tout récemment, l’homme occupait une position de force dans la société québécoise. Cette dernière a été longuement marquée par la religion catholique, donc par la place de choix réservée aux hommes d’Église: missionnaires, prêtres colonisateurs, curés, frères enseignants, évêques, cardinaux. Cette «superstructure masculine » se reflète naturellement dans la fiction québécoise. C’est ce que Victor-Laurent Tremblay analyse dans un essai intitulé Être ou ne pas être un homme: la masculinité dans le roman québécois.


Dans un premier temps, l’auteur présente de manière théorique la genèse et l’évolution de cette superstructure masculine, qui façonne l’espace public et structure la culture, tout en déterminant l’identité sexuelle. Il s’attarde par la suite à la représentation de cette masculinité dans le roman québécois à partir de quelques thématiques inhérentes au phallocentrisme social: le patriotisme, la guerre, le sport, le nationalisme et les relations père-fils.


Cette démarche repose sur une recherche minutieuse et exhaustive. La bibliographie renferme pas moins de 184 œuvres littéraires analysées ou citées, ainsi que 405 travaux critiques consultés. Le ton est parfois académique, ce qui ne surprend pas puisque Victor-Laurent Tremblay est professeur émérite de l’Université Wilfrid-Laurier.


La thématique de la masculinité étant assez diverse, je me suis limité à quelques exemples seulement pour illustrer sa présence, voire omniprésence, dans le roman québécois. Il y a d’abord le roman du terroir où la glorification physique fait de l’homme un héros capable de lutter contre les éléments de la nature et de se mesurer aux arbres de la forêt. Cela est manifeste dans Maria Chapdelaine (1916) de Louis Hémon.


Félix-Antoine Savard, lui, figure parmi les écrivains qui proposent une alternative à l’idéal de la terre. Dans Menaud maître-draveur (1937) il investit son protagoniste d’une quête nationaliste, l’agriculture cédant sa place au territoire, «au pays dont on se voit spolié par les étrangers».


Quant à Lionel Groulx, il fait de l’homme un sauveur de la race canadienne-française. Dans L’Appel de la race (1922), il centre l’action sur la période du Règlement 17 en Ontario et son protagoniste est un homme, un député franco-ontarien, «qui appelle les Canadiens français à se battre contre l’assimilation».


Dans les années 1950, le roman québécois met en scène des petits bourgeois «dans une société paralysée par le regard de Dieu, hantée par la peur du péché. On trouve à profusion des pères indignes qui génèrent inexorablement des fils qui, parfois malgré eux, deviendront semblables à leur géniteur, comme c’est le cas, par exemple, dans L’Évadé de la nuit (1951) d’André Langevin».


Le hockey


La virilité est évidemment érigée en idéal sublime, fortement incarné par les prouesses au hockey. «Sport de contacts masculins par excellence et catalyseur d’une ferveur publique bien masculine», le hockey montre l’homme dont le comportement est typique des débordements agressifs de groupe lors de compétitions qui «ritualisent selon des règles déterminées le mimétisme de puissance propre à l’homme». Cela est manifeste dans un roman comme Les Vivants, les morts et les autres (1959) de Pierre Gélinas.


Michel Tremblay donnera au hockey un tout autre sens, voire une sensualité homo-érotique. Dans son récit intitulé
 Le hockey (souvenir des années 1960), le protagoniste porte un sac et un bâton de hockey, métaphores de la violence réglementée du sport, mais qui prennent ici la «signification du Phallus, du désir interdit caché au cœur de l’homosexualité».


À partir des années 1970, on voit une augmentation des romans qui favorisent la thématique filiale-paternelle. On passe petit à petit «d’une représentation d’un père brutal à un père plus compréhensif et, du côté du fils, d’une double contrainte haine/amour envers le paternel […] à un ressentiment devant l’absence du père et même, parfois, à une quête passionnée.» Victor-Laurent Tremblay en conclut que «l’emprise patriarcale est vouée à une certaine transformation dans un avenir qui n’est peut-être pas si lointain…»


Victor-Laurent Tremblay, Être ou ne pas être un homme: la masculinité dans le roman québécois, essai, Ottawa, Éditions David, coll. Voix savantes 33, 2011, 532 pages, 36 $.

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