Dieu a «mal à l’homme»

Éric-Emmanuel Schmitt, L’homme qui voyait à travers les visages, roman, Paris, Éditions Albin Michel, 2016, 432 pages, 31,95 $.
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Je suis un fan d’Éric-Emmanuel Schmitt. En 2013, 2014 et 2015, je vous ai tour à tour présenté Les deux messieurs de Bruxelles, L’élixir de l’amour et Le poison d’amour. Son tout dernier roman est L’homme qui voyait à travers les visages. Schmitt poursuit de manière originale son exploration des mystères spirituels.

Nous sommes à Charleroi (Belgique) et Augustin Trolliet, 25 ans, fait un stage d’apprentissage au journal local. En étant témoin d’un attentant, il découvre qu’il a le don de voir à travers les visages des gens et de sonder le mystère de leurs âmes et esprits.

Augustin est-il un fou? Ou le sage qui déchiffre la folie des autres? L’apprenti journaliste propose à son patron d’interviewer des personnalités. Il suggère de rencontrer… l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt!

Tout se passe tellement bien que Schmitt invite Augustin à interviewer nul autre que Dieu. Cela peut paraître contradictoire, car l’auteur a avoué, en entrevue, qu’«on peut étudier la langue des Églises, la langue des religions, mais pas la langue de Dieu. On ne trouve pas de bilingues Dieu-hommes.»

Augustin se rappelle aussi ces paroles de la juge d’instruction sur l’attentat à Charleroi: «Les massacres, les guerres, les génocides, les holocaustes, les exécutions, les explosions, l’Inquisition, le terrorisme radical, voilà la preuve de Dieu sur terre.»

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Le jeune homme ne se sent pas pour autant intimidé par l’idée d’interviewer Dieu. Comme Schmitt, Dieu est un écrivain. L’entrevue portera donc sur ses trois livres: Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran.

Augustin fait remarquer que Dieu s’est tiré une balle dans le pied en concevant Ève à partir d’une côte d’Adam. Dieu répond qu’il ne pouvait livrer «une conception scientifique de la Création à une époque où les sciences n’existaient pas». Augustin n’accepte pas cet argument, mais Dieu lui signale qu’il nous a conduits à prospecter par nous-mêmes.

Au sujet de son deuxième livre, le Nouveau Testament, Dieu avoue que le christianisme en a été le résultat, mais que ce fut un fiasco. Dieu dénonçait la responsabilité de l’homme. «Or l’homme ne veut pas d’un monde où il serait coupable. Ça trouble sa tranquillité.»

Dans le Coran, Dieu a été plus pragmatique. Il a rédigé des prescriptions qui réclament des actes fort simples mais astreignants: bonne hygiène corporelle et alimentaire, cinq prières par jour, jeûne du ramadan, etc. Bref, il dessine l’horizon spirituel de l’homme «sans séparer son corps et son âme».

Schmitt conclue que Dieu écrit bien, mais que nous lisons mal. Nous prenons un texte pour argent comptant. Or, «bien lire implique une distance critique».

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Dieu constitue le feu, ajoute l’auteur, mais les religions refroidissent ce feu. Les prophètes traduisent et transposent, les textes amendés deviennent des rites, des Églises se construisent et des dogmes finissent par remplacer le feu.

Les hommes impriment, vendent, achètent les livres de Dieu, ils s’y réfèrent, mais les lisent n’importe comment. Ce qui fait dire à Dieu qu’il a «mal à l’homme».

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